Une lettre de Fernando


Prison de Diabaton-Thessalonique

Appel a la lutte destiné aux amis et proches et solidarité avec les compagnes et compagnons de Valence emprisonnéEs.

Une fois encore, voilà que je m'obstine à diriger le regard des amiEs et proches sur la Guerre qui se livre jour après jour, à laquelle nous participons et dans laquelle nous devons choisir notre camp, même si certains s'obstinent à vouloir le nier (les lâches) ou à cacher et déformer cet état de fait (le pouvoir et les moyens dont il se dote pour créer des imbéciles).

Vous ne pourrez pas continuer à vous voiler la face et à nier l'évidence. L'un d'entre vous et beaucoup d'autres compagnonNEs ont été torturéEs et insultéEs. On leur a craché dessus et on les a humiliéEs dans les commissariats démocratiques. Et comme nous, toutes celles et ceux qui luttent et que l'Etat emprisonne se font torturer, insulter, cracher dessus et humilier dans tous les commissariats du monde, de même qu’ils sont aussi surveillés, réprimés et espionnés lorsqu'ils se trouvent en degré 4 (la rue). Vous pouvez continuer à nier l'évidence comme vous l'avez toujours fait, dire qu'il s'agissait d'une situation exceptionnelle, que nous savions qu'il pouvait y avoir des problèmes, que de tels agissements ne sont le fait que de quelques policiers et que la justice se montrera juste envers eux. Continuez à penser que c'est le moindre mal ! Ou vous pouvez au contraire défier le pouvoir et être courageux. Mais sachez que tant que nous ne serons pas tous et toutes libres, et que nous resterons des esclaves, nous ne laisserons pas respirer ceux qui nous empêchent d'être libres et font de nous des esclaves. C'est pourquoi l'Etat-Capital a construit ces lieux “magnifiques” que l'on nomme prisons, pour tous les “imparfaits de la société”.

L'unique manière de pouvoir être libres et d'éviter que vos enfants, petits-enfants, cousins et amis ne passent le reste de leurs jours derrière les barreaux, c'est d'attaquer et de détruire cette société pourrie de misère, d'ennui, d'esclavage, de guerres impérialistes, de désastres écologiques, de prisons, de MORT.
Toutes les formes de lutte que vous avez tentées, même pleines de bonnes intentions, restent dans les limites que l'Etat assigne à la protestation (conférences de presse, forums sociaux ...). Loin d'une lutte réelle, cela revient à poursuivre le jeu démocratique et nous savons tous et toutes qui a établi les règles de son jeu de dupes [“escatergoris” ?].
Je ne serai pas celui qui dit quelle forme doit prendre cette lutte. ChacunE saura ce que lui réclame son corps, que ce soient les occupations, les débats et les petits sabotages jusqu'aux actions des anarchistes russes de la fin du XIXe siècle. Toutes ces formes sont valables dès lors que nous ne perdons pas de vue qui est notre ennemi, sous les différents aspects qu'il peut revêtir pour semer la confusion : fascisme, démocratie, dictature militaire, capitalisme d'Etat
... autant de visages du même monstre : l'Etat-Capital.

Il n'est pas seulement juste mais nécessaire de détruire ce qui cimente ce vieux monde de la marchandise, de l'argent, de l'exploitation, de l'autorité, des tortures ...

... pour construire un monde dans lequel la solidarité ne soit pas de la charité chrétienne, l'égalité ne relève pas de la mauvaise interprétation de quelques femmes qui veulent être égales à l'homme dans la stupidité (cf. les matonnes, les policières, les femmes militaires...), où le bonheur ne se résume pas à la retraite à 60 ans et la liberté au plein tarif.
D'autre part, nous ne pouvons entrer dans les distinctions entre “bons” et “mauvais” anarchistes. TouTEs les anarchistes sont mauvaisEs et horribles. La seule chose qui nous distingue, c'est à quel point nous en avons ras le cul de ce trou et les méthodes de lutte que nous choisissons à un moment donné de notre vie. Elles sont toutes valables, je l'ai déjà dit, dès lors qu'elles ne tombent pas dans la posture réformiste et ne peuvent pas être récupérées par le système. Je veux dire par là à ceux qui trouvent des excuses pour ne pas se solidariser avec les compagnonNEs de Valence et ne pas les soutenir, de cesser de se solidariser avec moi car la lutte des compagnonNes de Valence est la mienne.
DEBOUT CELLES ET CEUX QUI LUTTENT !
VIVE L'ANARCHIE !
Fernando

[Lettre traduite de l’espagnol, publiée le 29 juillet 2003 sur http://nodo50.org/desdedentro]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.45]