Les Tanneries renaîtront de leurs cendres !

« Suite à un incendie, une partie de l'Espace autogéré des Tanneries a été détruite (voir tract ci-dessous). Profitant de la situation, la mairie s'apprête à expulser le lieu (ceci nous a été confirmé par téléphone lors d'un entretien avec un adjoint au maire), en justifiant maladroitement ses intentions par la prétendue insalubrité des lieux. Bien entendu, ceci n'est que foutaise. Car si nous attendons la confirmation par un organisme de contrôle indépendant que la partie publique du lieu ne présente aucun danger, il n'y a par contre aucun doute quant au grand hall extérieur que nous occupons actuellement. Quoi qu'il en soit, nous entendons résister à l'expulsion, et avons donc grand besoin de soutien dans les moments à venir. Outre la manifestation qui aura lieu vendredi 23 juin à 18h, nous accueillerons volontiers toutes les personnes motivées pour venir sur place et s'impliquer dans l'organisation de la résistance (barricadage, actions, animation, etc.) »


Dans la nuit de vendredi à samedi, la partie d'habitation de l'Espace autogéré des Tanneries à été victime d'un incendie dont tout nous porte à croire qu'il était de nature criminelle. Face à ce triste événement qui menace d'anéantissement le fruit de deux ans d'activité culturelle et politique alternative à Dijon, ses habitant-e-s ainsi que ceux et celles qui soutiennent le projet ont décidé d'affirmer la nécessité que vivent les Tanneries !

L'Espace autogéré des Tanneries est un centre social et culturel alternatif à Dijon, se voulant " un espace collectif en opposition aux rapports de profit, de pouvoir et de consommation. Un espace d'expérimentation qui ne se contente pas d'être en réaction au système dominant, mais se veut un lieu de création et de mise en pratique ". Né de l'occupation en novembre 1998 des locaux administratifs des anciennes Tanneries - laissés à l'abandon depuis plus de 5 ans - le projet s'est progressivement développé et enrichi par la participation de différentes personnes et associations, sur des bases autogestionnaires, en refusant toute subvention.

Pendant ses deux ans d'existence, " Les Tanneries " ont donné lieu à des centaines de manifestations culturelles, mêlant concerts, spectacles de théâtre, débats, ateliers et projections vidéo, en même temps qu'un lieu de vie collective pour une dizaine de personnes. L'espace autogéré des Tanneries est ainsi devenu un important lieu de diffusion d'idées et de pratiques en rupture avec la culture institutionnelle et la logique de rentabilité, apprécié de milliers de personnes et gagnant une popularité croissante auprès du public dijonnais. La mairie, propriétaire des locaux, s'est cependant vite opposée à ce projet, et a fait planer sur le lieu une menace d'expulsion début juin 1999. L'espace autogéré des Tanneries a répondu à cette menace par un important mouvement de résistance, se caractérisant par des manifestations, fêtes de rue, journées 'portes-ouvertes' et autres initiatives. Le rapport de force ainsi créé a abouti début 2000 à un accord avec la mairie, qui a alors accepté la signature d'une convention d'occupation précaire, qui nous avait été refusée lors de notre occupation des locaux en novembre 1998. Nous nous sommes ainsi engagé-e-s à effectuer des travaux de mise aux normes du lieu, de manière indépendante et non-subventionnée.

Alors que les travaux arrivaient à leur terme et que la signature de la convention approchait, un incendie s'est déclaré à l'Espace autogéré des Tanneries (nuit du 16 au 17 juin) dans la partie privée du bâtiment, détruisant celle-ci presque en totalité et ce malgré l'intervention des Sapeurs pompiers. L'incendie se déroulant le soir d'un concert, l'évacuation du public s'est effectuée sans problème et dans le calme, et ce grâce aux conditions de sécurité mises en place par l'association.

D'autre part, tout nous porte à croire qu'il s'agit là d'un incendie criminel. Outre les circonstances de l'incendie, le sinistre fait suite à une série d'agressions incendiaires inexpliquées survenues dans les quatre derniers mois à l'Espace autogéré des Tanneries. Elles ont été à chaque fois maîtrisées :
- le 27 février, une des portes d'entrée, aspergée d'essence, a pris feu.
- le 21 mars, une camionnette stationnant devant les Tanneries a été intentionnellement incendiée (l'expertise a révélé qu'un cocktail-molotov avait été lancé à l'intérieur du véhicule).
- le 22 avril, un amas d'objets encombrants sur le trottoir a lui aussi pris feu, après avoir été vraisemblablement imprégné d'essence.

