Le visage <amical> de l'australie part en flammes et en fumée

(titre du journal australien The Age, 4 janvier 2003)

L'australie a connu du 27 au 30 décembre 2002 une vague d'émeutes et d'incendies qui ont ravagé cinq de ses sept centres de rétention. Si ce pays, comme beaucoup d'autres, possède une solide tradition de camps (des délinquants anglais déportés pour coloniser l'île-continent aux aborigènes jusque dans les années 60 1, en passant par les prisonniers allemands fournis par les Etats-Unis pendant la guerre), il offre la particularité d'incarcérer pendant des années les immigrants dans d'immenses centres de rétention jusqu'à la décision concernant leur cas - souvent des demandes d'asile.

Les camps de rétention

C'est le gouvernement travailliste qui a décidé en 1992 d'incarcérer dans des camps de rétention l'ensemble des demandeurs d'asile débarquant sans papiers. Près de 3000 personnes y végètent actuellement, dont environ 600 mineurs. Les réfugiés proviennent pour un tiers d'afghanistan puis d'irak et du moyen-orient, le reste étant originaire d'asie. Depuis septembre 1997, leur gestion a été confiée à un groupe privé, l'Australasian Correctional Management (ACM), une filiale du groupe américain Wackenhut qui possède déjà 55 prisons dans sept pays. Bien entendu, ses employés ont tout loisir d'exercer leur cruauté avec la bénédiction de l'état australien. Cette firme a été absorbée en mai 2002 par le plus grand groupe mondial de sécurité privé, Group 4 Falck. Ce dernier gère notamment les centres de rétention en angleterre, dont celui de Yarl's Wood (nord de Londres) qui a brûlé en février 2002 suite à une révolte. Il possède aussi la prison australienne de Port Philip (à Melbourne) où il est régulièrement mis en cause pour le taux de "suicide" élevé des prisonniers. Depuis le 23 décembre 2002, il a remporté le marché des camps de rétention de ce pays pour un montant de 100 millions d'euros par an, en offrant des prix encore inférieurs à ceux d'ACM. Le ministre de l'immigration, Philip Ruddock, a même tenu à préciser que Group 4 serait payé en fonction de son rendement "en termes d'émeutes et d'évasions".

Car dans cette situation de délais insupportables sans perspective, de conditions concentrationnaires (des tentes dans le désert comme à Woomera, entourées de barbelés électrifiés et blindées de matons-vigiles et de caméras), tortures, soins médicaux défaillants (comme ce témoignage d'un réfugié qui est resté quinze jours avec une jambe cassée avant d'être soigné), les révoltes se multiplient.
En juin 2000, près de 700 réfugiés s'évadent des camps de Woomera, Curtin et Port Hedland puis se rendent dans les centres-villes pour protester contre leurs conditions. Suite à des manifestations depuis le 25 août devant le camp de Woomera, certains se révoltent, jettent des pierres contre les matons, incendient des bâtiments (réfectoire, école, nettoyage, "détente") dont celui de l'administration. "Le 28 août, ils utilisaient les piquets de construction d'une seconde clôture comme des lances contre les matons tout en essayant de s'échapper à travers les trous dans la clôture" 2.
En août 2000, des Chinois (principalement) fomentent une émeute qui blesse treize matons et cause des millions d'euros de dégâts en détruisant notamment trois bâtiments.
En janvier 2001, près de 180 réfugiés, pour la plupart du Moyen-Orient, attaquent les matons avec des briques et des barres de fer et prennent le contrôle du camp avant que la police intervienne.
Le 27 février 2001, 40 réfugiés s'attaquent aux matons pour protester contre l'expulsion de trois des leurs vers le Moyen-Orient. Le 3 avril 2001, 200 réfugiés du camp de Curtin "abattent des clôtures intérieures, font des trous dedans, allument des feux et incendient entièrement deux préfabriqués" selon la police 3.
En novembre 2001, nouvelle émeute à Woomera, trois bâtiments sont incendiés.
Outre les tentatives d'évasion individuelles ou certaines immolations par le feu suite à un refus d'asile, près de 350 réfugiés de Woomera entament une grève de la faim qui durera seize jours en janvier 2002 pour obtenir que le dossier des Afghans soit examiné et qu'ils ne soient plus renvoyés "chez eux" suite à la chute des Talibans. Cinquante d'entre eux s'étaient en plus cousus les lèvres et l'un d'eux s'était volontairement jeté dans les barbelés du haut d'un grillage. Le gouvernement a cédé, pour une fois seulement.
Enfin, suite à des mobilisations en mars 2002 devant le camp de Woomera, l'attaque extérieure des clôtures et les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre a permis à 35 sans-papiers de s'évader (15 sont toujours dans la nature) ; une cinquantaine s'échappera aussi le 27 juin 2002.

