Violence de classe contre violence de classe


Pour l'instant, dans la violence, réelle ou promise, il ne s'agit que de chantage à la pollution ou au sabotage (ou à toute autre chose non dite ouvertement parce que trop dangereuse quant à la répression) pour obtenir plus d'argent (car jamais le capital n'est revenu sur ses décisions de fermeture ou de restructuration quand ses intérêts sont en cause). Mais l'apparition, dans ces “plans sociaux”, de la violence ouvrière répondant à la violence du capital est la résurgence récente d'un phénomène fréquent autrefois mais qui avait presque disparu des pratiques de lutte collective depuis des décennies (bien que récurrent à l'échelle individuelle) : l'affrontement classe contre classe et la fin des réformismes. On peut dresser aujourd'hui la liste de telles actions de classe, tout au moins de celles que l'on connaît parce qu'elles ont franchi la barrière médiatique (il en est certainement d'autres dont personne ne se vante, et pour cause, ou que le capital n'a pas intérêt à ébruiter via les médias, et pour cause aussi).

LISTE NON EXHAUSTIVE

*12/2/2000 - 153 travailleurs de Cellatex (filature de textiles synthétiques) à Givet (Ardennes) menacent de faire sauter plus de 100 tonnes de produits dangereux et déversent 56.000 litres d'acide sulfurique dans un affluent de la Meuse. Le 21 juillet ils acceptent un plan social “amélioré” qui leur garantit une indemnisation bien supérieure à ce qu'on leur proposait.
*20/7 2000 - Une centaine de travailleurs de la brasserie Adelshoffen à Schiltigheim dans la banlieue de Strasbourg menacent de mettre le feu à deux citernes de gaz de l'usine ; ils déversent 680 hectolitres de bière dans les rues. Ils obtiennent une meilleure indemnisation et d'autres conditions de reclassement.
*20/7/2000 - 80 licenciés sur 146 travailleurs de l'usine de la Société Française Industrielle de Contrôle et d'Equipement à Meaux (Seine-et-Marne) réclament les mêmes garanties que les travailleurs de Cellatex et menacent de mettre le feu à l'usine ce qu'ils font d'abord symboliquement.
*26/7/2000 - 236 travailleurs de l'équipementier automobile Bertrand Faure à Nogent sur Seine (Aube) occupent l'usine et menacent d'incendier les machines et de faire sauter les bouteilles de gaz. Un plan social est finalement signé.
*28/7/2000 - 127 travailleurs de l'usine sidérurgique Forgeval à Valenciennes (Nord) menacent de faire exploser 35.000 litres d'huile de machine. Leurs revendications sont partiellement satisfaites.
*22/6/2001 - 123 travailleurs de la filature Mossley à Hellemes près de Lille (Nord) occupent l'usine. L'occupation va durer 71 jours ponctuée par des actions de commandos diverses toujours accompagnées de destruction de matériel, y compris l'incendie d'une partie du stock de fibres textiles et la menace d'en brûler encore plus si les machines tenues en otage sont évacuées par la force. Ils obtiennent des indemnités de licenciement plus substantielles, qui devront d'ailleurs être payées par le conseil général.
*Eté 2001 - 831 travailleurs du trust Bata (chaussures) qui ferme son usine de Moussey (Moselle) saisissent un énorme stock de plusieurs dizaines de milliers de paires de chaussures qu'ils abandonnent par la suite pour des actions ponctuelles de séquestration de dirigeants, de destruction de matériel et de saccage de magasins du trust.
*12/11/2001 - Des travailleurs de l'une des usines Moulinex en liquidation à Cormelles-le-Royal (Calvados) menacent de faire tout sauter pour avoir des compensations financières qu'ils n'obtiennent pas, n'étant pas suivis par les travailleurs des autres usines.
*Janvier 2003 , des travailleurs de l'usine Daewoo-Orion (téléviseurs) de Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) cherchant des garanties contre la fermeture du site menacent de déverser des produits chimiques dans un affluent de la Meuse. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, un incendie détruit la moitié de l'usine et le stock des téléviseurs ; quatre travailleurs sont poursuivis le 15 mars dont deux emprisonnés.
*Février 2003 ; Des travailleurs de l'usine ACT d'Angers ( ex Bull) saisissent un stock de produits Bull et détruisent symboliquement par le feu quelques centaines de cartes électroniques ; d'un autre côté, pendant quelques jours, ils remettent en marche une ligne de production de ces cartes pour un client de la firme ACT.
*14/3/2003, des travailleurs de Metaleurop Nord mis en liquidation judiciaire menacent de déverser de l'acide sulfurique dans la canal de la Deule. Ils y jettent des pains de sodium et du matériel de l'usine. Ils ont saisi le stock de lingots de zinc et de plomb qu'ils pensent écouler auprès des clients de la firme. Des pillages auraient eu lieu avant l'occupation.

[Extrait de Dans le monde une classe en lutte,
avril 2003, p.1
Echanges et mouvement - BP 241 - 75866 Paris cedex 18]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.57]