Cartes postales portugaises


1ère carte :

La campagne de solidarité avec Timor au service de la révalorisation de la classe politique.
Placard publicitaire (payé par une chaîne privée de télé) avant les élections législatives du 10 octobre 1999

Pour Timor,
Vous vous êtes habillé en blanc
Vous avez mis un drap blanc à votre fenêtre
Vous avez participé à une chaîne humaine
Vous avez jeté des fleurs dans le fleuve
Vous avez arrêté de travailler pendant 3 minutes
Vous avez envoyé un fax à l'ONU
Vous avez allumé des cierges
MAINTENANT VOTEZ !
Le 10 octobre ,votez ! Rien que pour cela.


2ème carte :

Législatives du 10 octobre1999, la victoire de l'abstention

Le taux d'abstention s'élève à 40 %, plus 2 % de bulletins nuls et blancs. Dans plusieurs bourgs et villages, la population pratique l'abstention active, brûle les urnes et bulletins de vote, fait des piquets pour empêcher une minorité de voter, afin de protester contre les promesses non tenues où pour exiger la satisfaction de revendications collectives (écoles, centres de santé, etc.). Dans quelques communes plus importantes, le gouvernement organise un deuxième tour (au Portugal les élections législatives sont à un tour, à la proportionnelle) sous la protection de la police. Nouveaux piquets, avec des affrontements contre la police.

3ème carte :

Un abstentioniste s'explique. Lettre d'un lecteur, publiée dans le grand journal populaire de Lisbonne et de la région sud, Correio da Manha :

“ Pour la première fois lors des élections législatives le nombre d'abstentionnistes a dépassé les voix recueillies par le parti majoritaire.. Pourtant, jamais les sondages ne tiennent compte des abstentions. C'est pour le moins étrange qu'on ne parle jamais du nombre de personnes qui ont l'intention de s'abstenir. C'est même grave, vu le nombre croissant de ceux qui ne croient plus aux élections.
Les divers candidats s'attaquent maintenant à l'abstention comme au pire des maux. Est-ce que les députés élus considèrent les trois millions et quelques de personnes qui se sont abstenues comme des ennemis ? Moi-même, je me suis abstenu et je ne me considère pas l'ennemi d'aucun député en particulier. Mais je suis contre le système représentatif, dans lequel l'électeur perd le pouvoir dès qu'il vote. Je suis pour une réelle démocratie. Et la vraie démocratie est une utopie, elle devrait être libertaire. Je suis donc pour une société dans laquelle les citoyens auraient le pouvoir qui, jusqu'à aujourd'hui, est aux mains du petit nombre qui contrôlent les États. ”

José M. J. (Ponte de Sor), Courrier des lecteurs, Correio da Manha, Lisbonne, 18 octobre 1999

[Publié dans Cette Semaine n°79, février 2000, p. 34]