Face à tout cela, l'état n'est cependant pas resté inactif. Le 19 octobre 2001, un bateau sombre au large de l'australie mais dans les eaux internationales, avec à son bord 424 personnes (dont 150 mômes). Ce pays avait refusé l'accostage du Harapanindra et l'avait renvoyé vers l'indonésie d'où il était parti. Des pêcheurs indonésiens ne récupéreront que 45 survivants de ce rafiot de 19,5 mètres de long sur 4 de large, de nombreuses heures après. Un des responsables de la police fédérale australienne Mick Keelty a refusé de répondre à toute question d'une commission d'enquête sénatoriale bidon au nom de "l'intérêt public".
Deux mois avant, en août 2001, le gouvernement australien l'avait joué plus finement : après avoir empêché le cargo norvégien Tampa d'accoster sur les côtes australiennes de l'île Christmas avec 460 afghans à son bord, il les a déportés vers le micro-état de nauru (où ils poirotent toujours). Un premier groupe de 800 et un second de 400 demandeurs d'asile les ont ensuite rejoints dans cette déportation. C'est depuis cette date que la marine de guerre australienne empêche les bateaux de réfugiés de s'approcher, avec comme conséquence immédiate l'assassinat des centaines de personnes du Harapanindra deux mois après. Aujourd'hui, près de 2200 réfugiés (afghans, sri-lankais et irakiens) végètent dans des camps sur l'île de nauru (12 000 habitants sur 12 km2), l'Alcatraz australien. Ce micro-pays s'est enrichi entre 1919 et 1968 par l'exploitation de mines de phosphore et, désormais à cours de ressources (sans terre cultivable mais paradis fiscal), a volontiers accepté le deal de son voisin : l'épongement de sa dette (déjà 18 millions d'euros et d'autres à suivre avec la construction de nouveaux camps) et tous frais payés pour le fonctionnement des camps. L'australie a déjà versé 29 millions d'euros aux gouvernements de papouasie-nouvelle-guinée (autre état qui a déjà accepté 1000 réfugiés dans des camps australiens) et de nauru pour installer ses camps. Son budget total s'élève à 170 millions d'euros et 120 sont prévus chaque année pendant au moins cinq ans. Les îles de kiribati, palau et les îles cocos sont en pourparlers après le refus de fidji. La marine australienne emploie désormais cinq navires de guerre et quatre avions de reconnaissance uniquement pour chasser les bateaux de sans-papiers, en plus de ses garde-côtes. Enfin, les travaillistes et les conservateurs unis ont durci les lois sur l'immigration en septembre 2001, autorisant la marine à remorquer de force les bateaux ancrés dans ses eaux territoriales, instituant un visa de résidence renouvelable tous les trois ans pour les immigrés entrés clandestinement (supprimant l'espoir d'obtenir un permis de résidence définitif) et interdisant le regroupement familial. Cette nouvelle loi, la déportation à nauru et la chasse du Harapanindra au prix de 353 assassinés ont subsidiairement permis au premier ministre John Howard d'être réélu pour un troisième mandat le 10 novembre 2001. Le 11 septembre 2001 ou l'attentat de Bali le 12 octobre 2002 (192 morts dont 88 australiens dans une boîte de nuit) n'ont ainsi que peu modifié la donne dans la continuité raciste de l'état australien. A une exception près : le gouvernement accuse maintenant en plus les camps d' "héberger" des terroristes et a lancé une campagne anti- "terroriste" de trois mois le 29 décembre 2002 (voir affiche ci-contre 4).

