Pour un traitement révolutionnaire des ordures


Le 15 mars 1999, dix-sept chômeurs du CLASH (Chômeurs libres, actifs, solidaires, heureux), un collectif formé de militants de différents AC! sabotent volontairement un incinérateur particulièrement polluant à Fumel en sectionnant les fils du système électrique et en retirant la porte d’un four. Dans un premier temps, ils l’avaient simplement occupé tandis que l’huissier venu sur place voyait les pneus de sa voiture se dégonfler mystérieusement. Ils envoient aussitôt un communiqué : “les autorités, bien que d’accord avec nous sur la dangerosité et l’illégalité du site ne semblent pas capables de prendre la décision qui s’impose. Le collectif CLASH l’a prise cette nuit et s’est donné les moyens de l’appliquer”. 12 personnes sont arrêtées, cinq feront jusqu’à 32 jours de prison préventive et neuf seront sous strict contrôle judiciaire. Le collectif AC!47 d’Agen se dissocie aussitôt tout comme certains interpellés qui signent à la gendarmerie qu’ils étaient pour l’occupation mais contre l’arrêt de l’incinérateur...

Même si quelques solidarités autonomes existent 1, l’officiel Comité de soutien aux inculpés choisit d’emblée la voie royale de la collaboration institutionnelle en rencontrant à partir d’avril 1999 tous les politicards de gauche (le député PS, Laguiller, Chevènement, Greenpace, la Confédération Paysanne) et l’un des inculpé portant plainte à son tour en décembre 1999 contre le gérant de l’incinérateur pour “déversement de substances dans les nappes phréatiques”.

Le 17 septembre 2003, six d’entre eux passaient en procès à Agen pour “destruction de biens publics et sabotage”. Un rassemblement de mille personnes se tient devant le tribunal, les inculpés font citer des experts et spécialistes pour démontrer la nocivité de l’incinérateur et revendiquer avoir agi en “état de nécessité”. José Bové est présent mais se fait rétoquer par la juge comme témoin et/ou expert. Finalement, le procureur dénoncera des “comportements anti-démocratiques qui peuvent nous mener à la catastrophe” et le fait que ces actions directes sont “beaucoup plus inquiétantes que la dioxine” avant de demander neuf mois dont huit avec sursis pour 4 prévenus (Gérard, Laurent, Christophe et Pierre), six mois pour Marie et trois pour Patrick.

Le 19 novembre 2003, Gérard, Pierre et Laurent prennent 6 mois avec sursis (malgré le fait que certains aient fait de la préventive), 4 mois avec sursis pour Christophe, une dispense de peine pour Marie et Patrick. On notera surtout cette obstination, comme souvent dans le “mouvement social” citoyen, à se présenter en contre-experts qui agissent en Etat parallèle pour le bien de tous au nom de la “démocratie” et —conséquence logique— à une soif de reconnaissance par l’Etat officiel, et ici son bras justicier : le Comité de soutien conclut son communiqué publié après le verdict par un appel “à rester mobilisé pour obtenir enfin la mise en examen des gérants de l’incinérateur “ tandis que la Fédération Anarchiste demandait avant le procès “que les exploitants de l’incinérateur mis hors d’état de nuire soient traduits en justice pour répondre de leur avidité”2. Finalement, leur condamnation ferme la boucle et le mois gratis que certains ont passé à l’ombre n’est qu’un bonus pour les faire réfléchir au recours à la justice et au droit.

 

1. Voir par exemple l’affiche qui a circulé un peu partout, publiée dans Cette Semaine n°77, mai/juin 1999, p.2. Voir aussi Cette Semaine n°79, février 2000, p.32 pour une chronologie de cette lutte de mars à septembre 1999.
2. Publié sur a-infos le 14 septembre 2003

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.55]