Chronologie succinte de l'anarcho-syndicalisme portugais

- A partir de 1840 : constitution d’associations ouvrières.
- La naissance de l’Internationale radicalise la conscience de classe et fait surgir l’Association Protectrice du Travail National qui devient, en 1873, L’Association des Travailleurs de la Région Portugaise (ATRP), affiliée à l’AIT, structurée de façon fédéraliste. Influence des idées de Proudhon et Bakounine. Un courant syndicaliste révolutionnaire se fait jour au début du XXe siècle, de même qu’une presse syndicale (A Greve et O Sindicalista).
- 1875 : création du PS dont le but principal est la participation électorale. L’ATRP fusionne avec le PS, ce qui aboutit à des scissions au sein de l’ATRP, donnant naissance notamment à deux organisations autonomistes de tendance possibiliste d’une part et anarchiste d’autre part.
- Au Congrès ouvrier de 1909, l’hégémonie socialiste prend fin dans le mouvement syndical.
- 1911 : première grève générale sous la république.
- 1914 : Création de l’Union ouvrière nationale (UON), de tendance syndicaliste révolutionnaire.
- 1916 : Dégradation de la situation économique, émeutes et pillages contre la vie chère à Lisbonne et en province, grèves ouvrières avec sabotages et actions directes. Union sacrée, les syndicalistes révolutionnaires prennent position contre la guerre, agitation antimilitariste.
- Le régime républicain parlementaire (1910-1926) met en place une répression sévère contre les syndicats (détentions, emprisonnements, déportations...). 1918 : Les grèves deviennent plus violentes et de nombreux militants anarcho-syndicalistes sont assassinés.
- La CGT est créée, de même que son journal, A Batalha, en 1919. Elle naît non pas d’une scission du PS, comme en France ou en Italie, mais d’une scission dans le mouvement syndical.
- 1923 : Création de l’Union anarchiste portugaise. Renforcement des liens entre les syndicalistes révolutionnaires et la CNT espagnole.
- La CGT est déclarée illégale après la dictature de 1926. Le quotidien A Batalha est également supprimé. La répression frappe de nouveau la CGT pendant la dictature de Salazar à partir de 1933, période pendant laquelle de nombreux syndicalistes seront arrêtés, internés et déportés (notamment dans un camp au Cap Vert où des dizaines de militants anarchistes, syndicalistes ou communistes trouveront la mort).
- 1934 : La CGT est durement touchée par les nouvelles conditions et résiste moins bien à la clandestinité que la structure bureaucratique du PCP (Parti communiste portugais). Malgré cela, la presse syndicaliste-révolutionnaire continue de paraître. Pour s’opposer à la création des nouveaux syndicats corporatistes, la CGT déclenche une grève générale insurrectionnelle. La direction communiste hésite avant de rejoindre le mouvement. Les travailleurs s’emparent de la ville de Marinha Grande, bourgade industrielle du centre du pays et s’organisent en soviets. Répression systématique : des centaines de militants sont envoyés dans les camps de concentration des colonies.
- Des militants de la CGT se portent volontaires pendant la guerre d’Espagne. Les marins de trois navires de guerre se mutinent dans le port de Lisbonne et tentent de prendre la mer pour rejoindre les républicains espagnols. 1937 : des anarchistes font sauter une radio de Lisbonne qui diffuse la propagande franquiste. En allant à la messe, Salazar échappe de justesse à un attentat organisé par des anarcho-syndicalistes. Arrêtés, ces derniers sont condamnés à de lourdes peines de prison et à la déportation. L’un d’eux, qui s’était réfugié en Grande-Bretagne « démocratique », est extradé vers le Portugal fasciste.
Certains s’investissent à titre individuel dans des organisations contre le régime fasciste à partir de 1946.
-1962 : L’opposition au régime se radicalise : les ouvriers agricoles de l’Alentejo lancent un puissant mouvement spontané pour la journée de 8 heures, et à l’occasion du 1er mai, des manifestations de rue à Lisbonne et Porto se terminent par de nombreux affrontements avec la police.
- 1968 : Grande vague de grève dans les nouveaux centres industriels. L’agitation s’étend aux universités.
- 1974 : « révolution des Œillets ». De mai à juillet, les grèves et les occupations se généralisent. Revendications pour l’épuration de la hiérarchie dans les entreprises. Création de commissions de travailleurs et radicalisation des grèves. En mars 1975, occupations spontanées de terres en Alentejo et tentatives « d’autogestion » dans les entreprises abandonnées par les patrons en fuite.
- En avril 1974, les quelques dizaines de militants anarchistes restant, pour la plupart à la retraite, se retrouvent face à quelques jeunes libertaires, plus influencés par les idées de mai 68 que par le syndicalisme révolutionnaire. A Batalha a repris sa diffusion, mais ne réussit pas à transmettre le message anarcho-syndicaliste ni à construire, comme était son but, une organisation syndicaliste, l’Alliance Libertaire et Anarcho-Syndicaliste (ALAS). L’AIT n’est représentée depuis 2 ans que par quelques militants.
- Le PC, renforcé, a remplacé les anciennes organisations syndicales et politiques et met en place une confédération appelée l’Intersyndicale puis la CGTP-Intersyndicale (Confédération Générale des Travailleurs Portugais). Quelques groupes minoritaires plus ou moins organisés (catholiques de gauche, socialistes, maoïstes, trotskistes) se trouvent aussi à l’intérieur de la CGTP. Les socialistes et quelques partis à la droite du PC forment aussi un syndicat, l’UGT, de tendance social-démocrate.

[Chronologie parue dans Cette Semaine n°82, jan/fév 2001, p. 5]