Les belles émeutes de décembre

Le climat était donc à son comble lorsque cinq des sept camps se sont embrasés, lorsque les prisonniers ont décidé une nouvelle fois de prendre leur destin en main.
Le vendredi 27 écembre, un premier incendie se déclenche au camp de Baxter, détruisant trois chambres et un bloc sanitaire du bâtiment Red 1. Les réfugiés sont transférés dans le bâtiment Red 2. Le camp de Baxter, situé à proximité de la ville de Port Augusta dans le sud de l'australie, est en projet depuis le 23 août 2001 et sa construction a été achevée un an plus tard. Bâti dans l'enceinte d'un terrain militaire, il est de type prison de haute sécurité, avec barbelés électrifiés, vidéosurveillance 24h/24, mitard (où on peut rester menotté avec un bandeau sur les yeux), tabassages et règlement intérieur blindé : demande écrite pour circuler à l'intérieur du camp, politesse obligatoire, etc. "Depuis que l'on a comparé Woomera à un enfer, il n'y a plus de termes pour qualifier Baxter", selon un prisonnier 5. Le samedi 28 au soir, ce sont trois nouveaux feux allumés à partir des literies, du mobilier et des rideaux des bâtiments Red 2 qui embrasent le centre, détruisant cette fois partiellement le camp, 64 des 79 chambres (17 des 19 bâtiments) sont détruites ou endommagées. Le lendemain, un dernier incendie qui démarre à partir du réfectoire du quartier White 2 (où sont regroupés les détenus) tente d'achever le travail, 17 nouvelles chambres partent en fumée. Ce camp dernier-cri à peine construit pour une somme de 22,3 millions d'euros, subit là une première critique pratique pour le moins radicale de la part de ses 215 détenus (55 sont plus précisément accusés, ceux dont la demande de visa a été rejetée après appel) qui le rendent en grande partie inutilisable. 11 réfugiés et deux matons ont reçu des soins suite à l'inhalation de fumées toxiques, les premiers ayant été parfois obligés de demeurer à l'intérieur des bâtiments en feu par des gardes en tenue anti-émeute. La première réaction pleine de bon sens récupérateur est venue du directeur du bureau du développement local de Port Augusta, Andrew Eastick : "Bon, il y aura clairement des retombées économiques même s'il est tragique que nous pensions en ces termes. Mais il y a évidement un travail de reconstruction et de déblaiement qui doit être fait, et la majeure partie de ce travail échouera à des entreprises et des gens du coin".
Le camp de Port Hedland (à l'ouest de l'australie) est construit sur la base de bâtiments qui ont accueilli les célibataires des industries minières dans les années 60, à l'intérieur d'un quartier résidentiel. Il est devenu un camp de rétention en 1991, notamment à cause de la proximité d'un aéroport international permettant facilement les déportations. Le dispositif de sécurité a été considérablement renforcé en 2001 et le camp comptait 146 personnes réparties dans les 11 blocs au moment de l'émeute. Celle-ci débute dans la nuit du dimanche au lundi 30 décembre, suivant celle de Baxter. Le feu détruit un camion de pompiers, un énorme entrepôt (après effraction) et l'un des blocs d'habitation. Plusieurs maisons du voisinage ont dû être évacuées à cause de la fumée, deux matons soignés pour les mêmes raisons. 20 réfugiés sont spécifiquement sur la sellette. La moitié des 16 cellules du poste de police de South Hedland ont immédiatement été réservées par ACM (la boîte privée qui gère les camps), en attendant les premières enquêtes. En termes financiers, les dégâts sont plus importants qu'à Baxter (environ 1,7 millions d'euros).
Le troisième camp à s'embraser, après celui de haute sécurité de Baxter et celui qui sert de sas avant la déportation, Port Hedland, est Woomera (sud de l'australie). Selon le ministère de l'immigration, les émeutes dans les camps de rétention avaient déjà causé près de 2,8 millions d'euros de dégâts au cours des 18 derniers mois, dont les ¾ sont attribués à celles de Woomera. Construit en plein désert à 500 km d'Adelaïde à la fin des années 50 pour abriter les travailleurs qui ont construit un complexe de bureaux, ce site est devenu un camp en novembre 1999, continuellement agrandi et avec des dispositifs de sécurité en constante augmentation. Deux premiers feux sont allumés le dimanche 29 décembre au matin dans le bloc sanitaire (5 bâtiments abritant les toilettes sont réduits en cendres). Le lendemain soir, ce sont deux quartiers d'habitation (37 bâtiments) et deux réfectoires qui sont incendiés et partiellement ou totalement détruits. Les pompiers mettent plus de quatre heures à les éteindre. Les 130 réfugiés, principalement du moyen-orient et d'afghanistan, doivent être évacués vers un autre quartier inutilisé. Les dégâts sont encore supérieurs aux précédents, montant à 1,95 millions d'euros. 