Salutations pour la marche devant la prison le 1er juin 2002

Je salue avec joie tous les amis, tous les camarades qui sont là et tous ceux qui ne peuvent pas l’être. Ce n'est pas seulement un salut depuis la prison, mais c'est aussi un salut de mon retour. J'étais heureux de rentrer parce que vous êtes là et que cette joie était plus forte que la terreur de tous les " Return " du monde (“Return” est la traduction du nom de famille de la juge Claudia Wiederkehr, responsable de mon dossier !). Mais je n'avais pas le mal du pays parce que notre pays est partout où les gens s'opposent aux Etats, à l'exploitation, à la guerre de conquête et d'extermination, aux troubles mortels, à la croissance de la civilisation capitaliste, se battent pour un environnement vierge et, en son sein, se battent pour l'autodétermination, la liberté et la justice.

La raison pour laquelle vous êtes ici n’est bien sûr pas très chouette, mais j'apprécie de faire partie de gens comme nous qui savent combien les différentes luttes pour l'élimination vitale de la société capitaliste sont importantes et irremplaçables (...) ; qui savent que cette société a besoin de prisons et les rend indispensables parce qu'elle-même est une prison ; qui savent qu'il est impossible de supprimer la prison qui asservit la liberté et la vie sans supprimer cette société capitaliste.

Un autre monde est nécessaire. Il doit être composé de mondes multiples, chacun étant nécessaire à l'autre, et aucun d'entre eux n'est impossible. Nous venons de ces mondes où la joie de vivre est présente ici et maintenant et où la liberté et la dignité de chacun s'accorde exactement avec celles de tous les autres mondes nécessaires. Où n'existe pas de "premier", "second", "troisième" et "dernier" [monde ?]. Où la tendresse est la force de la vie et de la lutte ; mais où la haine n'existe pas, parce que la haine anéantit, divise, aveugle et affaiblit chaque combat de son sens. Où la joie d'atteindre la banalité utopique du possible n'est pas sacrifiée aux seules soupes consuméristes du progrès capitaliste. Où, dans tous les cas, nous vivons et luttons pour ce monde indispensable, côte à côte ou ensemble, à égalité, avec une solidarité critique, honnêteté et responsabilité dépendant de la capacité et des besoins réels de chacun. Où la paix est justice et non une platitude idéologiquement définie par les relations dominantes d'exploitation et de violence dont le but est de pacifier et de dénigrer la lutte des classes et la lutte pour la libération des combattants. Où la mort et la souffrance sont des événements naturels et non pas l'anéantissement insensé des êtres humains par la sauvagerie du marché et de la production capitaliste ; ou sont, au cours de la lutte, l’humble courage d'aimer et de conserver de chaque mort, chaque souffrance et chaque détention de chaque camarade, de chaque personne ou peuple se battant pour la liberté, la justice, la dignité ; et chaque vie est la force croissante et le devoir croissant de nos cœurs indignés, est la force croissante de nos voix, de notre volonté de résister.

Honneur et gratitude à tous ceuxqui sont tombés !
Solidarité avec toute persécution,discrimination et détention !
Liberté pour tous !

Marco Camenish,prison de Pfäffikon (Suisse),fin mai 2002

[Traduit de l’anglais en essayant de respecter le style de Marco. Texte diffusé sur a-infos le 12 juillet 2002 par "Zorry Kid" <zorrykid@hotmail.com>]


Publié dans "Cette Semaine" #85, août/septembre 2002, p.33