Feu à volonté !


– Cohn-Bendit, extraits de l’interview donnée à La Republica le 19 juin 2001 [avant le sommet] :

Berlin -- Député Daniel Cohn Bendit, leader des Verts européens, pensez-vous que Gênes soit toujours une ville sûre en tant que siège du G8 ?"Je ne sais pas. Après Göteborg, tout est sens dessus-dessous. Y compris entre les nommés "militants anti-globalisation". Ceux-ci font flèche de tout bois et mettent dans le même sac toutes les organisations ou rencontres internationales en les considérant comme adversaires. Chacun de ces rendez-vous leur semblent bon pour organiser des manifestations."

Et donc, également à propos de la prochaine grande occasion à Gênes…
"Oui. Et je crois que l'on doit agir à deux niveaux. Il faut organiser la présence de la police pour affronter cette partie de manifestants qui cherchent l'affrontement de rue. Et organiser une présence politique pour répondre aux manifestants qui au contraire cherchent le dialogue".

Comment faire la différence ?
"En concédant aux manifestants non-violents tous les espaces nécessaires pour organiser leurs manifestations et débats, mais ceci dans des lieux très éloignés du sommet. Et en isolant par des cordons de police rigides et sûrs toutes les zones des bâtiments qui abriteront les travaux, et les rues qui y mènent".

(...)

Ligne dure, donc ?
"Ce n'est pas ce que je dis, je dis qu'il faut bien faire la distinction. On ne peut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. On ne peut pas permettre aux groupes violents d'empêcher les manifestations pacifiques. Le risque est que la grande masse se solidarise avec les quelques violents".


– Peacelink, extrait du texte “Nous qui avons cru dans la non violence”.

“ Cher directeur,
Nous avons commencé à recueillir - juste après les événements sanglants de Gênes - des témoignages terrifiants sur le comportement des forces préposées à l'Ordre publique. Les témoignage sont sensés être envoyés à Amnesty International. Ce sont des récits difficiles à accepter pour qui a confiance dans les institutions démocratiques, des événements à la limite de l'incroyable. Mais maintenant nous arrive une confirmation : ont été destitués de leurs fonctions, Anzoino Andreassi, vice-chef de la police, Arnaldo La Barbera, chef de l'antiterrorisme et Francesco Colucci, préfet de Gênes. Sur le site de Peacelink (www.peacelink.it) nous avons lancé un appel tout azimut, afin de raconter toutes les violences, et ce non pas à sens unique. Notre récolte de témoignages et de plaintes sur les violences se rapporte autant aux forces de l'Ordre qu'aux groupes d'extrémistes violents (si nous pouvions aider à mettre en prison ceux qui ont dévasté des rues entières de Gênes nous en serions heureux : les violents sont nos ennemis). Mais alors que la condamnation des violents Black block (les tute nere) à été nette de la part des manifestants pacifiques (de fait, de nombreux récits d'actes de vandalisme nous sont parvenus de la part des pacifistes), d'un autre côté la dissociation des hommes des forces de l'Ordre vis à vis des comportements violents de certains de leurs collègues n'a pas été évident. (...) “


– Extrait du texte “Répression et géométrie euclidienne” publiée par Giap n°1 nuova serie, bulletin sur le net de Wu Ming (proche des Tute Bianche de Bologne).

