Aux insoumis


Les premiers procès des inculpés suite aux émeutes de Gênes des 19-20-21 juillet 2001 commencent en Italie.
Le 4 décembre 2002, une série de perquisitions dans toute l’Italie a conduit a inculper une vingtaine de compagnons (9 en prison préventive, 4 aux arrestations domiciliaires, 4 avec obligation de pointage et 6 assignés à domicile). Certains ont passé plusieurs mois en prison avant d’être relâchés sous contrôle judiciaire.
Le 25 novembre 2003 se tenaient les premières audiences, finalement reportées à décembre. Les casiers ont alors été examinés et les charges précises fixées.
Le 2 mars 2004 commencent les audiences sur le fond de 23 compagnons à Gênes, pour différents délits qui vont de “résistance simple” et “blessure sur personne assermentée” à “association à finalité de dévastation et saccage”, ce qui peut aller jusqu’à 15 ans de prison.
Quant aux autres inculpés, l’Etat a décidé de lancer une multitude de procès différents. Les poursuites contre les 93 personnes arrêtées le 21 juillet lors du massacre de l’école Diaz ont par exemple été abandonnées le 3 février 2004 : “la demande de classement est accordée non seulement à cause de l’impossibilité d’attribuer aux inculpés des comportements spécifiques, mais aussi faute de preuve par rapport aux délits attribués [association en vue d’un saccage ou une dévastation]”, selon l’ordonnance de la juge.


Mardi 25 novembre s’ouvre à Gênes le procès des inculpés du G8.

Depuis le 4 décembre dernier [2002], Marina, Vincenzo, Alberto, Carlo et Francesco sont soumis à des mesures restrictives de leur liberté. Les arrestations et les mesures répressives du 4 décembre ont été instaurées dans un climat de criminalisation des inculpés et de leur processus de lutte.

Il est évident que depuis juillet 2001 et ensuite, ce climat répressif s’est consolidé dans son œuvre d’anéantissement de toute voix contraire à l’ordre existant.

De Cagliari à Rovereto, de Viterbo à Turin, toute initiative de solidarité et toute action de lutte quotidienne contre le pouvoir sont systématiquement réduites au silence par des charges, des plaintes, des arrestations et des enquêtes de toute nature.

Dans le climat de guerre permanente dans laquelle nous nous trouvons, ils tirent une ligne de partage toujours plus marquante. D’un côté l’indiscutable “bien” : la liberté et la démocratie représentée par l’Etat de droit, le libre marché, Fininvest 1, les carabiniers, etc. De l’autre côté, l’indiscutable “mal” : les gens qui refusent une société basée sur l’exploitation, le profit, le contrôle physique et psychologique. Le “mal” est ce qui ne rentre pas dans le modèle social et économique, celui qui n’a pas de papiers en règle, celui qui décide de se rebeller volontairement. En somme, celui qui est différent.

La condamnation de l’ “ennemi” est décidée sur la base de la “dangerosité sociale” de l’individu et non sur la base des délits spécifiques de la personne qui passe en procès.
Dans ce lavage de cerveau collectif, les médias jouent, comme d’habitude, un rôle fondamental dans le travail de criminalisation et d’infamie contre ce qui est différent, créant par la spectacularisation un scénario sur lequel le conflit et la répression peuvent s’appuyer pour fabriquer un consensus dans l’opinion publique. Il n’est pas dans nos intentions d’en appeler à la Justice et la vérité, il est dans l’ordre des choses que le pouvoir ne s’auto-condamne pas et qu’il frappe ses propres ennemis.

Nous en appelons à tous les exploités, les rebelles, aux individus qui, conscients des conditions toujours pire dans lesquelles nous sommes contraints de survivre, ne hochent pas la tête passivement, à tous les insoumis qui connaissent encore le goût de l’action directe, le goût d’affronter les problèmes individuels et collectifs à la première personne, sans délégué et sans alibi.
Nous profitons de cette date pour relancer la solidarité avec tous les rebelles emprisonnés dans les geôles du pouvoir et pour continuer la lutte contre la domination sous toutes ses formes.

“Je hais tous les gens qui, cédant aux autres par peur ou par résignation une part de leur pouvoir d’hommes, ne s’écrasent pas seulement, mais m’écrasent moi-aussi, écrasent ce qu’ils aiment, avec le poids de leur épouvantable participation ou de leur inertie idiote.”
Albert Libertad, “Je hais les résignés”

Individualités anarchistes
et libertaires

1. La holding de Silvio Berlusconi

[Traduit de l’italien. Tract distribué à Milan le 21 novembre 2003]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.49]