Voler aux riches pour garder pour nous

Deviens pas branque, braque ta banque

Assez de la morale bourgeoise ou faussement révolutionnaire, des bons samaritains qui risquent leur vie et leur liberté pour refiler leur butin aux pauvres comme si ceux et celles-là mêmes n’étaient pas de la même classe. Quelle absurdité que ce précepte chrétien sur lequel nous ne savons quellE littérateur a bâti le mythe réactionnaire de Robin des bois. Nous, nous avons décidé de voler les bourgeois et de garder les recettes pour nous et les nôtres car nous ne connaissons que deux classes et que la lutte sera toujours âpre et sans pitié entre eux et nous. Nous ne mendions pas, nous ne demandons rien à personne : on se sert, on pille et on vole. Nous ne reconnaissons ni dieu ni maître ni moraliste et n’avons que faire d’un Robin ou d’un quelconque de ses apôtres car nous avons décidé de prendre nos vies en main. On nous invente des héros comme si le peuple n’était capable de voler lui-même ce qui lui est dû ; on déresponsabilise les pauvres en leur imposant des chefs, des idoles comme s’ils attendaient qu’on les assiste dans leur misère... mais quels affronts devrons nous encore essuyer, mille bombes. Que le bourgeois saigne par mille lames, qu’on pende ce robin des bois et qu’on jette à bas cette société de classes. Les Impôsteures ont décidé de reprendre un haut lieu du vol étatique : le centre des impôts de la ville de Lille, comme un pied de nez aux autorités et à ceux et celles qui étouffent de leur morale. Combien de pauvres et d’exploitéEs ont écrit à cette adresse, sont venuEs vider leurs poches dans ses bureaux, se sont résignéEs à pleurer au pied de la porte ou ont lorgné sur ces fonds gaillardement surveillés pour ne pas se ravir d’une telle okupation. Nous prenons le droit d’investir ces locaux et d’y vivre comme bon nous semble sans droit de regard ni paternalisme. Le caractère coercitif que représentait ce bâtiment pour le peuple ne fait que nous conforter dans nos convictions et attise en vérité le plaisir que nous prenons à jouir des lieux. Il en ira de même des casernes, des églises, des palais de justices ou des mairies qui sont pour nous comme autant d’absurdités et croyez bien que nous vengerons ces murs de toutes les atrocités dont vous les avez rendus témoins et parfois complices.

Bientôt viendra votre tour de payer. Croyez le bien.

Les impôsteures se situent à l’angle de la rue de Trévise et de la rue de Douai, à Moulins, métro porte de Douai et vous pouvez leur écrire au 28bis rue de Trévise [59 000 Lille]. Dès le mois de septembre reprendront les activités : mardi soir resto vegan, mercredi après-midi atelier informatique et friperie, jeudi 14h atelier cycles, ateliers arts plastiques. L’infoshop ouvrira ses portes également courant septembre...

(texte paru dans La Monseigneur n°6, été 2000)


[Extrait de Cette Semaine n°82, jan/fév 2001, p. 27]