Tribulations homosexuelles hors-norme


Je suis un jeune homme bi de vingt et quelques années qui arrive à peine à être un prisonnier, ex-junkie et rebelle toute la vie. J'ai une âme chanceuse, car j'ai trouvé l'amour et le réconfort dans les bras de, ce qui pourrait être considéré par une majorité des gens, comme une mauvaise place, ceux d'un antre homme, ici dans cette prison, dans cet asservissement. C'est une histoire intéressante que je voudrais partager avec vous. J'ai été conscient de ma bisexualité depuis l'adolescence, mais j'étais dans un autre placard, comme dans une griffe connue, une vérité tragique de la société dans laquelle nous grandissons tous. Mais ma sexualité était le dernier de mes problèmes, j'étais conduit par de tels désordres et dépressions, intentions suicidaires et dépendance à la dope. A l'âge de 14 ans, j'étais devenu un visiteur régulier des échos des halls et des nuits solitaires, dans les halls pour mineurs du Comté de Los Angeles, un gamin paria foutu émotionnellement et enterré dans une existence violente de guerre constante entre les races, les fidèles des gangs et les luttes pour le pouvoir. Combats de poings et ratonnades dans le coin me firent gagner d'innombrables œils au beurre noir et plantèrent en moi une haine pour tout ce qui voudrait me blesser. Et j'y mordais à fond. J’enfouissais tout cela jusqu'à un jour qui déclencha tout.

A 17 ans, j'étais tombé dans les rangs de crânes rasés des gangs de la suprématie blanche, qui étaient la réponse des garçons blancs aux Familias Mexicaines et aux gangstas Blacks. Nous avions tous appris à voir l’ennemi, décrit par des tatouages sur toute peau qui n'était pas de notre propre couleur. C'était posé dans les esprits conditionnés. Et c’était visible dans tous nos yeux. Nous avons grandi comme de jeunes gens entortillés dans des idéaux distordus, de fausses fidélités et identités, qui étaient violents et pleins de fierté. Nous fûmes séparés par des lignes dessinées concrètement dans la prison une décennie auparavant, par un système malicieux et raciste, et par le plus vieux mec, celui qui a battu tous les autres pour obtenir la prise ou le pouvoir politique sur les blocs de cellules, le pénitencier et la dope, utilisant leur écrasant savoir-faire de requins et la haine qui était en nous tous. Nous étions la progéniture, jeunes et confus, combattant pour survivre dans un monde qui condamne, un système qui tue, un endroit où si tu ne fais partie de rien, tu es victime de tout, des insécurités internes, de la rage L'ultime mensonge qui nous fut dit, c’est que notre réputation d'hommes était la seule chose qui nous avait fait. Les Chicanos se coloraient eux-même de guerriers aztèques et de slogans espagnols, les Noirs avec des numéros de rues, des panthères noires et des surnoms de B.D, et les Blancs avaient des croix gammées et des éclairs lumineux. C'était juste la voie qu'il y avait, et vous n'aviez pas intérêt à casser le moule ou à oublier les règles.

Bon, je fus cela. Je devais. La haine nourrissait ma vie et les batailles infinies suintaient dans mon coeur, pour devenir une raclée douloureuse de honte, de culpabilité et de remords. J’ai fini par voir tel que c'était : un complot massif conçu plusieurs d'années auparavant pour nous garder divisés, les exploités et les opprimés, pour nous laisser nous combattre les uns les autres, pour oublier le pouvoir qui nous fait descendre au plus bas niveau de l'humanité, où nous nous déchirons avec les crocs d'une bouche pleine de mensonges. Diviser plutôt que de relier, nos cerveaux enchaînés à l'ignorance, nos âmes définitivement fermées. L'ego étant l'image que chacun se construit pour s'y cacher, la violence et la souffrance grandissantes dans le système des institutions décentralisées de l'état et ne peuvent pas vous tuer. Toute la mort et l'apathie, toute la folie, ça t'infectes tel un virus, jusqu'à ressentir une vraie émotion qui signifierait abattre les murs construits autour de vous là pour protéger tout ce vous y avez dedans et qui vous déteste sans. Personne n’interrogea cela, semble-t-il. Mais je savais que c'était faux, de haïr et de désirer la mort pour quelqu'un d'autre, je savais que le système organisait notre ségrégation en divisant les cellules par ethnies et poussant toujours la carte des races, les flics blancs faisant des histoires aux détenus Noirs, les flics noirs baisant avec les Blancs, c'était une maladie, et est, une maladie même si elle semble guérie.

Tournant le dos au cercle de la fraternité blanche, abandonnant tous les mensonges et les conneries qui laissent ces bouches pleines de bredouillements et ces yeux ternes de haine grise, je me jetais dans une position de faiblesse supplémentaire, car je ne serai probablement jamais cru par les autres races : j'avais une croix gammée d'un noir profond sur ma peau pâle, et je ne pourrais plus être étreint par des bras blancs sans sentir des trous déchirer mes poumons, pour porter ma mort comme un traître. Mais je n'avais pas seulement bougé de l'emprise mortelle de l'idéologie raciale, mais j’étais aussi allé vers une nouvelle liberté pour finalement réaliser “qui” j'étais. En tant qu'ex-nazi avec des ennemis bien connus, et une place éternelle sur leur liste de mort, ma vaste et nouvelle-née conscience examinée m'amena à trouver une liberté intérieure dans la sécurité et la protection de la cour de détention préventive, une prison pleine d'abandonnés, de victimes, tout autour des vols, des rats, des morceaux de merde et de beaucoup plus, affiliés au jeu de la réputation de la prison sur un point, et qui maintenant étaient là. Pour beaucoup c'était le point le plus bas de leur vie, pour moi cela a signifié le premier moment où je fus libre de poursuivre le fil de ma vie en moi-même. Et réaliser ce que signifie vraiment pour moi, de ressentir l'amour et l'émotion, de conquérir la haine et la peur, et la majeure partie du costume étriqué de “l'identité”, “l'image” ou de “la réputation ” furent dissous par la bonne volonté d'être un être avec une attitude sans soucis et un garçon guéri. Mon âme est devenue le soleil d'un midi d'été, et mon cœur un hublot dans un monde plein de communauté, pas une boîte exclusive ou un coffre enchaîné dans des eaux oubliées.

