DES NOUVELLES DE SILVANO PELISSERO

Nous avons reçu trois textes du CASAIE à propos des suites du procès de Silvano et de la répression qui tourne autour de ses compagnons et sympathisant-e-s, en Italie comme ailleurs. Tout est actuellement fait en vue de le détruire. Ayant fait appel de son procès, il n'a pas été intégré dans une prison "classique" et est toujours enfermé dans la communauté-prison de Mastro pietro. Il n'est plus possible de lui téléphoner et ce depuis de nombreuses semaines. Son courrier est ouvert et photocopié. Il a de sérieuses difficultés pour trouver un avocat acceptant de le défendre s'il refuse de se déclarer coupable pour le procès en appel. Les avocats veulent lui faire avouer sa culpabilité en échange d'une réduction de peine de 10 mois. Aucune preuve n'a pu appuyer le verdict tombé le 31 janvier contre Silvano. La justice sort toujours avec une image légèrement moins pourrie si le condamné se déclare coupable. Ca arrangerait tout le monde... Silvano nous a expliqué que le milieu des avocats en Italie fonctionne de façon très mafieuse : si un avocat refuse de te défendre, alors tous les autres te claquent la porte au nez. Si l'on ajoute les tracas dont il est victime depuis quelques temps, alors ça fait beaucoup de problèmes pour une seule personne. Le CASAIE a envoyé une lettre de protestation auprès du procureur de la République à cause du harcèlement et des pressions que Silvano subit actuellement de la part des carabiniers.

Silvano Pelissero a été arrêté en 1998 pour avoir selon l'accusation, effectué avec deux de ses compagnons divers sabotages contre le projet de TGV Lyon Turin. Lors du procès où il a été condamné sans preuves à une peine de SIX ANS ET DIX MOIS de prison grâce à la loi d'urgence 270 bis des "années de plomb" (association subversive en vue de renverser l'état) et comble d'ironie morbide ces deux présumés associés ont été déclarés innocents (Eduardo et Soledad).

- Extrait du bulletin de l’ ABC-Dijon #15, Mai 2000 (ABC-Dijon, Maloka, BP 536, 21014 Dijon Cedex, France)
- Silvano Pelissero - com. Mastrolietro - Via Ferrerinoli 2 - Sanposo - 10080 Torino - Italie

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Depuis 1998 se mène une lutte dans le Val de Susa en Italie contre les chantiers du train à grande vitesse (TAV) qui doit relier Lyon à Turin. Dans ce cadre, de nombreux sabotages, manifestations et occupations furent commis dans cette vallée. Deux camarades en sont morts, suicidés en prison. Un troisième, Silvano Pellissero, a été condamné le 31 janvier dernier à 6 ans et 10 mois de prison fermes (voir encadré ci-dessous). Tous trois étaient accusés d’appartenir à une «organisation terroriste» qui aurait centralisé ces actions !! Le CASAIE, un collectif qui soutient depuis longtemps ces camarades, a écrit le texte ci-dessous sur le non-sens de cette course technologique.

TGV : toujours plus vite

Le plaisir de voyager perçu comme une découverte est une chose,
l’obligation de se déplacer le plus rapidement possible en est une autre...

Les TGV ne sont pas autre chose que la réponse à cette fausse nécessité : de parcourir le plus grand espace dans le plus court instant. Mais de quels espace et de quel temps sont-ils en train de parler ? Dans un va et vient masturbatoire de Turin à Paris et de Paris à Turin, chacun agrippé à son emploi du temps, il est sûr de trouver le même ersatz de nourriture, la même boisson insipide, le même ennui, qu’il aurait pu trouver à la gare de départ. Avec le TGV, il sera possible de rejoindre en un fastidieux voyage, le même coca cola et le même hamburger en cinq heures plutôt qu’en dix.

Hé béé ! Voilà tout le progrès de cette idéologie si profonde qui met aux arrêts toute la critique, et qui nous autorise seulement à ouvrir toutes grandes nos bouches stupides et admiratives. Voilà le premier mensonge qui doit être démasqué.

L’économie de temps, trafiqué comme un besoin humain et désirable par chacun ne répond en fait qu’aux intérêts du capital et à sa perpétuation : la réduction de la vie quotidienne à une poursuite de moments de vie tout pareils, une course obligatoire rapide pour ne laisser d’espace ni à la pensée ni aux désirs, ceux-ci ne pourront être satisfaits que par les nouveaux marchés de la consommation.

Tout ceci c’est notre vie !! Il para^ît que oui. Paradoxalement, seulement quand chaque instant est devenu égal à un autre, seulement quand chaque lieu est devenu égal à un autre, alors se déplacer le plus rapidement possible est devenu une conquête.

Ceux qui se lamentent que le TGV éventre les montagnes, dévastent les orties, dessèchent les géraniums sur les fenêtres, les terres qui auront le malheur de vivre sur son passage, c’est vrai mais c’est beaucoup plus. Avec la grande vitesse, il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre la vie de quelques sujets mais contre le sens de la vie même. Le TGV est le symbole des temps présents, des temps où le mensonge est nécessaire au capital pour sa conservation. Progrès, économie et production, «optimiser» les ressources humaines, ils seront maintenus en vie pour faire fonctionner le système, pour une foule crédule, apeurée, qui n’ose plus se libérer.

A ceux qui administrent tout ceci, ils ne restent plus rien de bon à faire ;
pour continuer d'exister, ils doivent encore faire quelque chose de malfaisant. Le TGV par exemple.
Comme le capitalisme nous entraîne vers le précipice, nous devons le faire dérailler.

Casaie (c/o 3, rue Pelleterie 26 000 Valence)