A propos du procès des 9 compagnons de Rovereto


Hier, 17 novembre, s'est tenu à Rovereto le procès contre les 9 compagnons arrêtés vendredi après-midi dernier au cours de l'expulsion du Bocciodromo, un endroit réoccupé pour la troisième fois la semaine dernière. Dans un climat répressif général, un simple branchement abusif d'électricité a suffit comme prétexte pour arrêter les compagnons. Devant un tribunal blindé (au moins 150 flics selon les journaux), un rassemblement de solidarité a eu lieu à partir de dix heures du matin, auquel ont participé une cinquantaine de compagnons et amis des arrêtés. La sentence est arrivée vers 18h30 : deux des arrêtés sont acquittés, six condamnés à 6 mois de prison, un à 8 mois, tous avec sursis ce qui fait qu'ils sont sortis de prison dans la soirée. Tous, excepté Bogu, pour lequel le juge a ordonné la prison préventive suite à une autre procédure : ce compagnon est en fait accusé de "vol aggravé" [Ndlr : "rapina aggravata"] sur la base d'une identification faite par un photographe qui travaille pour le journal Trentino. Les faits sont les suivants : le photographe en question, venu au Bocciodromo pour prendre des photos, a été dégagé fermement après qu'un compagnon l'ait invité plusieurs fois et vainement à s'en aller, et après que nous ayons dit (et à lui aussi en particulier) et écrit mille fois que nous ne voulions pas de journalistes dans les pattes. Le "vol" consisterait en la soustraction d'une disquette (l'équivalent de la pellicule dans les appareils digitaux). Aujourd'hui, on finit en prison pour ça. D'autre part, le procureur avait demandé trois ans pour le “vol aggravé d'énergie électrique”. Même les peines finalement données par le juge, en tenant compte que le procès se tenait selon la procédure de "rito abbreviato" (1) (qui prévoit la réduction automatique d'un tiers de la peine), ne sont que trop parlantes.
Une fois le procès terminé, les compagnons dehors sont partis en cortège spontané vers le centre ville, où quelques interventions au mégaphone ont eu lieu. Lors de la dispersion, la place s'est remplie de flics qui ont encerclé les manifestants. Seule la présence intriguée des gens nous a permis de partir sans donner de papiers d'identité.

A présent commence la bataille pour libérer Bogu, contre la presse du régime et ses photographes. (...)

Rajoutons une mauvaise nouvelle. Un des compagnons arrêtés, Juan, est un espagnol qui vivait depuis un an à Rovereto. Le nouveau préfet de Trento, Colucci, déjà préfet à Gênes lors du G8, a signé un décret d'expulsion contre lui, en tant que citoyen indésirable au regard des plaintes accumulées en Italie. Nous avons écrit plusieurs fois que les frontières qui séparent le résidant d'ici de l'étranger, le "régulier" du clandestin, le membre de la communauté européenne de l'extra-communautaire disparaissent et s'amenuisent en fonction des exigences des patrons et de leur police. Cette mesure, qui risque de devenir effective d'ici quinze jours en est la confirmation.

Contre toutes les expulsions, on ne touche pas à Juanito !

Des compagnons de Rovereto et Trento

1. Procédure rapide qui se fait sur base essentiellement écrite, un équivalent de la comparution immédiate.

[Extrait du communiqué du 18 novembre 2003]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.7]