Le Front étudiant se réchauffe à nouveau...
... le temps d'une leçon d'humilité pour les flics montréalais

Montréal, le 11 novembre 1999,

La température vient de monter d’un cran dans les relations entre activistes étudiant-es et les flics de Montréal. Ce qui est en quelque sorte une surprise puisque la grève générale que voulait organiser le MDE (mouvement pour le Droit à l’Éducation, gauche étudiante) semble avoir avortée faute d’appui lors des assemblées générales. Il reste pourtant beaucoup de pauvreté et de frustration dans le milieu étudiant, niveau supérieur (cégeps, universités). Les problèmes de l’endettement étudiant vont en augmentant, le revenu annuel se compare parfois aux maigres prestations d’aide sociale, alors que le ministre des finances Paul Martin, du gouvernement libéral fédéral, annonçait dernièrement que les surplus budgétaires, principalement générés par les coupures continuelles dans le filet de sécurité social, atteindront la somme astronomique de 90 milliards $ d’ici les cinq prochaines années.
Le 3 novembre dernier, environs 800 étudiant-es manifestent pour des améliorations à leurs conditions. Le point culminant de la manif est lorsque que quatre flics anti-émeute tentent de barrer la route à la foule protestataire. Un manifestant masqué se met à vandaliser des voitures de police. Une bande de porcs anti-émeute lui sautent alors dessus. Une prodigieuse mêlée s’ensuit. Les porcs sont vite encerclés et roués de coup de partout par d’autres manifestant-es masqué-es qui réussissent à libérer le camarade. Un cochon se fait péter la visière de son casque et se fait ensuite péter la face sur la terre ferme par un étudiant en position de force. La bande de cochons doit foutre le camps à toutes jambes. Les manifestant-es sont aussi parvenu à faire fuir une poignée d’agents en civil, en les pourchassant à en brandissant des bâtons de pancartes. La manif passe à deux doigts de l’émeute. Les manifestant-es choisissent de partir pendant qu’il est encore temps, juste avant que l’escouade anti-émeute soit prête à intervenir. Nombre d’arrestation : ZÉRO.

L’humiliation des porcs fait la première page du Journal de Montréal le lendemain, avec le titre « policiers malmenés ». En ouvrant le journal, on est frappé par un titre des plus savoureux : « 400 étudiants ont le dessus sur la police au centre-ville ». En juxtaposition, une photo d’un manifestant assis sur un policier à quatre pattes, avec en sous-titre : « Ce policier a goûté à la médecine des étudiants qui se sont payés une promenade... à dos de cheval ». Le journaliste Michel Larose commence son article par une désinformation monumentale, qui n’en est pas moins flatteuse pour le MDE, en écrivant à son sujet : « L’organisme chapeaute toutes les associations étudiantes du réseau scolaire québécois. » (!!) À vrai dire, sans être marginal, le MDE dispose de beaucoup moins de moyens que les gros appareils étudiants de droite, proche du Parti Québécois au pouvoir (la FECQ au collégial, la FEUQ dans les universités).

Le journaliste reconnaît un certain mérite aux protestataires : « Les organisateurs de cette manifestation ont développé des techniques efficaces pour contrer l’intervention policière. Les manifestants empruntent les rues dans le sens inverse de la circulation automobile, ce qui empêche les policiers de les suivre en voitures. » Dans The Gazette, ça délire aussi en ordre de grandeur. L’article parle de 2000 étudiant-es dans la rue. Citation (traduite) d’un type de la CFS (Canadian Federation of Students Quebec Component) : « C’était la foule qui décidait où on s’en allait. »

Il est clair que cette manif à mit beaucoup de sourire dans les visages. Après avoir endurés tant d’abus policiers, après avoir vus tant de camarades qui se font arrêter pour foutrement rien, il était plus que temps de voir la résistance au pouvoir cochon se concrétiser en actes. Mais cette petite victoire morale est de courte durée puisque pas plus tard que le lendemain du 3 novembre, les cochons passent aux représailles physiques.

Le 4 novembre, il y a piquet de grève devant l’Université de Concordia. C’est la seule a avoir votée la levée des cours, et dans l’enthousiasme en plus : 91% pour, lors d’un référendum qui a brisé un record du taux de participation ! Ce jour là donc, la paisible ligne de piquetage est attaquée par un débarquement de cochons casqués. Les porcs frappent de leur longues matraques sur les mains et une manifestante se fait briser le genou (les docteurs craignent qu’il se soit formé un caillot de sang). Au moins 4 personnes sont blessées. De plus, les cochons ont arrêtés deux étudiants à l’intérieur même du campus. Même l’administration n’a pas le choix de protester : un campus n’est pas dans la juridiction des flics s’ils ne sont appelés fo mellement à le faire par l’administration. De plus, il y a des gardiens de sécurité de l’agence Garda pour faire ce genre de sale boulot.

Aujourd’hui, j’ai pu parler à une militante de Concordia qui m’a raconté les tactiques de harcèlement auxquelles se livrent la police. Tout d’abord, une autopatrouille est postée pendant de longues périodes de temps en face de l’entrée principale, et ce de façon quotidienne. De plus, aujourd’hui, le 10 novembre, j’ai pu apprendre que des militantes de Concordia font l’objet de certaines mesures de surveillance, qui visent à mettre de la pression psychologique. La militante en question me disait qu’en sortant de chez elle, elle a remarquée qu’une autopatrouille était stationnée devant où elle habite. Les deux flics sortent de leur véhicule et remettent une contravention pour « jaywalking » (difficile à traduire, ce serait un manque de conduite piétonnière). Une telle procédure est tout à fait irrégulière et s’apparente plutôt à du harcèlement déguisé.

Au Cégep du Vieux-Montréal, il y a aussi des choses byzares qui arrivent. Le 4 novembre, lendemain de la fameuse manif, il y a une alerte à la bombe (non-revendiquée). Le cégep est évacué, un colis suspect avec un agencement de fils électriques est découvert. Un autre événement un peu inhabituel est survenu environs deux semaines auparavant : les agents de sécurité de Garda ont perquisitionnés le local de l’ASI (Association de Solidarité Internationale), un groupe d’action directe étudiante. Les Garda ont réquisitionnés des documents politiques (!?). La droite étudiante est aussi partie en cabale contre les activistes radicaux, comme en témoigne le titre de l’édito de la dernière édition du journal étudiant du Vieux-Mtl : « Dehors les révoltés ! ».

À suivre... Bobov

[Article paru dans Cette Semaine n°79, février 2000, pp. 2-3]