Communiqué et réflexions d’Amadeu Casellas Ramón depuis Figueras

Je m’adresse à nouveau à toute la société afin qu’elle ouvre les yeux une nouvelle fois et se rende compte à quel point le fascisme est en vigueur tant dans les centres d’extermination (fait habituel) que dans l’assurance de ces matons tolérés par le peuple.

Le 26 avril 2002, j’ai eu un entretien avec Mercedes Sánchez Gómez, directrice générale de ces centres. Au cours de cette entrevue, nous avons d’abord parlé de ma situation personnelle au sujet de laquelle elle me déclara, selon ses propres mots, que “jamais je ne sortirai de ces centres tant que je continuerai à écrire de la merde” et que “pour des êtres de mon espèce, il existe encore beaucoup d’autres centres” tant que je continuerai à dénoncer leur aspect corrompu, tant que je garderai ma dignité et mes principes, et aussi parce que j’ai “dénoncé publiquement en utilisant internet des gardiens avec noms et prénoms”. C’est notamment la raison pour laquelle les matons et leur système ont chargé mon dossier (montage à l’aide de fausses preuves comme à Lleida - Ponent) dans le seul but que je ne puisse jamais sortir de là, ma peine s’étant déjà alourdie. Elle m’a dit que dénoncer en précisant l’identité des gardiens mettait leur vie en danger et que je pouvais faire l’objet d’une plainte ; à la fin, elle m’offrit comme alternative de perdre mes principes et ma dignité et précisa qu’elle et ses matons me rabaisseraient et m’humilieraient durant toute la durée de mon incarcération. Au cours de ma grève de la faim, elle me dit que celle-ci lui était bien égale, tout comme aux gardiens, et que les chefs c’étaient l’administration pénitentiaire et eux.

Mes réponses furent claires et nettes : je refuse de m’abaisser ou de perdre dignité et principes, de me soumettre et de devenir le mouton du fascisme. Pour moi, j’ai été condamné à perpétuité, pour eux à la peine de mort parce que j’ai dénoncé leurs centres d’extermination. Et je les accuse une nouvelle fois (s’ils ont des doutes, qu’ils portent plainte, je pourrai alors à mon tour le faire) de torture, d’humiliation sur les prisonniers, d’incitation au suicide, que tous les décès et suicides surviennent souvent avec l’aide des drogues légales que le système leur administre. Les prisonniers sont exploités par le travail dans les ateliers sans aucune sécurité [contre les accidents]. Je dénonce aussi l’existence de prisonniers privilégiés par leur statut social ou politique. Je les accuse de discrimination et de favoritisme et si tout cela est faux, allez-y, portez plainte, gardiens fascistes, car moi je ne me rends pas face au fascisme.

Au cours de mes grèves de la faim, je lui ai dit que j’étais très conscient que la mort d’un être humain leur importait bien peu, et que par conséquent l’indice du taux de mortalité de ces centres était très élevé. Nous ne sommes pas naïfs, ils savent que les familles de ces morts ne disposent pas des moyens économiques de faire éclater la vérité. Je les accuse aussi publiquement de provoquer la majorité des fractures, des évasions [sic] ou tentatives en profitant de l’état de vulnérabilité et de désespoir de ces prisonniers.

Dans le centre d’extermination de Ponent, on trouve au CIRE (ateliers de production) les exploiteurs suivants : Manuel Revuelta et Luís Abadía. Ce dernier se permet d’avoir des chiens de chasse avec l’argent du CIRE dans les ateliers pour que les prisonniers continuent d’être payés une misère. Ce gardien exploiteur est très connu à Lleida pour ses menaces permanentes afin de les obliger à travailler, et pour son despotisme. J’accuse la direction du centre d’extermination et l’équipe du CIRE d’être complices “en douce” en forçant les prisonniers à travailler, j’accuse aussi le sous-directeur Rafaël — “Cornelius” pour les internes [?] — de favoriser des prisonniers en échange de faux témoignages contre d’autres dans le but d’isoler ces derniers. Le surnom de “Cornelius” lui vient d’une bagarre qu’il a eue avec un autre gardien du centre parce que sa femme, matonne elle aussi, lui faisait porter des cornes. J’accuse les geôliers du centre d’extermination de Brians, spécifiquement ceux du syndicat CATAC, de tabasser les prisonniers et de privilégier certains autres comme Javier de la Rosa, Josep Puigneró ou ceux du cas Filosa [des balances, des bourgeois ou politiciens ?], etc...

J’accuse les geôliers de la Roca de la même chose qu’à Brians, ainsi que ceux de la Modelo (Barcelone). J’accuse le sous-directeur du centre d’extermination de Girona, le maton Jordi, de manipuler les statistiques sur les drogues, et l’équipe de traitement [?] d’être aux pieds des capitalistes et des entreprises.
(...)

Pour terminer, j’accuse Santiago Martínez Cadarso, actuellement en poste au centre d’extermination de Tarragona, d’être un des plus grands tortionnaires des centres d’extermination de Catalogne et d’espagne ; ce type était en 1987 à la Modelo de Barcelone d’où il fut transféré à Séville comme directeur suite à des problèmes, et où il en eut à nouveau d’autres dans ce centre pour de mauvais traitements infligés aux prisonniers. De là, il fut muté à Lleida où il accumula tant de merde qu’il fut cette fois muté à Tarragona où il peut exercer en toute tranquillité. Son bras droit et exécuteur de beaucoup de ses basses œuvres, le sous-directeur Manuel Madrid, a été muté comme éducateur à Grenade.

Pour finir, j’accuse la Direction générale du gouvernement de Catalogne de séparer les prisonniers de leurs familles et d’être complices de tout ce qui se passe dans ces centres, de cette fraude, de la corruption et des abus...

Toi, Mercedes Sánchez Gómez, tu pourras me séquestrer dans vos pièges fascistes, et comme je te l’ai déjà dit, tu peux m’enfermer physiquement pour mon refus de ce fascisme, tu peux penser que je pourrais perdre la vie dans une des grèves de la faim que je dois mener pour me faire entendre, tu peux penser qu’avec un peu de chance je mourrai d’une maladie dont vous serez les responsables, tu peux aussi penser que je peux me suicider lorsque je n’aurai plus d’autre issue, mais je t’assure que je poursuivrai tant que je vivrai ma lutte contre le fascisme et tout ce que vous êtes en train de faire.

Amadeu Casellas Ramón
C.P. Can Brians, Apdo 1000, 08769 Martonell

[Traduit de l’espagnol par K. Tiré d’A Golpes, avril/mai 2002, pp.29-31. Adresses : Apdo. 24103, 08080 Barcelona — Apdo. 28041, 28080 Madrid]