7 hommes sont immédiatement transférés en prison. Une vaste perquisition est menée dans le camp, pendant que les réfugiés passent deux jours assis et menottés sur le terrain de basket, sous le soleil brûlant de l'été et sans eau, de 10 heures du matin à 9 heures du soir. Les trois familles du camp sont transférées à Baxter alors que les autres, célibataires, subissent des pressions pour signer leur accord en vue d'une expulsion vers l'iran ou l'afghanistan (la plupart ont épuisé leurs recours, le tribunal ayant par exemple rejeté, au cours de sa session 2001-2002, 62 % des appels pour les afghans et 87 % pour les irakiens). Le téléphone a été coupé, les prisonniers interdits de courrier et sans possibilité de cantiner.
Le lundi 30 décembre, un soulèvement a lieu dans le camp de Perth. Un maton est blessé au visage. Au départ, la police a tenté de s'emparer de deux réfugiés qui devaient être conduits à l'aéroport pour y être déportés. Leur rébellion a provoqué la solidarité d'une quinzaine d'autres, ce qui a nécessité l'intervention de la police anti-émeutes. 4 personnes sont désormais accusées d'agression et de rébellion (à leur arrestation) et incarcérées.
Ce même jour, c'est un quatrième camp (après Baxter, Port Hedland, Woomera) de rétention qui prend feu. Le camp de Christmas Island est situé au large de l'australie, à 2400 km à l'ouest de Darwin, et à 550 km au sud de l'indonésie dans l'océan indien. C'est un bagne isolé où sont directement transférés les boat-people des bateaux arraisonnés dans les eaux australiennes (les autres sont repoussés par la marine de guerre australienne avant même de les atteindre ). La quarantaine (?) de prisonniers mettent le feu en deux endroits, dont le réfectoire, et prennent le contrôle du camp, armés de piquets de tentes et de tuyaux. Les pompiers doivent donc dans un premier temps rester à l'extérieur, tandis que les anti-émeutes affrontent les réfugiés. "Nous savons qu'aucun revolver n'a certainement pas été utilisé" a déclaré Jenny Hoskin, porte-parole du ministère de l'immigration, ce qui augure tout de même de la vigueur de l'affrontement 6. Après le rejet de leurs demandes de visa, les boat-people avaient déjà enflammé une première fois un bloc d'habitations et le hall du réfectoire le 7 décembre dernier. Très peu d'informations ont filtré dans la presse australienne sur la révolte dans cette île.
La dernière émeute, la plus violente aussi peut-être de ce week-end, s'est produite dans le camp de Villawood situé à Sydney. Ce camp comporte la particularité d'incarcérer les personnes dont le visa a expiré, celles qui ne remplissent plus les conditions (en dehors du quota fixé par emploi et nationalité, condamnation, travail au noir) et celles qui ont été interceptées dans les aéroports et les ports. Les réfugiés sont tous en attente d'expulsion, le nombre officiel étant de 513 (393 hommes, 88 femmes, 32 enfants). Les dégâts ont été moins importants que dans les autres, 280 000 euros, mais la révolte plus offensive : après avoir allumé six feux autour d'équipements surveillés dans la nuit du 31 décembre vers 10h30, 35 détenus ont tenté de s'évader en volant un véhicule de matons pour s'en servir comme bélier. Ils auraient été stoppés par un véhicule de police bloquant les portes. Ils ont également attaqué les matons avec des barres de fer. Selon un porte-parole du camp, "environ 60 à 80 "détenus" ont également mené une émeute dans une autre partie de Villawood". De nombreux dortoirs et un bloc consacré aux loisirs (sport, ?) ont été détruits, les feux n'ont pu être éteints que trois heures après. 15 prisonniers ont ensuite été incarcérés dans les prisons de haute sécurité de Silverwater et Parklea (Sydney) pour émeute et tentative d'évasion. Leur nationalité montre notamment que la révolte peut dépasser les fausses divisions d'origine : chine, vietnam, espagne, turquie, jordanie, angleterre.

