Le flic et le flic




Qui est le flic de droite ? C’est Giuseppe Grasso, chef de la Police d’Etat, déterminé à garantir l’ordre public à Riva del Garda, lors du sommet européen des ministres des affaires extérieures qui s’y tiendra le 1er septembre.

Qui est le flic de gauche ? C’est Luca Casarini, chef de la Police du Mouvement, déterminé à garantir l’ordre public à Riva del Garda, lors du sommet européen des ministres des affaires extérieures qui s’y tiendra le 1er septembre.

Ces deux flics se sont rencontrés et, entre un éclat de rire et une tape sur l’épaule, se sont mis d’accord pour qu’aucune voix dissonante ne trouble le travail des puissants : aucune vitrine en miettes, aucune banque en fumée, aucune rue agitée. Seul le spectacle consensuel de la “prise de décision institutionnelle” organisé par les partisans de l’Obéissance qui, pour apparaître plus légitimes aux yeux épuisés des sujets, a besoin du spectacle de la “contestation” organisé par les simulateurs de la Désobéissance. Les applaudissements du public, s’il n’y en a pas, seront ajoutés ensuite en régie par les experts en communication de masse.
Tout est sous contrôle alors ? Rien, en fait, parce que Riva n’est qu’un point sur la planète terre, parce qu’une fin de semaine n’est qu’un instant de la vie, et parce que ce ne seront certainement pas deux flics qui feront la différence. Parce que la révolte est partout et à chaque moment.

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.48]