Tout le monde dehors !

Le tract qui suit a été distribué devant la Santé lors des parloirs et au départ des bus pour la prison de Fleury-Mérogis.

Depuis quelques mois, plusieurs prisonniers ont commencé en Espagne une lutte dans et contre le F.I.E.S. (littéralement, Fichier intérieur de suivi spécial), un régime de haute surveillance institué en 1991. Instauré progressivement comme riposte aux luttes très dures menées contre la prison à la fin des années 70, le F.I.E.S. est une abomination dans l'abomination, où l'administration pénitentiaire a carte blanche sur la vie du détenu : du refus des parloirs à la censure et à la limitation du courrier ; des fouilles intégrales (jusqu'aux rayons X) aux passages à tabac ; des tortures physiques à celles psychologiques (avec la collaboration totale des médecins). Dans ces conditions infâmes, onze personnes sont déjà mortes (dont trois depuis le début de l'année).

Si la prison représente la face sombre de cette société, le F.I.E.S. est l'ombre de la prison, son coin le plus noir. La hiérarchie sociale parle là son langage le plus clair. Depuis le mois de mars, les prisonniers eux-mêmes ont commencé plusieurs formes de luttes (grèves des plateaux-repas, de " promenade ", de la faim) décidés à obtenir :
- la fermeture des divisions F.I.E.S.
- la libération des malades
- la fin de l'éloignement et des transferts continuels.Dans ce but, ils demandent une solidarité internationale.

Mais il ne faut pas croire que ce qui se passe en Espagne soit un cas isolé, une espèce de survivance d'un passé mal digéré. Les quartiers d'isolement, bien que nominalement abolis, existent également ici.

Si, depuis des années, il n'existe pas de véritables luttes collectives, les résistances individuelles n'ont pourtant pas cessé. Le chantage extrême de la punition n'arrive pas toujours à plier les pauvres et les révoltés qui sont incarcérés. L'abolition du mitard et la libération des détenus malades sont des revendications souvent mises en avant, à l'intérieur comme à l'extérieur, dans les dernières années. Ici aussi les matons ne se privent pas d'insulter, humilier, isoler et tabasser les récalcitrants. Ici aussi, l'administration pénitentiaire assassine des détenus.

Certains s'acharnent à mettre en route ce qu'ils appellent des " prisons humaines ", avec nouveaux barbelés encore plus tranchants, aseptisation et surveillants plus sophistiqués. Une prison humaine, et pourquoi pas un Etat social, un capitalisme régulé, des guerres humanitaires et des flics bios ? Quant au médecin-chef de la Santé qui livre soudain ses petites confidences à grands renforts de médias avant de retourner à son poste, ne collabore-t-elle pas depuis des années avec les matons pour dresser les détenus et pratiquer une répression scientifique ? Les crapules réformatrices peuvent pérorer à longueur de colloques co-organisés avec le ministère de l'Intérieur et d'articles indignés, la seule réforme valable des prisons est d'y mettre le feu.

Nous sommes solidaires des prisonniers en lutte, parce que nous sommes également enfermés dans la prison sociale, condamnés à perpétuité sous la domination de l'Etat et de l'argent, dont les divers enfermements (des hôpitaux psychiatriques aux centres de rétention) ne sont que des concentrés.

De ce monde où chacun est le surveillant de l'autre, l'évasion sera pour tous, ou rien.


Des mutinés de la prison sociale


[Extrait de "Cette Semaine" #81, oct/nov 2000, p25 — et tiré avant de la feuille de Tout le monde dehors! #1, juillet 2000]