La première personne jugée sur les 39 incarcérées pour l'instant, Darren McCreadie (un britannique de 33 ans) a plaidé non coupable le 3 janvier 2003 devant un tribunal de Sydney. Extrait du camp de Villawood, il est accusé d'atteintes à la propriété de biens du Commonwealth, menaces de blesser un fonctionnaire, bagarre. Le tribunal a refusé la liberté sous caution, il sera jugé le 8 janvier. Quatre autres personnes de Villawood (un jordanien de 20 ans, un vietnamien de 38 ans, deux chinois de 28 et 45 ans) sont pour l'instant accusées des mêmes faits, avec en plus tentative d'évasion. Le 5 janvier, un néo-zélandais et un chinois ont été expulsés, le premier en relation avec la révolte du camp de Perth et le second de l'émeute de Villawood. Ce même jour, Mehran Shojaee (un iranien de 27 ans), incarcéré à la prison de Port Augusta après l'émeute de Woomera, passait au tribunal pour incendie volontaire. La liberté sous caution a été refusée (soit son retour au mitard du camp de Woomera), son jugement fixé au 17 février. Le casier de de ce révolté faisait état d'une évasion et de 10 "incidents violents" dans les camps de Curtin et Woomera au cours des 18 derniers mois. A cette occasion, le procureur fédéral général Daryl Williams s'est plaint que la police fédérale lui a rapporté que les enquêtes étaient difficiles parce qu'elles concernaient un grand nombre de personnes "généralement non-coopératives". Le total des dégâts causés par les émeutes dans tous les camps est désormais estimé à au moins 4,7 millions d'euros.