Et ma bi-sexualité qui avait toujours été une suggestion à ma contradiction de “Haineux”, a attendu patiemment que je sois confortable comme un mec qui était attiré par les deux sexes, et d'une façon ou d'une autre me trouva quand je fus prêt. Nous l'avons su instantanément. Ils l'appelaient Bandit, son nom était Ricky Martinez, ancien gangster de la vieille école de Chicago, le mec était condamné à perpette, a eu une vie dure. Il avait des cicatrices sur son corps et dans ses yeux, et personne ne fut touché comme moi. Nos yeux bruns nous trouvèrent une nouvelle place, et comme les gens nous regardaient, brisant les “ règles ” de la virilité, un garçon blanc avec un mec noir, l'un avec des tatouages racistes et haineux et l'autre avec des noms de gangs, vivant rapidement ensemble, abandonnant la loi non-écrite qui dit que nous ne devrions pas, prouvant que l'unité des races peut joindre ensemble deux mondes, nous tombâmes amoureux, ce qui n'était pas prévu. Nous avions vu le passé dont nos corps portaient la trace, nos âmes se collèrent l'une à l'autre, et dans une cellule de prison nous nous touchâmes avec adoration et tendresse, nous commençâmes à pleinement nous comprendre. Nous nous laissâmes devenir libres. Les gens nous ont continuellement jugé. Et nous nous en foutons.

Nous marchons dans la cour de la prison avec les yeux des ploucs dans notre dos, à ceux qui nous regardent droit dans les yeux, nous nous disons “ je t'aime” et nous le disons aux gens. L'homophobie à notre égard, le “couple de pédé international”, est parti pour rester définitivement là. Mais ça ne peut pas toucher notre liberté. Nique la réputation, c'est un mensonge qui te dit que tu peux seulement être heureux si les gens pensent que t'es un type “cool”. Alors, appelez-moi pédé ou tantouse, je vais vous sourire à la face et me sentir désolé pour vous. Parce que ces chaînes qui m'ont maintenu si loin de moi-même si longtemps, en attachent toujours d'autres. Vous savez ce que je fais ? Je vis ma vie, comme quelqu'un de désenchaîné, et n'espère pas juste rester libre, mais que quelqu'un me voit et réalise combien ces chaînes sont possibles à briser. Parce que même si je suis haï, je peux sourire.

Ca fait environ un an maintenant que Ricky est mon amoureux, et j'ai grandi pour devenir un mec nouveau et sûr. Vous vous souvenez ces tatouages de haine que j'ai mentionné. Maintenant, on les recouvre avec du vrai “art de peau”, mon corps se purge de ces mensonges. Et sur mon bras droit, un des coins les plus sombres, y'a trois lettres, les initiales de Ricky. Nous nous sommes aidés à nous trouver. Je ne l'oublierais jamais.

La haine homophobe coulera toujours ses yeux damnés sur nous, en tant que personnes, pas juste comme homme ou même pédé, nous savons qu'à travers notre conviction intérieure, la négativité ne peut pas nous voler notre optimisme. Alors la bataille qui a été gagnée n'est pas celle de la haine, mais contre elle. Et nous la gagnons sur eux. Un par un. En étant des gens réels, honnêtes et de bonne nature, en clamant non pas la fierté mais l'égalité, nous nous faisons plus d'amis que d'ennemis. Et ces mecs qui refusent encore d'accepter, laissons les bouillir au loin avec leur propre pouvoir d’être libre, laissons les clouer et fermer leurs cercueils. Nous choisissons tous. Mais il n'est jamais trop tard pour réaliser que les mauvais choix peuvent être changés en décisions positives. Evolues et sois libre.

Je veux remercier François Herrero pour m'avoir contacté sur ce projet, l'ABC pour le faire, APLAN pour m'avoir mis en touche avec eux, et Ricky pour être si délicieux et pour grandir avec moi. Vis ce que te dis ton cœur. Sois un amoureux, pas un haineux. Je fais un zine qui s'appelle Wiener Society, vous pouvez l'avoir pour 1$ et deux timbres ou gratos i vous êtes prisonnier. Rentrez en contact, SVP Ecrivez moi ou écrivez à Ricky; nous aimons les copains du stylo et nous faire de nouveaux amis.

Nique la haine !
Nique les stéréotypes !
Debout les punx et les pédés !
En solidarité, Neil.

Neil Edgar K61832 et Ricky Martinez J66922
A4 114 Po Box 409000, Ione, CA 95640, USA

[Texte tiré de “résistance(s) au carcéral / pour en finir avec toutes les prisons”, mai 2002, 92 p. Nous avons un peu amélioré la traduction]


Publié dans "Cette Semaine" #85, août/septembre 2002, pp.34-35