UN TRAIN GRATUIT POUR BELLEVILLE...

EMBROUILLE

Jeudi 7 Décembre, peu après minuit, station Colonel
Fabien. Jeak prend le métro pour rentrer chez lui.
Mais pas de chance, il tombe sur cinq contrôleurs :
trois hommes et deux femmes. Pas n'importe quels
contrôleurs : des CSA, une nouvelle brigade créée pour
un traitement un peu plus " sportif " des fraudeurs.
Jeak encaisse l'amende puis reprend son trajet. Alors
qu'il attend le métro , il aperçoit sur le quai d'en
face les " CSA " qui viennent de lui infliger une
amende. Le ton monte. Les CSA s'énervent et décident
de revenir le chercher : Jeak prend peur et cherche à
s'enfuir : les CSA le rattrapent et se jettent sur lui
avec brutalité : ils le plaquent sur le mur puis le
tirent pour l'enmener dans un endroit inconnu. Mais
Jeak, paniqué, se débat. Au même moment, le métro
vient d'arriver. Les passagers assistent à la scène,
assez violente : les CSA font à Jeak une clef de bras
et, évidemment, il crie. Parmi les passagers, Seb,
décide d'intervenir... Les CSA le plaquent
immédiatement au sol. Ils l'y maintiennent pendant
cinq minutes, en lui donnant de temps en temps
quelques coups de pieds. Puis, la police arrive et
prend le relais pour l'enmener en garde à vue. Pendant
ce temps là, Jeak a eu le droit au même traitement et
il est lui aussi placé en garde à vue. Ils ne seront
tous les deux libérés qu'à 17H30. Résultat : quelques
blessures : 3 jours d'ITT (Incapacité Totale de
Travail) pour Jeak, 1 jour pour Seb. Mais une des
CSA, Nadège Ratton, a réussi à obtenir une ITT pour
s'être cassée un ongle. Elle porte plainte contre Seb
pour violences volontaires en l'accusant de lui avoir
donné plusieurs coups de poing, ce qui est totalement
faux. Un autre CSA, Jean-Christophe Choquet, a porté
plainte contre Jeak pour outrages et rébellions. Dans
les deux cas, la RATP (Régie Autonome des Transports
Parisiens) a elle aussi porté plainte.

LUTTE DE CLASSE EN SOUS-SOL

En l'espace de quelques années, la RATP a réussi à
organiser une véritable reconquête du territoire. Il y
a dix ans, les contrôleurs n'existaient pas dans le
métro. Un tiers des usagers ne payaient pas. Tout
juste pouvait-on rencontrer un petit groupe de deux
ou trois contrôleurs dans le RER (trains régionaux).
Aujourd'hui, c'est un tout autre décor : des bandes de
dix à vingt contrôleurs dressent de véritables
barrages dans les virages des couloirs, des agents en
civil interpellent ceux qui rebroussent chemin. En
cas de résistance, plusieurs types de brigades sont
là pour s'occuper de vous : les CSA donnent les coups
de poing, les GPSR (Groupe de Protection et de
Sécurité Rapprochée) interviennent à coups de
matraques et de gaz lacrymogènes. A cela s'ajoute le
plan Vigipirate : multiplication de la présence
policière et apparition d'une présence militaire. Au
total, c'est un univers de plus en plus totalitaire
qui s'est dessiné progressivement : prendre le métro
sans payer relève aujourd'hui du parcours du
combattant.

Peu de gens savent que pour la RATP le coût financier
du contrôle des titres de transport est supérieur aux
recettes engrangées par la vente de ces titres de
transport. En somme, le paradoxe est que si les
transports en commun étaient gratuits, ils coûteraient
moins chers à la RATP ! Ce paradoxe est dû au statut
de la RATP : un établissement public subventionné par
l'Etat et les collectivités territoriales. Pour que la
RATP devienne rentable et privatisable (ce qui est le
but, à terme, des autorités) , il n'y a donc qu'une
solution : augmenter les tarifs, ce qui oblige à
augmenter le contrôle et par conséquence les coûts,
qui se répercutent à leur tour sur les tarifs dans une
course infernale au flicage et à la marchandisation.
Cette logique, chacun peut la constater dans tous les
secteurs de l'économie. En particulier dans les
transports, il est plus que temps de l'enrayer car
plus elle s'étend et plus il est difficile de s'y
attaquer.

La lutte pour la gratuité des transports revêt un
caractère particulier car elle rejoint celle pour la
liberté de circulation. Cet aspect est
particulièrement vrai quand on sait qu'à Paris, une
grande partie des sans-papiers sont arrêtés dans le
métro, avec la complicité des contrôleurs de la RATP.
Plutôt que des grandes actions médiatiques pour des
trains gratuits comme on a pu voir ces derniers temps,
la lutte pour la gratuité des transports serait
certainement plus efficace si elle s'orientait vers
des actions au niveau local, plus proche du quotidien.
A nous de reprendre l'offensive !

 

POUR LA GRATUITE DES TRANSPORTS ET LA LIBERTE DE CIRCULATION
CONTRE LE FLICAGE DE LA RATP

MANIFESTEZ VOTRE SOLIDARITE

MARDI 19 DECEMBRE A 9H00
JEAK ET SEB PASSENT EN PROCES DEVANT LA 30E CHAMBRE
PALAIS DE JUSTICE DE PARIS (METRO CITE)

[extrait de "Cette Semaine" #82, janv/fév 2001, p.32]