Un peu de répression, aussi à Pise

La nature aime la diversité, là est son génie

Ce printemps, notre groupe et toute une mouvance de sympathisants et anarchistes de Pise ont du affronter une attaque répressive d'une certaine amplitude. Commençons par le fait que depuis fin 2001 nous n'avions plus de local - la rédaction était via Fuchini à Pise, mais ceci n'a pas empêché la continuation de nos activités, pas uniquement de Il Silvestre, mais aussi de tous ces rebelles, anarchistes et complices qui prenaient ce lieu comme point de rencontre.

La distribution de tracts, les tables de presse, affichages ont continué avec assiduité, une critical mass [manif à vélo qui bloque la ville] à moitié spontanée s'est bien passée et un cacerolazo [concert de casseroles] matinal en solidarité avec les protestations en Argentine a fini par une bouffe gratuite dans la cantine de l'université, ou entre autres ont été mises hors d'usage les caméras de surveillance.
Tout cela, sans aucune permission ou médiation mais un nombre croissant de participants.

D'autres groupes, communistes ou étudiants, ont aussi fait du raffut dans la ville à leur manière.

De plus, il y a eu une augmentation du nombre d'actes de vandalisme ou de sabotages anonymes.

Pour n'en citer que les plus évidents :
Incursion et dévastation du local du journal " Il Tirreno ", incursion et dégâts dans la mairie et le local des fachos, deux antennes-relais de téléphone mobile brûlées, des tags qui poussent comme des champignons,…

Le 27 mars, une personne de Il Silvestre avec deux autres compagnons anarchistes qui fréquentaient le local et des activistes du mouvement pisain sont arrêtés par deux membres de la Digos [police politique] alors qu'ils sont en train de coller un tract titré : "un bâtard est mort" et signé "certains individus". Ce texte contenait une invitation à l'auto-organisation et à une défiance par rapport à la voie légaliste, mais aussi une acclamation (un peu abrupte) de la dernière action éclatante des Brigades Rouges contre Biaggi [conseiller du ministre du travail assassiné].

Les compagnons n'ont subi qu'un contrôle d'identité mais, le lendemain, il y a eu une plainte pour "propagande subversive" (art. 272 CP) et une perquisition chez eux et dans les habitations d'autres compagnons de Il Silvestre.

Ensuite, il y a eu le collage d'un manifeste en solidarité avec les deux compagnons, dont le titre était "Qui est le terroriste ?" signé par les Silvestre, avec un renversement de poubelles devant les journaux Il Tirreno et La Nazione (accompagné d'un bombage : " Nous vous restituons un peu de vos poubelles, infâmes ! ").

Les jours suivants, une campagne de presse violente continua à attaquer les Silvestre mais aussi tous ceux qui ne se soumettent pas publiquement à la loi et aux méthodes de l'ordre démocratique.

Le 13 avril, une attaque incendiaire touche une caserne de carabinieri en brûlant la porte d'entrée. L'air en ville devient vraiment lourd.

Le 15 avril, deux autres compagnons anarchistes sont interpellés pendant qu'ils collent avec du scotch des tracts, bien "moins lourds" que le premier, dans lesquels on exprimait notre solidarité avec les mis en examen et ceux qui agissent directement contre toutes les oppressions. Les deux compagnons sont incarcérés à la prison de Don Bosco. Vu que personne ne s'attendait à une chose pareille et que peu de personnes étaient au courant de leur initiative, la nouvelle arriva un peu en retard.

Dans l'après-midi du 16 avril, les activistes de Il Silvestre et leurs sympathisants se rendent à l'initiative du Social Forum pisain non pas pour demander une solidarité de la part des forces organisées, mais pour informer de la grave situation répressive les personnes qui suivent un concert et qui, certaines peut-être, auraient pu être intéressées par l'événement et solidaires avec les deux compagnons. Et comme on pouvait s'y attendre, les "subversifs dangereux", "les nigauds", "pas démocratiques", ceux qui font des tracts "délirants", ne peuvent recevoir la solidarité de telles forces qui se disent pourtant antagonistes mais sur lesquelles pèse l'influence d'un parti qui siège au Parlement et dont le délire est difficilement égalable : Riaffondazione Comunista [jeux de mot entre riaffondazione (nouveau naufrage) et refondazione (refondation)].

