DES VRAIES COMMUNES POUR LES PAUVRES...

Le squat Dada, au 61 avenue Pasteur (les Lilas) était occupé depuis 7 mois. Les habitants de ce lieu, participaient à la vie du quartier par des repas, des concerts, des pièces de théâtre..., de façon autogérée et non-marchande. Evidemment, cela déplaisait au Maire, qui, sous prétexte de "trouble à l'ordre public", a ordonné l'expulsion de force qui fut effectuée le 13 avril.

Le samedi 15 avril a eu lieu une réoccupation du squat. Le but de ceux et celles qui ont participé à cette réouverture était double : nous voulions maintenir une série de concerts prévus de longue date mais aussi montrer à la Mairie des Lilas que virer les pauvres au petit matin pour pouvoir continuer à spéculer sur des immeubles vides, n'est pas toujours une partie de plaisir.

Ainsi, devant des vigiles médusés qui ont vite été dégagés, ce sont quelques 80 personnes, qui, au terme d'une journée où les flics des Lilas et ceux du 20ème n'ont pas cessé de nous faire la chasse, ont réinvesti les lieux. Evidemment, c'est plus que la Mairie et le propriétaire du lieu, unis dans une magouille juteuse sur le bâtiment, pouvaient supporter. Aussi ont-ils immédiatement fait appel à tous les flics disponibles à ce moment-là pour encercler le squat.

Un concert dans ces conditions nous semblant plutôt flippant, nous avons opté pour une sortie collective, laissant là un feu de joie improvisé, et nous avons terminé la journée par un rassemblement devant la mairie des Lilas.

Bien sûr, solidarité et riposte collective aux expulsions se paient. Ainsi le squat du passage des Tourelles (20ème) qui accueille les camarades des Lilas expulsés se voit appliquer la bonne vieille méthode de la division des prolétaires : des flics postés là pour nous surveiller tabassent un jeune du quartier et l'embarquent, histoire d'inciter ses potes à s'en prendre aux "méchants squatters" qui foutent le bordel et déclenchent la répression. Et ça marche, puisque ce sont des personnes de la cité d'à côté qui feront le boulot des flics, défonçant la porte du squat à minuit, frappant les habitants pour les expulser et laissant à la police du 20ème le soin d'achever cette tâche.

La division sociale continue de faire son oeuvre au plus grand profit de la classe dominante, la bourgeoisie. Une fois de plus des prolétaires se sont dressés contre d'autres, collaborant pour leurs intérêts immédiats mercantiles et territoriaux avec les forces répressives du capital. Si nos conditions de vie nous poussent à la recherche de débrouilles quotidiennes, nous cherchons à ne pas reproduire les pratiques du profit et de la marchandise. Si nous attaquons délibérément la propriété privée, et par là le capital et l'Etat, si nous développons des solidarités et des antagonismes de classe, nous cherchons pour notre quotidien des solutions de vie en adéquation avec notre lutte.

Ce samedi de luttes et de festivités a été marqué par une répression conjuguée des flics des Lilas et du 20ème : pour réprimer les pauvres en général et particulièrement ceux qui résistent, les "frontières" politiciennes disparaissent comme par enchantement ! Mais malgré l'expulsion de deux squats, au moins une trentaine d'interpellations et 5 ou 6 inculpations, la fête continue : une expulsion, dix
occupations !

... DES FOSSES COMMUNES POUR LES RICHES


[Extrait de Cette Semaine #80, mai/juin 2000, p.12]