L’ILLUSION REFORMISTE ?

Dans l’article « Squats : lutter ou se légaliser ? » de la revue Cette Semaine #80 (mai-juin 2000) [ça avait aussi été diffusé sur a-infos-fr le 28 mai 2000], il est question du défunt squat du 3, rue Saumaise, à Dijon. Entre le 10 octobre 1999 et le 4 avril 2000, ce squat aura vécu de grands moments, des hauts et des bas, une expérience mémorable pour plusieurs d’entre nous. Cette expérience est réduite en quelques lignes peu représentatives dans l’article précité. Il est question de « dérives » (pas au sens situationniste du terme, mais de glissement d’un radicalisme vers un réformisme qui serait propre aux squats de Dijon - ??? -), de respect du code de procédure pénale et de pacifisme, le tout regroupé dans une « illusion réformiste »…

L’auteur sait-il bien de quoi il parle ? Le Saumaise, c’était environ une dizaine de personnes, pas forcément toutes sur la même longueur d’ondes. Un collectif hétéroclite constitué de personnalités bien différentes les unes des autres. A partir de là, si les tracts et affiches du Saumaise étaient réalisés collectivement, ils l’étaient rarement par tou-te-s en même temps (surtout que plusieurs d’entre eux ont été faits dans le speed, donc sans beaucoup beaucoup de concertation, on peut le déplorer mais c’est quand même vachement vachement mieux que si on n’avait rien fait faute de temps – ceci dit, vive la démocratie directe quand même !). Tout cela signifie qu’inévitablement, sur plus d’une dizaine de tracts et affiches signés des habitant-e-s du 3, rue Saumaise, on peut trouver des contradictions (notamment dans nos réactions rapides aux brutalités policières, à la justice bourgeoise et aux calomnies médiatiques, période située entre le 20 mars et fin avril, où nous nous sommes efforcé-e-s de réagir en conséquence d’une répression assez intense). Rédigé dans l’urgence (après que l’un d’entre nous se soit fait péter la gueule par les flics), la première version du tract sur les brutalités policières du 20 mars évoque en effet le fait que nous respections « le code de procédure pénale ». Ceci a ensuite été très vite discuté puisque dans les heures/jours qui ont suivi, une deuxième version du même tract est parue sans cette précision (c’est d’ailleurs celle-ci qui a été la plus diffusée). Par contre, les deux versions disent que « les squatteurs et squatteuses de Dijon se sont toujours montré-e-s pacifiques ». D’octobre 1999 jusqu’au tabassage policier du 20 mars 2000, cela était vrai. Nous n’avions offensé physiquement aucun membre des forces de l’ordre. Cela pouvait être intéressant de le signaler à la population. Mais contrairement à ce qui est écrit dans l’article de Cette Semaine, nous n’avons jamais dit être « pacifistes » (et soyons clair-e-s, nous ne le sommes pas !).

Il suffit de se reporter aux tracts et affiches que nous avons fait depuis octobre 1999 pour lire que nous nous sommes toujours revendiqué-e-s squatteuses et squatteurs (entre autres !), que nous remettons en question la propriété privée, que nous essayons de vivre nos idées, de critiquer le système actuel par la pratique, etc. Les tensions avec la police ne datent pas du 20 mars, nous y sommes confronté-e-s depuis l’ouverture du squat (et cela encore maintenant car l’acharnement policier ne s’est pas miraculeusement envolé après l’expulsion…) et dans notre tract annonçant les manifs, fêtes et débats que nous organisions entre le 16 et le 20 mars, nous n’affirmions pas par hasard que « ni la police ni les juges ne [feraient] taire les occupant-e-s du Saumaise».

Quant à la légalisation, les négociations, «l’illusion réformiste » ou autre logique d’intégration, il n’en a jamais été question pendant l’existence du squat du 3, rue Saumaise. Si la police, la justice, le proprio et les mass-media locaux nous ont autant fait chier, c’est sûrement parce que nous leur posions problème quelque part, non ? Comme nous l’écrivions fin mars dans notre texte relatif aux violences policières : « Squatter est une pratique en rupture radicale avec la vie que nous propose le système capitaliste et patriarcal. Il semble que la police veuille nous écraser, pour nous empêcher de diffuser nos idées, et parce que nos pratiques sont la preuve que l’on peut s’organiser nous-mêmes, sans chefs, sans institutions ni subventions ».

Face à l’hostilité étatique, beaucoup de gens se sont montré-e-s solidaires du Saumaise, nous aurions aimé que Cette Semaine se montre solidaire également plutôt que de se lancer dans des approximations peu constructives… Ceci étant, bonne continuation !

UNE EXPULSION = PLEIN D’OUVERTURES !Dijon, juin 2000

Des habitant-e-s du défunt 3, rue Saumaise et des solidaires mécontent-e-s

P.S. : Précisons juste (histoire qu’on ne nous fasse pas de procès d’intention) que nous ne sommes pas seulement contre les violences policières, nous pensons que « l’existence même de la police est intolérable » (extrait du tract « Il est chargé ton pistolet, monsieur le policier ? », fin avril 2000).


[Extrait de Cette Semaine #81, oct/nov 2000, p.4]