L'incendie de la nuit dernière n'a malheureusement pas pu être maîtrisé de la même façon. Bien que l'importance des dégâts soit dramatique pour les habitants et habitantes, il est bien sûr primordial pour l'association qu'il n'y ait pas eu de victimes physiques.

Quant à la partie publique, elle semble avoir été entièrement épargnée par les flammes. L'association compte y poursuivre ses activités, après confirmation d'un bureau de contrôle sur la fiabilité des structures, d'autant plus qu'elle y a investi plusieurs milliers de francs ces derniers mois afin de parfaire la mise aux normes du bâtiment.

En conséquence, nous entendons ne pas nous laisser abattre par cette catastrophe. Depuis novembre 1998, ce lieu a su créer une réelle dynamique engageant un grand nombre d'individus ; sa mise en place a nécessité un investissement humain et financier conséquent. Aussi, c'est pour toutes ces raisons que nous nous engageons à continuer à vivre nos idées et à développer ce projet dont toutes les manifestations de ces deux dernières années n'ont fait que prouver la raison d'être.

Cependant, la mairie semble logiquement profiter de la situation pour nous expulser purement et simplement : elle nous a en effet demandé de quitter les lieux dès le 18/06/00 en prétextant que ni la grande salle de spectacle ni le hall extérieur n'était fiable sur le plan de la sécurité. Le lendemain, la Préfecture de la Côte-d'Or nous a fait parvenir un arrêté de péril déclarant " la fermeture, à toute personne ou public éventuel, des locaux situés 13-15 bd de Chicago à Dijon, à compter de ce jour et ce pour une durée de deux mois ". Pourtant, le couloir extérieur où nous avons établi un camp de résistance n'a pas été touché par l'incendie et ne présente en conséquence aucun danger. Par ailleurs, cet arrêté ne se fonde sur aucune étude sérieuse et approfondie : il ne résulte que d'une estimation rapide, n'ayant manifestement pour seul intérêt que de nous obliger à quitter les lieux.

La mairie n'ayant jamais caché son hostilité à notre égard et son opposition à nos idées et pratiques, il n'est pas surprenant qu'elle tente maintenant d'utiliser cet accident pour mettre un terme à notre existence 'gênante'. La mairie rompt ainsi avec la logique de négociation qu'elle avait dû entamer à contre-coeur. En effet, ses représentants ont clairement refusé tout dialogue à ce sujet, et nous ont confirmé qu'ils mettraient en oeuvre notre expulsion. Nous ne pouvons cependant nous résoudre à quitter les lieux et sommes déterminés à défendre ce que nous y avons construit. Nous entendons ainsi y rester jusqu'à ce qu'une expertise sérieuse rende un avis définitif sur leur état.

Votre soutien, notamment lors de la manifestation de vendredi, nous sera encore une fois nécessaire. Mais plus encore, c'est la présence de gens motivés sur les lieux qui est indispensable. Nous lançons un appel pour que tou-te-s celles et ceux qui en ont la possibilité nous rejoignent aux Tanneries. Vous y êtes donc vivement incité-e-s, tout au long des prochains jours, 24h sur 24h, avec votre bonne humeur et tout ce que vous jugerez bon d'y ajouter : un instrument de musique, un bouquin sympa, de quoi casser la croûte, l'envie de bricoler et de participer à la défense juridique, logistique du lieu. Vous pouvez aussi nous laisser votre numéro de téléphone afin de vous inclure à notre arbre téléphonique et être appelé en cas d'urgence.

Nous nous tenons à votre disposition pour plus d'informations. Par téléphone : 06-11297406 ou 06-10384311. Par fax ou répondeur : 03-80714299. Vous trouverez une description détaillée du projet initial de l'Espace autogéré des Tanneries et des luttes menées en son sein sur notre site Internet : http://www.chez.com/maloka/ (section Tanneries).
tract distribué le 20 juin 2000

[Extrait de "Cette Semaine" #81, oct/nov 2000, p.5]