On ne veut pas de station supersonique, on veut des trains gratuits


L’année dernière, l’Etat portugais a entrepris de moderniser toutes les gares qui se situent le long de la ligne de chemin de fer Lisbonne-Sintra. L’Europe finance en effet bon nombre de chantiers afin de donner un autre visage au Portugal. Celui-ci s’incarne notamment dans la face hideuse du métro lisboète rénové pour l’Expo mondiale de 98 et par la surveillance permanente de cette ligne de banlieue qui convoie chaque matin et chaque soir les travailleurs – en particulier immigrés – vers cette “capitale culturelle du sud de l’Europe”. Vigiles privés de la compagnie de transports et police sont omniprésents, les contrôles de ticket permanents au moins une fois sur le trajet... à moins de faire comme ces prolétaires qui migrent d’un wagon à l’autre en fonction de la progression du contrôleur. Dans la ville de Queluz, un tract fit son apparition sur les murs dès le début de la rénovation de la gare [“station”] qui se fait à marche forcée, jusque tard dans la nuit.


Lettre aux chemins de fer portugais, aux entrepreneurs, au pouvoir local et à tous ceux qui se sentiraient blessés par ces paroles sincères...

Votre oeuvre est une merdouille. Un inconfort supplémentaire dans un monde déjà inconfortable en soi.

Votre oeuvre ne vaut pas un pet.

Une aberration, une cochonnerie de plus sortie de votre tête obsédée par le progrès.

Le songe de la classe dominante : un cimetière clinquant plein d’ascenseurs, de tapis roulants, d’air conditionné, de station spatiale, etc.

Quel est l’abruti qui a ordonné l’arrachage des arbres le long de la ligne, la destruction de l’ancienne gare, a chassé les agriculteurs de baldio 1 ?

C’est le prix de l’efficacité !

Quelle efficacité pour vous qui n’utilisez bien sûr pas ces trains, bande de connards ?

Allez construire vos oeuvres dans les égouts, vautours.Enfermez-vous dans une église et sniffez de l’encens à deux balles.

Mais foutez-nous la paix avec vos attaques mégalo-maniaques au nom de l’Europe, avec vos leurres, votre ordre, votre béton armé, avec vos centres commerciaux... vos histoires à endormir les bovins.

Vive la guerre sociale !

Vive l’anarchie !

Vive moi !

Vive toi !

Queluz, octobre 2000


1 Baldio : terres sans propriété cultivées librement

[Texte traduit du portugais par I et CS.]


[Tract publié dans Cette Semaine n°83, sept/oct 2001, p.7]