La situation aux Tanneries (Dijon)
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« Dijon, le 30 juin 2000...

Après avoir perdu leur maison dans l'incendie de l'espace autogéré des Tanneries, ses habitant-e-s en ont ouvert une autre au 17 bd de Chicago (soit un déménagement de quelques mètres). Fidèle à ses habitudes (et tout particulièrement dans la situation présente), la mairie a causé quelques tracas : pas d'eau ni d'électricité, et des menaces d'expulsion re-confirmées. Comme tout cela n'allait pas du tout, des habitant-e-s et sympathisant-e-s des Tanneries sont allé rendre visite à la mairie ce matin du 30 juin, pour exiger quelques garanties et crier leur ras-le-bol de la répression constante. Cela ne s'est pas très bien passé. Bilan : une expulsion musclée, et une personne arrêtée.

Extraits du communiqué de presse daté du 30 juin 2000 : "Face aux demandes de dialogue des habitant-e-s des Tanneries, la Mairie choisit une nouvelle fois la répression".

Pour pousser la Mairie à sortir de son mutisme et à reprendre le dialogue, 3 militantes se sont enchaînées à l'aide de cadenas (cadenas en U attachés autour du cou) à ses grilles, refusant de partir sans qu'une entrevue avec la Mairie soit accordée. Une foule d'une soixantaine de personnes les a accompagné, et une fanfare italienne de chants révolutionnaires ainsi que le Front d'Intervention Musicale ont joué en soutien, rendant l'occupation joyeuse et animée. Dès le départ, les policiers présents sur les lieux se sont montrés extrêmement violents dans leurs gestes et propos. Ils ont tout d'abord tenté de déloger les militantes attachées à la grille par la force, en les tirant et les étranglant, puis ont arraché la banderole déployée sur la façade à plusieurs reprises. Diverses personnes participant au rassemblement et tentant de s'interposer et de dialoguer se sont vues menacées de se faire " démonter la tête " (selon les termes employés par les policiers).

Refusant obstinément de satisfaire notre demande de dialogue, la Mairie n'a su encore une fois qu'employer la répression. Ainsi, une vingtaine de policiers armés de coupe-boulons ont brusquement évacué les manifestant-e-s, de manière extrêmement violente. De nombreuses personnes furent projetées à terre et frappées. Des policiers essayèrent de confisquer ou de détruire les appareils photos, heureusement sans toujours y parvenir. Les personnes attachées par le cou aux grilles de la mairie ont été particulièrement brutalisées. Dans le mépris le plus total de leur sécurité, les policiers ont grossièrement sectionné les cadenas au coupe-boulon, ceci étranglant les personnes enchaînées et risquant de leur briser la nuque. L'une d'elles, sur le point de s'évanouir, a du être transportée plus loin.

Un manifestant qui avait tenté de s'interposer à l'attitude violente et dangereuse d'un policier municipal sur une personne enchaînée s'est fait arrêter et emmener au commissariat. Il est maintenant accusé de coups et blessures et de violences aggravées. Outrée par de telles manifestations de violence, la foule s'est d'abord rassemblée devant les grilles de la Mairie pour ensuite parcourir les rues de la ville en direction du commissariat, afin de soutenir moralement la personne arrêtée et demander à ce qu'elle soit relâchée. Par cette intervention musclée, les intentions de la Mairie ne font désormais l'objet d'aucun doute : elle a clairement affiché son refus de dialoguer et ré-affirmé son utilisation systématique de la répression. Alors que notre démarche se veut constructive et non-violente, la Mairie répond par le refus obstiné et la violence aveugle. (...) »

[Note de Cette Semaine : Les Tanneries passaient en procès le 18 juillet et ont obtenu 3 mois de délais et 500 francs d’amende par jour d’occupation supplémentaire. Ce qui nous étonne une fois encore dans leurs textes, c’est non seulement la volonté de signer une convention avec la mairie, et aussi de considérer celle-ci comme interlocuteur, sous prétexte qu’elle est propriétaire selon la loi. Combien de personnes devront se faire frapper, harceler, condamner sur ordre pour que les habitantEs de ce lieu comprennent que la mairie est un ennemi contre lequel lutter («lutter pour empêcher l’expulsion» c’est ainsi lutter contre la mairie) et non d’un adversaire avec lequel on peut dialoguer ? Le 15 août, Le Monde leur consacrait un article, le 30 ils occupaient EDF pour obtenir l’électricité et début septembre, qu’on se rassure, la mairie a annoncé que les négociations reprenaient avec en perspective la mise à disposition du lieu gratuitement après mise aux normes de sécurité].


[Extrait de "Cette Semaine" #81, oct/nov 2000, p.6]