Frontières, état et capital

S'il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde (méprisables français - ou australiens - enfermés dans l'étroitesse de leur forteresse face aux barbares), il y aussi un nombre croissant de migrants dans des pays qui se croyaient à l'abri, comme l'italie (voir notre dernier numéro), l'espagne ou la grèce en europe, l'australie dans le pacifique. La réalité est également que la plupart des migrations concerne les pays "plus pauvres" entre eux (afrique-afrique ou asie-asie par exemple). L'absurdité des frontières pousse les états à vouloir sélectionner et contrôler la main d'œuvre sur leur sol, non pas à l'éliminer. Les prisons (souvent peuplées à moitié d'immigrés), les camps et autres centres de rétention sont là avant tout pour rendre ces exploités plus dociles, en tant que menace et châtiment, à précariser l'ensemble des exploités par un coût du travail toujours en baisse dans de vastes secteurs comme le bâtiment, la restauration ou la confection, une sorte de complément à la délocalisation par l'importation d'immigrés exploités directement sur le sol des états occidentaux.
Ce nomadisme, cette absence d'endroit pour se poser, qui touche également les grandes métropoles qui chassent les pauvres à leur périphérie, associée à une précarité, une clandestinisation de fait de celles et ceux sortent (par choix ou parce qu'elles/ils ne sont plus adaptéEs) de l'intégration par la misère salariée classique, est de plus en plus commune à de larges franges d'exploités par-delà les origines nationales. Et briser ces fausses divisions d'origine ou de religion, qui existent malgré une semblable condition de débrouille économique et impossibilité de vivre dans le cadre politique des états, passe par la révolte. Les discours, tiersmondistes comme antiracistes, ont depuis longtemps montré leur inanité face à une réalité qui ne trouvera pas de perspective dans le cadre démocrate : la solidarité dans la lutte contre ces conditions-là, comme exploités et aliénés (dépossédés de soi, affectivement, physiquement,...) qui se reconnaissent et ne veulent plus l'être, est aussi ce qui permettra de dépasser le carcan de droits qui n'ont jamais eu plus d'effectivité que le papier si facilement inflammable sur lequel ils sont inscrits.
Alors seulement, évitant en plus l'une des sales cartes que jouent les exploiteurs et leurs valets, le massacre des pauvres entre eux, chacunE pourra dépasser la révolte pour la survie afin de parvenir ensemble à l'entièreté de la vie même ; entrevoir un monde libéré de l'exploitation, de l'état et de l'argent, où le voyage - à l'inverse de la migration des marchandises que nous sommes touTEs - sera une façon de mélanger librement nos richesses individuelles. Que brûlent toutes les prisons, détruisons férocement ce monde, tant pis pour ses chiens de garde et autres collaborateurs !

Dimitri
7 janvier 2003

 

1. Après avoir été exterminés, les aborigènes ont été parqués dans des camps appelés réserves. La politique de créer une "australie blanche" date officiellement de 1901, les aborigènes sont reconnus citoyens australiens à partir de 1967 et peuvent circuler "librement". Ils représentent aujourd'hui par exemple 75 % des mineurs incarcérés dans le Territoire du Nord alors que ces derniers ne représentent que 32 % de la population mineure.
2. Voir article dans Cette Semaine n°82, jan/fév 2001, p.30
3. Voir dépêches dans Cette Semaine n°83, sept/oct 2001, p.11
4. L'affiche proclame "Protégeons le style de vie australien d'une possible menace terroriste", "Soyons vigilants pour l'australie" sur fond de plages. La campagne concerne aussi bien la presse, que la radio et la télévision. Le lendemain, le gouvernement recensait près de 500 appels téléphoniques. "Le Premier ministre, John Howard, a encouragé lundi la population à appeler le numéro de téléphone mis en place pour cette campagne, indiquant que ces appels ne faisaient pas perdre leur temps à la police ou aux forces de sécurité australiennes" (dépêche AP, en français, du 30 décembre 2002).
5. Voir article publié sur a-infos le 5 janvier 2003.
6. Dépêche Reuters (en anglais) du 31 décembre 2002.

 

[Nous avons retenu comme base de conversion : 1 euro = 1 US $ = 1,79 $ australien.
Les chiffres concernant les réfugiés sont ceux du ministère de l'immigration, de la multiculturalité et des affaires indigènes (DIMIA). Par ailleurs, nos sources sont la presse australienne - notamment The Age, ABC australia news, The Australian -, et les dépêches d'agence (Reuters, AP, BBC news et Sydney Indymedia), ce qui doit relativiser les faits. De plus, on peut consulter les sites internet des ONGs qui suivent les camps (à titre d'info) : baxterwatch.net & porthedland.nomasters.org]

[Extrait de "Cette Semaine" n°86, janv/fév 2003, pp.28-30]