“ (...) Il y a un grand motif de satisfaction, dans la tragédie. S'ils ont décidé de mettre sur pied un tel niveau de répression, cela signifie que ce mouvement global fait peur, par son extension géographique et par son hétérogénéité. La stratégie de l'Etat est toujours la même : favoriser les franges forcenées, les désespérés, faciles à infiltrer, les lascars éclatés des banlieues, pour qu'ils prennent le dessus sur les âmes intelligentes du mouvement. Un piège dans lequel nous sommes tombés à Gênes, et dont maintenant, nous devons sortir au plus vite. Et je crois aussi que c'est notre unique possibilité d'échapper au régime en train de s'instaurer dans ce pays.
Wu Ming 4 25 juillet 2001
NB : il faut être clairs dans la condamnation des pratiques du BB comme inutiles et dommageables pour le mouvement. L'expérience du BB n'est pas une expérience intéressante, et même, dans cette phase - avec ou sans infiltrés- elle est dommageable pour nous et conforte les jugements qualunquistes et permet de faire feu de tout bois. Il est juste de dire la vérité sur les BB et de ne pas tomber dans de faciles criminalisations ou chasses à l'anarchiste, mais sans jamais oublier que le choix des pratiques " destructrices " est un choix qui a démontré son caractère dangereux, parce qu'il a permis l'infiltration flicarde et l'agrégation des bandes de jeunes déconnants qui se foutent éperdument de tout et veulent seulement tout casser, permettant ainsi à l'Etat de jeter de la merde sur tout le monde et de déchaîner des représailles indiscriminées.LES EVENEMENTS DE GENES (infiltrations, dévastations, saccages) SI-GNENT LA MORT EFFECTIVE DU BLACK BLOC COMME EXPERIENCE "POLITIQUE" QUI S'EST DETERMINEE A PARTIR DE CERTAINES PRATIQUES. Aucune indulgence pour les idiots utiles qui se sont fait utiliser par l'Etat et par les forces de l'ordre CONTRE le mouvement. Ils ont une responsabilité très grave justement pour le rôle nuisible qu'ils ont eu. Dans le moment où les pratiques des BB ont été utilisés par l'Etat contre nous, nous devons dire avec force qu'aujourd'hui ces gens-là sont en tous point politiquement morts. Et s'ils avaient un peu d'intelligence, ils devraient être les premiers à faire un examen de conscience et à SUICIDER une expérience qui, répétons-le, à Gênes s'est DE FAIT terminée. “

– Extrait de l’introduction de l’article de Susan George, à la Une du Monde Diplomatique, août 2001

“ (...) La machination montée par le gouvernement de M. Silvio Berlusconi, qui a sciemment laissé dévaster des quartiers entiers de la capitale ligure, visait à faire porter la responsabilité de la violence aux centaine d’organisations non violentes rassemblées dans le Genoa Social Forum (GSF). Cette tentative a échoué, grâce aux multiples témoignages de la complicité entre carabiniers et éléments du “Black Bloc”, mais à quel prix : un mort, six cents blessés... “


– Susan George après Göteborg, dans le journal d’ATTAC (Le grain de sable) n°246, 19 juin 2001 :

“ (...) J’en ai franchement marre de ces groupes qui ne sont jamais là pour le travail préparatoire, qui ne fichent jamais rien dans la politique de tous les jours mais qui arrivent dans les manifs comme des fleurs (“vénéneuses”) pour casser, quels qu’aient pu être les accords négociés par les autres. De plus, cela va casser les alliances entre ceux qui condamnent ces violences et ceux qui les tolèrent et refusent de le faire. (...) Bref, j’en ai assez de ces tyranneaux et je crains que si on continue à les laisser faire, ils finiront par détruire le mouvement, le plus bel espoir politique depuis trente ans”.


– Communiqué d’ATTAC France du 20 juillet 2001, paru idem qu’au dessus, n°256, 21 juillet 2001 :

“ (...) Ensuite, le comportement, que l’on ne peut même plus qualifier d’équivoque, de la police italienne qui a délibérément fermé les yeux sur la préparation et l’armement de quelques centaines d’éléments provocateurs, dits du Black Block, et sur leur passage à l’acte (...). Ces éléments, dont personne n’imagine qu’ils seraient inconnus des services de police en Europe, ont pu en toute impunité multiplier les agressions et les déprédations. Ils n’ont pas non plus hésité à s’attaquer à des organisations membres du GSF. Attac France s’associe à la condamnation, par le GSF, de ces éléments provocateurs et de la complaisance de la police à leur égard. (...)”


[Extraits publiés dans Cette Semaine n°83, sept/oct 2001, pp. 20-21]