Lettre de Yuma depuis le centre d’extermination de Jaén

Communiqué destiné aux groupes anarchistes et aux autres personnes qui luttent contre la prison et l'existence du virus infectieux en uniforme bleu qui souhaitent m'annihiler en tant que personne. Les confinements en cachot prétendent me convertir en un automate de ma propre volonté, mais j'ai toujours été partisan de la lutte, puisque la vérité joyeuse est dans la lutte, dans l'effort, dans la souffrance que suppose la lutte, car il est plus facile de lutter pour un principe avant de renoncer à la nature de la liberté…
Hamed Hamed Belaid - Yuma -

Je vous écrit depuis l'épouvantable BUNKER FIES de Jaén où gouvernent le bourreau et la répression continue. Même les animaux du parc zoologique ne sont pas traités comme nous. Ils veulent nous exterminer par un isolement continu.

Je m’appelle Hamed Hamed Belaid - Yuma -, et je supporte depuis 12 ans le premier degré du régime spécial, FIES 1 (contrôle direct), soit le sigle qu'ils veulent mettre sur cette inhumanité. Une douzaine d'année sans progresser en second degré. Cette année, ils m'ont maintenu intègre [?], luttant contre un système qui voudrait me dépersonnaliser, comme s'ils pouvaient me modeler comme de l'argile, comme si j’étais un objet et pas un être humain. Mon orgueil et ma dignité, aucun maton ne peut l’humilier. J'ai été torturé plusieurs fois parce que je suis issu du peuple berbère. Les matons me traitent d'une façon raciste ; la torture psychologique est quotidienne, ils me sanctionnent et ouvrent des procédures disciplinaires avec de grossiers mensonges pour justifier ma supposée inadaptabilité.

Mais qui peut s'adapter à cet isolement brutal ?

Personne ! Je crois que je suis la personne qui a passé le plus d'années en premier degré sans progresser en second […]*, ils n'ont pas réussi à m’extirper mes liens sociaux. Maintenant, j'ai sollicité auprès du centre d'observation de la direction générale des institutions pénitentiaires soit ma progression en second degré, soit l'application de l'article 100 du règlement pénitentiaire. Ils savent bien, eux les psychologues, l'effet nocif de tant d'années en isolement ; supposons qu'ils soient sensibles et humains.

Je suis un individu et non pas un simple bureaucrate, j'espère qu'il leur reste un peu d'humanité, qu'ils me fassent progresser en second degré ou qu'ils m'appliquent l'article 100 du RP. J'exige seulement mes droits, ceux que la loi accorde [sic]. J'ai besoin de votre solidarité, qu'ils en tiennent compte et qu'ils sentent que je ne suis pas seul. Une lettre, un appel téléphonique ou un fax à la Direction Générale des Institutions Pénitentiaires, sollicitant ma progression en second degré pour raison humanitaire.

Parce que la réhabilitation et la resocialisation ne s’obtiennent pas avec un isolement indéfini [aïe]. Que l'on me traite pour une fois comme un être humain. J'ai encore un cœur et ils ne réussiront pas à l'enfermer.

YUMA

*petite coupure dans la phrase (problème de traduction) qui ne fait qu’exprimer l’image qui suit dans le texte.
Direccion General De Instituciones Penitenciarias, C/Alcala, 38-40. 28014 Madrid
Tf : 91 530 2242 (s'ils ne répondent pas à ce numéro vous pouvez essayer 913307690 - 7680). Fax : 91 335 4052

Cette lettre de Yuma est traduite de de "obreo prisionero n°9", périodique internationaliste des prisonnier-e-s anarchistes en lutte, et ont été publiées dans le bulletin #45 de l’Anarchist Black Cross, décembre 2002, pp 7-8 (ABC, c/o Maloka, BP 536, 21014 Dijon cedex ; ABC, c/o CCL, 4 rue de Colmar, 59000 Lille). Nous avons un peu modifié la traduction.