Accueil ?


Centre de rétention “Regina Pacis” de San Foca : lieu d’accueil et de solidarité chrétienne selon ses responsables et gestionnaires, monseigneur Cosmo Francesco Ruppi et don Cesare Lodeserto. Dans la réalité de tous les jours, un endroit de négation de la liberté et de la dignité pour chaque individu qui y est enfermé, lieu de torture si intolérable qu’il ne laisse d’autre voie de sortie, pour certains, que le suicide.
De temps en temps, quelques faits (...les plus éclatants) soulèvent la chape de silence dans les médias locaux. C’est ainsi qu’on a su qu’en l’espace de seulement trois jours, entre vendredi 3 et dimanche 5 octobre, deux immigrés enfermés là ont tenté de mettre fin à leurs jours, cas extrêmes d’une tendance diffuse à l’automutilation ; c’est ainsi qu’apparait la pratique continuelle de tabassages par les flics et celle des médicaments que des médecins distribuent à pleines mains pour endormir les esprits.

Sur les deux, “sauvés par le personnel”, l’un n’a pu aller à l’hôpital parce qu’il aurait pu “tenter de s’y échapper” (un crime gravissime que de désirer ardemment la liberté), et l’autre a été enfermé en département psychiatrique (il est emblématique ce passage de témoin entre les matons en soutane de Regina Pacis et les matons en blouse blanche que sont les psychiatres).

A peine quinze jours plus tard, le 19 octobre, un autre marocain a tenté de se blesser au poignet avec une lame après une forte altercation avec le personnel médical, puis a menacé de le refaire face aux carabiniers qui tentaient de l’arrêter ; il a ensuite été pris.

Les gestionnaires du centre continuent de dire que “ces épisodes ne sont que des tentatives de leur part pour se faire admettre à l’hôpital afin de retarder le rapatriement ou une occasion pour s’évader facilement”. Le moindre doute ne les effleure même pas sur le fait que là où la liberté est enchaînée, les sens se désolent et les désirs sont niés, et qu’il peut ensuite se produire de telles choses.

Mais la torture, la dépersonnalisation, la soumission, l’humiliation ne sont pas l’exception ; ce sont des données centrales, fondamentales qui seront toujours présentes dans chaque lieu de réclusion, peu importe qu’il s’agisse d’une prison, d’un CPT ou de départements psychiatriques. Nous ne pensons pas qu’on puisse trouver la solution en désignant un commissaire à Regina Pacis comme l’a demandé misérablement un parlementaire après en avoir dénoncé les aspects les plus bestiaux, pas plus que dans la salle d’un tribunal aux mains d’un juge illuminé (les instigateurs mêmes de ces ségrégations) qui ferait le tri entre les flics tabasseurs et ceux à visage humain.

Il ne s’agit pas de dénoncer une gestion trop inhumaine du centre de San Foca, mais bien de comprendre ce que nous voulons, ce que nous désirons, pour quels rapports entre individus nous sommes prêts à nous mettre en jeu.

Nous pensons que la question est sociale et qu’elle doit être posée hors des lieux du pouvoir, dans les rues, sur les places, entre les gens, pour briser le silence et la résignation du “je voudrais bien mais je ne peux pas”.

Voulons-nous et sommes-nous prêts à nous battre pour la liberté, celle qui est entière, absolue, donc aussi pour la liberté de mouvement de tous, sans exclusive ?

C’est justement cette liberté de mouvement qui est en définitive déniée dans le CPT aux individus qui, indésirables pour l’Etat, sont définis comme des “immigrés clandestins”. S’en est assez pour considérer comme intolérable la seule existence de lager “d’accueil”. C’est pour cette raison que nous sommes prêts à nous opposer à leur existence. C’est pour cela que, simplement, nous y donnerons un coup de balai définitif pour obtenir la liberté de tous.

Des ennemis de toute frontière
c/o Spazio Anarchico
Corte dei Petraroli 2 — 73100 Lecce

[Traduit de l’italien : Tempi di guerra n°1, janvier 2004, p.13]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.13]