Impressions lyonnaises

En arrivant à Lyon, je savais que le temps de squats comme le Rap’Thou (février 1991 à mars 1992), tendance centre social à la toto, était bien fini. En effet, les seuls lieux existants dont j’avais entendu parler s’orientaient désormais soit vers le côté artiste comme Le Fromage (7 rue Puits Gaillot, ouvert en mars 98), soit sont à présent légalisés comme la Duende (91 rue Montesquieu, bénéficie depuis janvier 99 d’un bail social collectif).

Dans ce dernier lieu, le resto du mercredi offre une particularité qui va peut-être avec sa légalisation, celle de n’être pas basé sur un système de récup’/bouffe ou d’auberge espagnole mais plutôt d’un comptoir derrière lequel on est servi, avec une caisse/théière que fait passer le cuistot à la fin. L’objectif affirmé de ce dernier (qui a évalué à 600 francs de frais chaque repas et une vingtaine d’heures de travail !) est d’offrir un tour du monde de la cuisine vegan raffinée... Cette conversation, ajoutée à l’ambiance propette et au racket final, m’a laissé une impression bizarre, d’autant plus que ce lieu héberge aussi des collectifs ou organise des débats.

Par contre, un nouveau squat a ouvert en avril 2000 sur les pentes de la Croix-Rousse, Le Point Moc (12 rue Neyret). Le propriétaire de cette maison du XVIIe siècle avec jardin, terrasse et tutti quanti est désormais le conseil général qui projette d’en faire un parking. L’ancienne proprio n’étant rien moins qu’une comtesse dont la famille a certainement participé à la répression de 1848. A présent, ce squat qui organise des concerts, des restos vegan, une bourse aux vêtements et un atelier jonglage passe en procès le 8 janvier. L’expulsion à court terme semble inévitable sur ces pentes désormais investies par des touristes qui bénéficient par exemple de traboules (passages couverts sous et entre les maisons) éclairées la nuit et repeintes au moindre tag apparent. Les bars branchouilles et leur clientèle de jeunes salariés alternatifs commencent aussi à y fleurir, avec les logements qui vont avec.

Un second lieu a ouvert mi-décembre, plus loin, dans le 7e arrondissement. La Quincaillerie est une ancienne usine avec une maison d’habitation et deux immenses entrepôts dont l’affectation en sus des concerts n’est pas encore déterminée. L’ouverture a quelque peu effrayé les forces armées puisqu’un détachement de la BAC a cru bon d’intervenir illico. Se rendant compte qu’il ne s’agissait que de squatters, ils s’en sont allés rapidement : c’est la proximité du lieu avec la Banque de France et son stock de futurs Euros qui les avait plutôt fait flipper.

Enfin, outre les activités marchandes de La Gryffe, c’est le Collectif lyonnais contre la vidéosurveillance qui a attiré mon attention. La mairie, toujours prévenante, a en effet décidé le 25 avril 2000 d’installer un vaste parc de 62 caméras dans les quartiers commerçants et autour de la Croix Rousse ainsi que d’augmenter leur présence dans le quartier de la Duchère (une cité dans la ville). Il n’est guère étonnant que l’opposition municipale n’ait pas voté contre, y compris Gilles Buna, maire Vert du 1er arrondissement, le « grand ami des squatteurs-venez-donc-me-voir-dans-mon-bureau-si-je-peux-faire-le-pacificateur-social ».

Le collectif semble aujourd’hui un peu en sommeil (le 27 juin, il avait entre autres organisé place Sathonay un happening sur le thème de Big brother et la matraque) et certains de ses arguments relèvent du citoyennisme gluant.

Néanmoins, l’emplacement précis de ces caméras qui pivotent à 360° pour 11 millions de francs, des autocollants et des affiches ont circulé un peu partout. Dès leur installation (prévue en février 2001), la méthode la plus efficace sera certainement de les briser sur place...

Un passant

[Texte paru dans Cette Semaine n°82, jan/fév 2001, p. 27]