Liberté pour les sept
Guerre aux patrons


Après le sommet de Thessalonique, du 19 au 21 juin 2003, 29 personnes sont passées en procès et huit ont été gardées en prison préventive. Accusées de “résistance à l’autorité”, “désordre public” et “possession et usage d’armes et explosifs” pour certaines, elles risquent entre 5 et 20 ans de prison. L’une d’elle est relâchée après 22 jours de détention.
Le 21 septembre 2003, l’un des sept prisonniers restant, de nationalité syrienne, entame une grève de la faim, bientôt suivi en octobre par quatre autres (les deux derniers sont mineurs et enfermés à part). Ils réclament leur libération immédiate et la non-extradition du syrien, qui risque la mort en cas d’expulsion.
Le 26 novembre 2003, suite à de multiples actions et mobilisations de solidarité en Grèce, Espagne, France, Italie, Turquie, Belgique,... ils sont libérés avec des assignations à résidence, en attente d’une date de procès et avec l’obligation de pointer au commissariat pour les grecs.

“... Nous ne voulons pas être présentés comme de bons gars parce que nous n’en sommes pas. Nous sommes des anarchistes, que cela plaise ou non à l’opinion publique, et nous voulons détruire le monde de la consommation, pauvreté, exploitation et soumission, pollution et mort...”
Fernando, prison de Diavata

Les anarchistes espagnols Fernando Perez et Carlos Martinez, l’activiste anglais Simon Chapman, le réfugié syrien Suleiman Dakdouk —”Kastro” qui vit et lutte en Grèce depuis 14 années— et le manifestant Spiros Tsitsas sont détenus sans jugement dans la prison de Diavata depuis le 21 juin, tandis que le manifestant Dimitris Fliouras et le compagnon Michalis Traikapis sont gardés dans la prison pour mineurs d’Avlona. Ce sont 7 des 29 combattants arrêtés à Thessalonique au cours de la manifestation contre la conférence du Sommet Européen qui se tenait à Halkidiki (19-21 juin), parce qu’ils ont choisi la route de la résistance face aux formes de domination supranationales et aux projets de leurs représentants. Leur emprisonnement sans jugement, sans autre preuve que les déclarations des flics, les rendant otages pour tous ceux qui se sont mobilisés contre le sommet, est le prix à payer pour les attaques contre les symboles du capital et les affrontements avec la police. C’est aussi une tentative d’effrayer tous ceux qui sortiront en force dans les rues contre les structures de la mondialisation en vue des Jeux Olympiques de 2004.

Ce sont des otages pour tous ceux qui ne perçoivent pas la “mondialisation” seulement comme une nouvelle abstraction qui prendrait place quelque part au loin, affectant seulement la vie des autres, mais comme un projet violent qui modifie les conditions sociales à un niveau planétaire, et passe aussi par Thessalonique. Pour tous ceux qui ne font pas de différence entre les invasions militaires à la périphérie des centres du capital et la guerre qui s’installe à l’intérieur. Pour tous ceux qui se rendent compte que la “zone rouge” est un objectif qui ne s’arrête pas rue Marmara à Halkidiki mais se réalise au centre de la ville blindée — au moment où les politiciens en chef de l’ “Europe forte et unie” se réunissaient à la fois pour organiser le pillage de leur dernière proie, l’Irak et ses riches ressources, mais aussi pour harmoniser l’accroissement du contrôle social, de la répression et de l’exploitation à l’intérieur de l’Europe et le grand verrouillage de ses frontières contre les migrants. Tous ceux qui n’ont pas été attirés par la parade patriotique des gauchistes staliniens et ont mis activement en cause la logique d’un fade mouvement “anti-mondialisation” financé par des subventions d’Etat et coordonné avec les autorités. Tous ceux qui ont agi de manière à ce que la voie de la contestation et de la rébellion reste ouverte.

Nous qui avons été présents à Thessalonique avec de nombreuses activités et avons pris part au black bloc lors de la manifestation du 21
juin, nous savons que la bataille à laquelle nous avons participé n’est pas terminée. La version locale de la campagne “anti-terroriste” internationale inclut indubitablement l’intensification de l’attaque répressive contre tous ceux qui mènent une forte résistance dans les rues.
De la dispersion violente des rassemblements de protestation (comme celui des habitants du nord-est d’Attiki qui refusaient la création d’un dépôt d’ordures dans leur coin), aux attaques de flics contre les manifestations d’habitants qui réagissent contre la destruction de l’environnement (par exemple contre l’implantation d’une ligne à haute tension à Hemitos), à la pénalisation des grèves, les charges massives des manifestations contre la guerre et de la marche du 16 avril contre la Conférence européenne à Athènes, l’approbation des lois Euro-terroristes —qui comprennent de nouvelles méthodes de contrôle, des fichiers et des descentes policières—, les accords entre les pays pour extrader les militants, le tribunal militaire spécial dans la prison de Koridallos pour le procès des membres présumés de l’organisation révolutionnaire 17 Novembre, et les “cellules blanches” de la démocratie... le masque du système tombe, révélant clairement la terreur d’Etat et du capitalisme sur l’ensemble de la société.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le blindage de Thessalonique au mois de juin : la transformation du centre-ville en zone policière, le bombardement avec des gaz lacrymogènes du black bloc, les arrestations qui ont suivi, la torture dans les cellules, les interrogatoires violents et la fabrication de preuves contre les 29 accusés, la transformation de ces accusations en crimes graves et l’emprisonnement actuel sans jugement des 7 (le 24 octobre, leur seconde demande de mise en liberté a été rejetée).

Face à cette situation, toute une série d’initiatives de solidarité et de contre-information se sont déroulées en Grèce et à l’étranger. Manifestations et marches dans différentes villes et au pied des prisons où sont enfermés les 7 militants, occupations de stations de radio, bureaux et sociétés, concerts pour récolter des fonds, contributions économiques, grèves de la faim symboliques, journées de solidarité internationale (le 10 juillet et le 21 septembre), occupation des consulats et ambassades grecs, attaques symboliques de l’Etat et de cibles capitalistes et des intérêts grecs à l’étranger (en Espagne, la forte campagne de solidarité pour les 7 fait face aux attaques de la répression, avec l’emprisonnement à Barcelone de 5 anarchistes sous le coup des lois “anti-terroristes”).

Le mur du silence et de la désinformation qui a été érigé depuis le début de cette histoire complète la répression au niveau social.
5 des 7 compagnons emprisonnés sans jugement sont en grève de la faim depuis longtemps : Kastro depuis le 21 septembre, Fernando, Carlos et Simon depuis le 5 octobre, et Spiros depuis le 8 octobre.

Tant que l’Etat persistera à les garder en otages, la solidarité envers eux se diffusera comme un feu sauvage. Tant que durera la persécution de militants, la lutte que nous avons engagée à Thessalonique continuera et s’intensifiera.

Libération immédiate des 7 de Thessalonique
Solidarité avec les 5 grévistes de la faim
Solidarité avec tous ceux qui sont poursuivis pour des actes de résistance lors du sommet de l’union européenne et à tous les otages de l’Etat

Initiative Anarchiste

[traduit de l’anglais du site grec : http://www.geocities.com/anar_gr]

[Extrait de "Cette Semaine" n°87, fév./mars 2004, p.44]