Après une brève altercation, un groupe de cinquante personnes part en cortège en direction de la prison Don Bosco et on entendra des slogans pendant des heures pour la libération des compagnons et pour la destruction des prisons, la révolte et l'évasion, tout en bloquant la circulation. La Digos est très nerveuse, les prisonniers à l'intérieur saluent et lancent leurs propres slogans. Dans la nuit, le groupe se déplace bruyamment en faisant des tags dans la ville. Dans les rues successives se confirme la non-disponibilité du mouvement pisain pour s'opposer à la répression et développer une solidarité pour les deux incarcérés. Des gens qui font des lois au Parlement, des branleurs qui font de la politique à la fac et pour lesquels la répression est au maximum une amende, se permettent de condamner qui est camarade et qui ne l'est pas. En face de tous les opprimés, ces politiciens en pantoufles font de la peine et reçoivent la dérision qu'ils méritent.

 

Finalement, les deux compagnons sont libérés le 18 avril avec une mise en examen pour "propagande subversive" avec obligation de pointer au commissariat (elle fut levée trois mois après). Le 28, un rassemblement est organisé dans le centre de Pise et le tract incriminé, "gare aux vautours", est redistribué pour l'occasion.

Ceci est la chronique des faits, mais est-ce utile d'écrire quelques lignes de plus comme possible commentaire.

Au cours des semaines suivantes, les premières plaintes, le thème de la sécurité et du "retour de la subversion" était quotidiennement en première page du journal local, qui alimentait ainsi un climat de paranoïa en grossissant les épisodes fréquents de la ville et en demandant plus de contrôle et une poigne de fer contre "les vandales". Ceci, en synergie avec le travail effectué par les médias au niveau national depuis plusieurs mois dans une tentative d'intimider les voix les plus intransigeantes des mouvements.

Quand les premiers compagnons ont été surpris avec le tract sur l'assassinat de Biaggi, cette paranoïa a été déversée toute entière contre notre groupe qui est devenu le bouc émissaire parfait d'un contexte qui a ensuite amené aux arrestations et à la désormais habituelle embrassade répressive journalistes/flics. Pourquoi spécifiquement les Silvestre ? Comme il était justement précisé dans le second tract incriminé ("gare aux vautours"), tant que les associations de défense de l'environnement ne feront pas un travail fructueux et concret, il y aura toujours un citoyen quelconque, qui peut-être ne vote pas Vert et n'est pas végétarien, qui sentira le besoin d'agir directement contre les milliers de sources de dégradation de l'environnement qui constellent sa terre et notre terre. De la même manière, tant que les conditions de la vie sociale continueront à se dégrader, la réaction des gens pourra aussi se développer dans une hostilité toujours plus aiguë contre les institutions. Ceci se passe tous les jours et partout, peut-être fait-elle plus peur au système que toutes nos forces de militants politisés. A tous ceux-ci, la répression répond là où c'est le plus facile. Ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour l'action directe et propagent leur méfiance contre les formes de protestations récupérables et réformistes, sont les premières cibles des attentions policières. A Pise, c'est à nous que c'est arrivé.

Vu que les activistes de Silvestre défendent toujours leurs idées sans peur, même quand le climat social conseillerait le contraire, voici les plaintes, les arrestations et la campagne de terrorisme médiatique. Inutile qu'ils les dépeignent comme plus ou moins cachés et soutiens de "terroristes" et ou comme vandales. Seuls les peureux et les calculateurs des différentes gauches ont feint de croire aux conneries écrites par la presse. Ceci les arrangeait bien avec leurs groupes en phase terminale pendant que la conscience croît toujours plus entre les rebelles du monde entier, que la question écologique est prioritaire dans tout projet crédible de changement social concret. La logique autoritaire du progrès industriel fait partie de l'ADN de la gauche légaliste et c'est la première raison pour laquelle un vide s'est créé autour d'elle.

Pas mal.

Maintenant les choses à faire sont toujours celles-là : continuer à diffuser ses propres idées sans s'autocensurer comme ils voudraient qu'on le fasse. Et organiser encore plus et mieux la croissance d'un mouvement radical qui puisse donner sa contribution à la protection et la sauvegarde de la planète et à la destruction de tous les oppresseurs.
Federico

[Traduit de l'italien par CS. Extrait de Il Silvestre n°11, août 2002, p.2. Silvestre - via del Cuore 1 - 56 100 Pisa]

 

NDLR : Dans la nuit du 4 au 5 septembre, un incendie a ravagé le siège pisain du syndicat CISL [équivalent de la CFDT]. Nouvelles intimidations médiatiques sur le retour du terrorisme, avec la mouvance "anarco-insurrectionnaliste" en cible principale. Nouvelles perquisitions de la Digos dans la maison de deux compagnons (le prétexte étant la recherche de drogue, ce qui permet l'absence de mandat d'un juge). Ils ont pris un jerrican, des vêtements, des tracts et des outils.

[extrait de "Cette Semaine" n°86, janv/fév 2003, pp. 26-27]