CAF JAURÈS : DES PRÉCAIRES EN COLÈRE REFUSENT DE LA FERMER !

Vendredi 17 décembre 99, une vingtaine de travailleurs, chômeurs et précairEs en colère se rendent à la CAF située avenue Jaurès dans le 19e arrondissement. Ils franchissent allègrement le passage où les vigiles pratiquent des contrôles d’identité sans montrer quelque papier que ce soit et investissent le hall en distribuant des tracts. Cette CAF présente en effet la particularité de pratiquer la rétention de papiers d’identité à l’entrée et de fermer tous les jours... exceptionnellement à 15 heures. Et comme toutes les autres, elle applique avec zèle un contrôle social aux guichets, expulsant manu militari ceux qui l’ouvrent ou refusent tout simplement de s’écraser, et fait marner les gens deux-trois heures avant de les renvoyer chez eux chercher un énième papier prouvant qu’ils sont suffisamment pauvres pour la CAF.

Non contents de distribuer un tract dénonçant ces pratiques, les précairEs se mettent alors à discuter entre eux, rejoints par d’autres, qui d’habitude patientent seuls en attendant le futur verdict humiliant du guichet. Devant cette rencontre insupportable, Mme David, directrice de cette agence «contrôle et écrasement quotidien» de Jaurès, descend et cherche un chef prêt à dialoguer avec elle. Pas de bol, il n’y en a pas et celles et ceux qui voient pour la première fois la responsable de la CAF, se mettent à l’assaillir de questions, demandes de traitement de dossiers avec la froide colère de celles et ceux qui tiennent là une solution immédiate pour résoudre certains barrages administratifs.

Mme David entreprend alors à la fois de traiter les cas qui lui sont soumis et d’appeler les forces de répression, tout en justifiant la politique de la CAF par exemple en matière de contrôle d’identités ou d’horaires. La police, incapable de distinguer «les agitateurs» des «simples usagers» pour la raison que ces catégories n’ont pas de sens tant ils se confondent, observe sans broncher ce mouvement collectif de révolte. Un incident au guichet vient opportunément rappeler les pratiques de la CAF, une employée affirmant être fière d’être française et reprochant à une personne de l’autre côté de ne pas parler correctement sa langue ! Des galériens habitués à cet exercice pénible qu’est l’explication au guichet, nous expliquent que cette même employée appelle régulièrement les keufs, prolongeant naturellement sa fonction administrative en balance des précairEs récalcitrants.

Pour finir, plusieurs personnes ordinairement seules face à l’arbitraire obtiennent comme par miracle immédiatement de l’argent, au titre d’une aide d’urgence ou de l’avance sur droits supposés (appelée «acompte» à la CAF Jaurès). Les groupe initial grossi de quelques autres s’éclipse alors, en grand dam de quelques brutes assermentées qui n’ont jusque là pas reçu l’ordre d’intervenir et qui assistent au spectacle d’une action collective qui brise l’isolement et l’écrasement quotidien.

Une action collective qui se reproduit chaque fois que la CAF ne parvient plus à imposer sa seule volonté tant il est vrai que ça fait du bien de ne plus se sentir comme un mouton isolé parmi d’autres et qu’on a qu’une envie, c’est que ça recommence !

Travailleurs, chômeurs, précaires en colère, 21 ter rue Voltaire - 75011 Paris permanence les mardis à 17h30.

[Publié dans Cette Semaine n°79, février 2000, p. 12]