Communiqué de “Solidarité Internationale”
adressé aux détenu-e-s en lutte


Ce texte signé Solidarité Internationale est paru (en espagnol) dans le journal "Obrer Prisoner", et vise à engager une discussion avec les prisonnier-e-s en lutte contre le FIES, sur la stratégie et les méthodes à développer pour appuyer leur combat. Suit une liste d'actions, qui s'arrête à juin 2000.

Mai 2002. Depuis la rue nous avons décidé de nous adresser directement à vous, rebelles et révolutionnaires prisonniers qui depuis des années menaient la lutte pour l'abolition du régime FIES et de l'isolement, la libération des malades incurables, pour la fin de la dispersion, et depuis quelques mois, aussi, pour la libération de ceux qui ont accomplis les ¾ de leur peine et 20 ans au plus de réclusion.
A vous qui luttez dans une résistance quotidienne contre la tentative d'anéantissement physico-psychique, qui est une stratégie et une pratique commune et consciente des institutions pénitentiaires, dans les oubliettes de l'Etat.

Nous sommes conscients, nous autres, depuis la rue, de comment la prison incarne la répression dans sa forme la plus virulente et brutale.

Précisément pour cela, déjà, dans le passé, nous avons décidé de nous solidariser activement avec ceux qui se sont rebellés contre la logique du pouvoir, dans les prisons et dans la rue. Nous avons conçu des actions et des sabotages, comme un cri qui, depuis la rue, s'élève au dessus de ces maudits murs, contribuant à les abattre, à ouvrir des spirales de communication active, à travers des pratiques et des méthodes révolutionnaires. Pratiques et méthodes bien définies, qui se concrétisent dans l'attaque directe des structures et des individus responsables d'un régime d'oppression et d'exploitation. Nous privilégions des moyens déterminés en ces moments, car nous considérons que l'on vit une période dans laquelle le mouvement anarchiste n'a pas la capacité effective de peser dans les mobilisations publiques.

Les manifestations et les rassemblements convoquées uniquement par les anarchistes sur le thème de la prison/répression ne réunissent que quelques dizaines de camarades, dissipant de cette manière les énergies qui pourraient être employées beaucoup plus efficacement. Ceci, que ce soit bien clair, n'est qu'une évaluation objective de la période historique dans laquelle nous vivons, ce n'est pas une critique sur la potentialité exprimée par les individualités anarchistes qui sous différentes formes s'engagent activement. Nous voudrions maintenant vous demander votre opinion sur la validité des méthodes utilisées jusqu'à maintenant par nous, signataires, pour appuyer votre lutte et sur l'opportunité de continuer avec les mêmes méthodes, en tenant compte de l'expérience de la lutte passée et de la manière dont elle s'est diversifiée et développée ces dernières années. Un bilan des journées de grève de la faim de mars, de la manière dont elle s'est déroulée à l'intérieur, et de l'appui extérieur, peut nous fournir une base de réflexion récente.

Avec un nombre croissant de compagnons anarchistes, dans l'Etat Espagnol et en Europe, nous avons décidé d'utiliser l'agitation armée pour appuyer activement la lutte contre le régime FIES, contre l'isolement, et pour la réalisation des autres points que vous revendiquez. Notre choix, celui d'appuyer une lutte intermédiaire à l'intérieur des prisons, lutte qui se propose des résultats partiels, de conquête de conditions pour un minimum de dignité en prison, nous l'avons mise en pratique grâce à des méthodes qui, elles, ne sont pas “partielles”, mais pensées bien plus en terme d'affrontement direct avec le pouvoir ici aussi, depuis la rue, ce qui nous a valu des réactions critiques. Déjà, au début, nous imaginions que pour beaucoup de rebelles sociaux et anarchistes en prison, il n'existerait pas de méthodes discriminantes dans ce sens. Cependant, c'est de l'extérieur que sont venues les critiques. Dès le moment où votre action contre les aspects les plus exterminateurs de la prison a été appuyée du dehors, à travers des actions revendicatives, en solidarité avec vous et votre lutte — actions tant de notre part que de celles d'autres camarades organisés, ou qui ont agit individuellement — se sont élevées depuis le mouvement extérieur des voix qui, de manière plus ou moins voilées, plus ou moins intelligentes, ont craint d'un côté l'augmentation de la répression, et de l'autre le risque d'une position avant-gardiste et/ou de coupure avec les luttes sociales en cours. En ce qui concerne la question de la “répression”, nous savons parfaitement que le pouvoir se défend des attaques portées contre lui par une politique de répression, souvent de manière indistincte : montages judiciaires, censure des luttes et déformation du pourquoi de celles-ci, etc… mais cette même répression est à la mesure de l'attaque qui est portée contre lui.

