Que la peur change de camp

On nous terrorise pour nous mettre les uns contre les autres, italiens contre étrangers, immigrés réguliers contre irréguliers.

On nous terrorise en obligeant nombre d'entre nous à émigrer en quête de conditions de vie moins odieuses.

On nous terrorise en obligeant nombre d'entre nous à la clandestinité : avec les flics sur le dos et la peur des expulsions, l'Etat et les patrons poussent des milliers d'individus dans l'ombre, en les rendant encore plus dociles à l'exploitation.

On nous terrorise avec le chantage du travail salarié : soit tu te vends à un patron, soit tu crèves de faim.

On nous terrorise avec l'image de l'Etranger "barbare et intégriste" pour nous faire accepter plus de restrictions, plus de contrôles, plus de précarité; ou bien pour nous faire aimer une identité nationale fausse et vide (si le capitalisme ne respecte pas de frontières, pourquoi les exploités doivent-ils le faire?).

On nous terrorise avec les flics dans les quartiers, avec les rondes fascistes, avec les rafles policières. La criminalité, c'est le prétexte (au fond, d’où sort la criminalité si ce n’est de la nécessité de l'argent?), le véritable objectif c’est de faire baisser la tête à tous.

On nous terrorise avec la prison ou les expulsions, les casernes ou les camps pour les clandestins.

Plus les pauvres se haïssent entr'eux, plus les riches s'engraissent…

On nous terrorise en nous faisant croire que les "terroristes" sont ceux qui luttent contre l'Etat et les patrons, et non pas ceux qui bombardent des populations entières, colonisent les territoires et les esprits en rasant les maisons avec les bulldozer.

Il est temps que la peur change de camp.

Il est temps que de la haine entre les "races" on passe à la solidarité de classe, à la guerre des exploités contre les exploiteurs.

Les expulsions, les camps pour clandestins, les blindés et les cameras de surveillance: ça suffit!

Pas de flics dans les quartiers, pas de quartiers pour les flics!


Texte publié dans "Cette Semaine" #85, août/sept 2002, p.3