L’ARMÉE DU SALUT EXPULSE EN PLEIN HIVER ET FRAPPE CEUX/CELLES
QUI NE SE LAISSENT PAS FAIRE !

(texte rédigé suite à l’action et diffusé sur internet. Depuis, Nelly est libre de ses mouvements. Le tract a cependant été diffusé devant les Galeries Lafayette où l’Armée du Salut récolte des sous en uniformes et avec leur cloche. Il a aussi été collé sur des foyers).

Aujourd’hui, jeudi 9 décembre 1999, une vingtaine de précairEs en colère se sont rendus à l’Armée du Salut, 12 rue Cantagrel Paris-13e. En effet, ce foyer a décidé en plein hiver de virer les femmes qui y vivaient (certaines depuis 1991) sous divers prétextes dont le remplacement par un foyer pour hommes... Comme par hasard, ce foyer se situe dans un quartier au coeur des spéculations immobilières ! A la quinzaine de femmes qui y résident encore, il est proposé un hébergement ailleurs, très précaire (3 mois non renouvelables) et plus cher que leurs chambres minables (3000 francs par mois). Une fois son bureau occupé pour exiger soit qu’elles restent, soit un relogement stable et durable, le directeur général n’a pas décroché un mot, laissant au vigile en chef le soin de faire durer la discussion.

Souhaitant diviser les femmes du foyer entre elles, l‘assistante sociale de l’une d’entre elles, Nelly, est venue effectuer un traitement individuel ! Or il ne s’agit pas de cela mais bien que l’Armée du Salut trouve une solution durable pour toutes, selon le choix des intéressées. Ne voulant rien entendre, elle a rompu la discussion tandis que le chef-vigile, enfin certain que la police était en route, a foncé dans le tas en frappant de tous côtés. Notre groupe se dirigeait alors vers la sortie par le grand escalier lorsque d’autres sbires, rameutés par le personnel, sont intervenus à leur tour en tabassant du mieux qu’ils pouvaient !

L'Armée du Salut montre une fois de plus sa véritable nature militariste fondée sur le machisme et la soumission. Le seul point sur lequel elle ne cherche pas à tromper son monde, c'est bien en se nommant elle-même "armée". Armée qui vise à enrégimenter des bataillons de pauvres et qui n'hésite pas à recourir à l'intimidation et à la violence physique pour réprimer toute tentative de révolte individuelle ou collective (contrairement à la plupart des autres humanitaires qui eux savent le faire avec des méthodes quotidiennes plus subtiles).

A la sortie, ce sont deux voitures de police (BAC et police urbaine) plus une fourgonnette qui arrivaient pour nous arrêter en pleine rue. Alignés et fouillés par les keufs qui attendaient leurs consignes, nous avons été relâchés puisque le directeur général de l’Armée des salauds ne souhaitait pas porter plainte. Et pour cause ! Ils se sont emparés de Nelly juste avant la sortie, elle qui avait osé ouvrir sa gueule malgré le régime de terreur qui règne au foyer. A présent, ils vont certainement la faire interner de force, comme ils l’ont déjà fait. C’est bien connu, un pauvre qui se rebelle est forcément fou ! Car l’Armée du Salut qui n’hésite pas à lâcher ses chiens en civil contre les récalcitrantEs et à appeler en plus la BAC, utilise aussi des moyens plus discrets comme l’internement de force. Non contents de les tabasser, ils éliminent les précairEs sur lesquels ils se font un max d’argent en les plaçant sous camisole chimique...

A présent, Nelly est entre leurs mains. Il est bien clair que nous ne lâcheront pas l’affaire et qu’au cas où Nelly ne serait pas libre de ses mouvements ou internées, l’Armée des Salauds s’expose à de lourdes conséquences. Tant qu’il n’y aura pas eu de relogements durables et convenants aux besoins des femmes du foyer, nous maintiendrons la pression nécessaire pour que toutes restent dans les lieux sans avoir à subir des brimades incessantes.

Le texte ci-dessous est celui du tract distribué dans le foyer :

En plein hiver, l’armée du salut expulse

En mai 1999, l’Armée du salut décide de fermer un foyer de 80 femmes du treizième arrondissement, sur décision de la DDASS, soi-disant pour les remplacer par des hommes, comme par hasard, ce foyer se trouve au coeur de spéculations immobilières.

Depuis cette date, alors que l’Armée du Salut donne comme dernier délai aux pensionnaires pour dégager le 15 décembre, nombre d’entre elles ont déjà été virées manu militari. Quant aux promesses de relogement, aux meilleurs des cas, celles-ci consistent en hébergements d’urgence de trois mois. La plupart du temps, les femmes ont simplement reçu un avis d’expulsion oral. Pour faire partir les dernières récalcitrantes, l’Armée du Salut utilise tous les instruments de contrôle social à sa disposition : internement forcé en hôpital psychiatrique ou en asile de vieux, changement des serrures des chambres, douches inutilisables, affaires personnelles vendues.

Ce foyer en lui-même, c’était déjà de l’exploitation de la misère : 3000 F par mois pour une chambre minable et deux repas. Rien d’étonnant à cela, l’Armée du Salut est aujourd’hui une véritable multinationale qui fait ses profits sur la gestion de la grande précarité, un peu partout dans le monde. D’ailleurs si le foyer de femmes ferme ses portes, dans le même bâtiment, sera maintenu un commerce d’antiquités particulièrement lucratif fondé sur les bénéfices faits par des dons gratuits.

Nous pensons valoir plus que des antiquités : l’Armée du Salut, qui comme d’autres organisations caritatives, fait son beurre sur le dos des pauvres qu’elle traite comme des chiens, ne mettra pas à la rue les pensionnaires de ce foyer en toute impunité. Tant qu’il n’y aura pas eu de relogements durables et convenant à leurs besoins, nous maintiendrons la pression nécessaire pour que toutes restent dans les lieux sans avoir à subir des brimades incessantes.

Des travailleurs, chômeurs, précaires en colère
21 ter rue Voltaire - 75011 Paris - permanence mardi 17 heures à 19 heures

[Texte paru dans Cette Semaine n°79, février 2000, p. 10]