Lettre de Yuma depuis le centre d’extermination de Jaén

Tout d’abord, j’envoie une forte accolade à tous les groupes qui représentent l'unique alternative à tout ce pays fasciste et oppresseur, et la dite alternative, c'est l'anarchie. Vous connaissez la lutte que je porte et revendique depuis qu'ils m'ont transféré dans le camp d'extermination de Jaén II, où s'exerce au sens large la punition, la répression et toutes les méthodes disponibles pour détruire une personne. Mais même ainsi, je suis et suivrai toujours plus loin ma proposition.

Cette année, j'ai mené une série de grèves de la faim et de txapeos (grèves de promenade). J'ai suivi la première grève de la faim pendant 30 jours, me suis reposé 7 jours, puis j'ai l'ai continuée pendant 20 jours de plus. Dernièrement, j'ai fait 5 autres jours de grève de la faim et la dernière grève de "txape", avec l'intention de durer 1 mois. Seulement, nous n'avons pu faire que 15 jours à cause des problèmes que nous encourrons dans ce quartier d'isolement (ils ont introduit un infiltré qui voulait briser l'unité entre les compagnons), et tout cela pour revendiquer les droits et les points qui ne sont pas négociables comme vous le savez 1.

Malgré toute la lutte que je mène et que je mènerai, ce système oppresseur dont l'unique fin est la destruction de l'être humain, tant physiquement que mentalement, ne cesse de s’acharner. Tous ses organes, à commencer par le sous-directeur pour la sécurité qui dirige ce BUNKER D'EXTERMINATION, comme le montre mon dernier entretien, si on peut l'appeler ainsi, avec l'équipe d'observation et de traitement, dont l'unique objet est de donner l'image qu'ils ont réinséré ma face dans la galerie. C'est clair, et comme tout le monde vous savez qu’il est impossible de réinsérer une personne par la punition continue. Je supporte cette situation depuis 12 ans et tout le monde continue pareil, c'est incroyable. Où est cette fameuse réinsertion dont ils parlent, quand en 12 ans d’isolement (FIES) ils n'ont pas daigné me laisser une seule opportunité ?

Comment veulent ils réinsérer une personne avec une équipe d'observation et de traitement qui a tous les trois mois un entretien qui ne dure pas plus de cinq minutes ? Se prennent-ils pour autre chose qu'un psychologue, un éducateur, etc,… pour qu’ils prennent tout ce temps pour m'étudier ? Soyons réalistes, s'il-vous-plaît ! L'éducateur, par exemple, vient uniquement pour me donner le même papier, avec les mêmes sigles (art. 91.3 du RP) signifiant un maintien en premier degré (FIES), et ne trouve qu’à me dire : signez ici. Voilà le professionnalisme de l'éducateur. Telle est l'étude qu'ils font avec ma personne dans ce CENTRE D'EXTERMINATION de Jaén II, voilà la longue période que je supporte dans ce BUNKER.

Ils voudraient m'exterminer en disant qu'ils sont entrain de me réinsérer. Ne savent-ils pas qu'ils sont guidés par la main de ce sous-directeur de sécurité, dont l'esprit stagne dans les années 40 où le nazisme pur et dur était parvenu au grand jour à exterminer toute personne qui tombait dans les camps de concentration ?

C'est vraiment triste et lamentable qu'une équipe d'observation et de traitement, qui se fait passer pour des PROFESSIONNEL-LE-S, lesquel-le-s sont supposés avoir fait toute une série d'étude, avoir des années d'expérience et de professionnalisme, opte pour la punition comme dans mon cas. Dans quel but ?

Voyons les résultats, soyons réalistes, tout ce tas de psychologues, de juristes, d'éducateurs, forment une partie d'un Etat oppresseur dans lequel les lois et tous les droits humains sont transgressés sans que personne en finisse avec ces PROFESSIONNEL-LE-S DE PACOTILLE pour le leur rappeler de toutes les manières possibles. Bien que vous sachiez comme tout le monde quel type de racaille ils sont, ils n’auront de cesse de s’acharner pour me détruire avec de faux rapports remplis de mensonges et de calomnies.

Hamed Hamed Belaid - YUMA 2

1. Note de CS : Les revendications collectives depuis le début de la lutte fin 1999 sont l’abolition du FIES, la libération des malades et ceux qui ont accompli 20 ans ou les 3/4 de la peine, la fin de la dispersion.
2. On trouvera une précédente lettre de Yuma, datée de l’été 2001, dans la brochure de Tout le monde dehors ! (21ter rue Voltaire — 75011 Paris), déc. 2001, pp.12-13

Cette lettre de Yuma est traduite de de "obreo prisionero n°9", périodique internationaliste des prisonnier-e-s anarchistes en lutte, et ont été publiées dans le bulletin #45 de l’Anarchist Black Cross, décembre 2002, pp 7-8 (ABC, c/o Maloka, BP 536, 21014 Dijon cedex ; ABC, c/o CCL, 4 rue de Colmar, 59000 Lille). Nous avons un peu modifié la traduction.