Le régime démocratique, qu'il soit de droite ou de gauche, peu importe, tend à absorber et à annuler les actions et les critiques qui s'opposent à lui. C'est seulement quand elles ne sont pas récupérables, c'est à dire quand elles sont dangereuses, qu'il utilise alors toutes ses armes pour les écraser et les réprimer : les pouvoirs législatifs, judiciaires et policiers, en convergence avec le consensus des mass médias.

A propos de cela, n'oublions pas que la lutte dont nous parlons et vous autres, ses authentiques protagonistes, furent criminalisés dès le début de celle-ci, à peine s'ébauchait-elle et bien avant aucune attaque extérieure.

En ce qui concerne la question de “l'avant-gardisme” cela nous semble un problème qui est posé avec mauvaise foi.

Nous sommes une part active du mouvement anarchiste qui, historiquement, a vécu la convergence de l'action et de la réflexion comme une part fondamentale de sa propre projection révolutionnaire. Il ne peut exister de coupure, entre nous et “le social”, ou entre nous et le mouvement, parce que en tant qu'anarchistes, nous faisons véritablement partie du mouvement et de la société.

Organiser et radicaliser la propre praxis suppose un parcours de développement individuel et collectif, en rien avant-gardiste.

C'est précisément à partir de ces raisons que nous vous demandons aujourd'hui de réfléchir sur l'utilité et l'opportunité d'un contribution de notre part à votre lutte.

Pour nous autres, continuer dans ce sens en affûtant nos armes, améliorant, diversifiant, durcissant les formes d'actions, aura une valeur réelle et efficace seulement quand notre action sera effectivement comprise et soutenue par ceux qui sont en train de résister activement aux tentatives d'anéantissement quotidiennes du pouvoir. Nous sommes réalistes, nous ne vendons pas de mirages, nous sommes conscients qu'il n'y a pas de solution à court terme.

Une première victoire, partielle, serait d'amplifier vers l'extérieur la voix d'un réseau solidaire de prisonniers en lutte que les murs veulent étouffer.

Ne pas se précipiter pour un raccourci, sinon un premier mur, celui de l'isolement à abattre.
Accroître les attaques et la coordination.
Frapper le pouvoir dans ses structures et ses hommes.
Créer un Front Anarchiste Révolutionnaire diffus.
Solidarité Internationale

 

 

Actions revendiquées par S.I.

Octobre 1999 :
2 colis piégés envoyés à l'ambassade et à la chambre de commerce grecque à Madrid.
Une bombe déposée dans une City Bank de Barcelone.
Un pot de fleur piégé à l'Office du Tourisme Grec à Milan.
Un colis piégé envoyé à un Carabinier de Milan.
Le tout en solidarité avec Nikos Maziotis et tous les prisonniers.

7 juin 2000 :
200 kg d'explosifs sont déposés au tribunal de Valence, la charge sera désarmorcée.
Fin juillet, S.I. revendique cette action.

Fin juin 2000 :
Une bombe est placée dans la cathédrale de St Ambrogio à Milan, au cours d'un messe de matons. Elle est désarmorcée par la police.

 

[texte reçu au journal, traduit de l’espagnol par un prisonnier incarcéré dans le sud de la france de Obrer Prisoner]