Liberté pour Free et Critter


Free et Critter, deux jeunes anarchistes américains d’Oregon, ont été arrêtés en juin 2000 puis incarcérés pour incendie volontaire et tentative, confection et possession de matériel explosif pour l’incendie d’un négociant automobile et une station essence 1. Critter a reconnu les faits sans plaider coupable et a été condamné le 22 novembre 2000 à 5 ans et demi de prison. Quant à Free, il a été condamné après plusieurs péripéties à 22 ans et 8 mois de prison le 11 juin 2001 2. Il a uniquement reconnu le premier incendie. Ci-dessous, nous publions la traduction d’une lettre que lui adresse Lorenzo Komboa Ervin, ancien prisonnier toujours actif contre les prisons 3.


28 juillet 2001

Salut Free,
J’ai été où tu en es maintenant lorsque j’étais plus jeune (j’avais alors 21 ans), en devant passer le reste de ma vie en prison.

Condamné à une peine d’emprisonnement “à vie”, qui était supposée garantir que je ne sortirais jamais de prison avant ma mort, qu’est-il arrivé ? Je ne suis pas mort et je suis sorti bien plus tôt que tout le monde l’espérait. Ne te méprends pas. J’ai passé environ 15 longues années en prison, où je fus sujet à toutes les formes de terrorisme et de brutalité que l’Etat pouvait me faire subir. J’ai passé neuf ans en isolement et en unités de contrôle [de haute sécurité]. J’étais tabassé et torturé, affamé et battu. Ils voulaient me briser et me voir ramper. Malgré cela, j’avais décidé de résister par tous les moyens possibles. S’il y avait une émeute, je voulais en être, s’il y avait une évasion, je voulais y participer ; s’il y avait une grève, je bougeais en faveur des moyens les plus extrêmes – toutes formes de luttes pour lesquelles je vivais et j’étais prêt à mourir.

Ne te méprends pas, je n’étais pas un héros, et j’aurais voulu par tous les diables être ailleurs, mais comme toi je comprends pourquoi il est si important de défier ses gardiens, même lorsqu’on lutte pour survivre, littéralement en enfer. Je n’étais pas un héros ou une “personne spéciale” et si je suis sorti de captivité c’est grâce à une campagne internationale de soutien, de l’Anarchist Black Cross, HAPOTOC (Comité d’aide aux prisonniers et de refus de la torture), et de diverses parties de la gauche et même de mouvements libéraux, partout dans le monde. Ce n’était pas ce que le directeur de prison voulait, et les juges d’application des peines me promettaient que j’y resterais “pour toujours” à cause d’une émeute en prison en réaction à la rébellion d’Attica en 1971 et au massacre qui a suivi. Plusieurs matons furent blessés et je fus le bouc émissaire, avant d’être condamné à 30 années supplémentaires. C’est à cela que j’étais confronté, et j’ai fini par sortir en 1983 ; depuis lors, je fais un raffut de tous les diables.

Qu’est-ce que cela signifie ? Que tu peux lutter et que tu peux survivre. Plus important encore, qu’une campagne active pourrait te libérer, quelles que soient les conditions dans lesquelles tu te trouves. Eh, c’est bien la campagne de soutien international qui a permis à Mumia Abu Jamal de rester vivant et qui augmente maintenant ses chances d’être finalement relâché, pas les avocats classieux. Son avocat s’était assoupi lors du procès et sa première équipe d’avocats “des droits civiques” l’ont vendu contre la renommée et la gloire procurées par un bouquin.

Tu a l’air d’avoir des idées fortes, et je suis sûr qu’elles le sont. Nous ferons tout ce que nous pourrons d’ici pour retourner ta condamnation injuste. Je dois venir à Eugene pour y parler de toi cet automne et j’espère récolter de l’argent pour ton comité de défense. Tu es actuellement en bien meilleure forme que je ne l’étais lorsque je suis allé pour la première fois en prison ; je n’avais aucune source de soutien parce que le gouvernement avait déjà écrasé la gauche au début des années 70. Les choses peuvent sembler décourageantes maintenant, elles étaient pire alors. Mais j’ai appris que c’est le mouvement dans les rues qui décide si tu languis en prison ou si tu es relâché, pas l’Etat. S’il devient suffisamment puissant, il peut déboucher sur une issue favorable, même si les officiels te jurent que tu seras exécuté ou que tu mourras en prison. Nous devons lutter durement pour toi et tous les prisonniers politiques [sic], spécialement ceux qui sont enfermés depuis des décennies. Nous devons vaincre ce gouvernement raciste et corrompu.
Prison, où est ta victoire ?

Amitié et lutte

Lorenzo Komboa Ervin

1 Plus de détails dans Cette Semaine n°82 (fév. 2001), p.31
2 Adresse : Jeffrey Luers #13797671 / TRCI / 82911 Beach Access Rd. / Umatilla / OR 97882
3 Auteur de Anarchism and the Black Revolution (1979).


[Texte paru dans Cette Semaine n°83, sept/oct 2001, p. 11]