Tirer sur la Croix-Rouge ?


Chacun connaît le dicton. «Tirer sur la Croix Rouge» signifie s’en prendre aux personnes les mieux intentionnées et les plus vulnérables de ce monde. Mais en est-il vraiment ainsi ?

En fait, la Croix Rouge n’est pas une organisation humanitaire. Institution paramilitaire, elle est depuis plus d’un siècle aux côtés de l’Etat dans toutes les guerres. Sans jamais en dénoncer les causes et les raisons, la Croix Rouge s’occupe d’ «adoucir» les immenses souffrances provoquées par les opérations en kaki. C’est l’autre face du militarisme, celle qui donne une crédibilité à une grande partie des mensonges racontés pour justifier les bombardements et les massacres.

Au cours d’une guerre, le rôle de la Croix Rouge est de décourager toute rébellion contre les troupes d’occupation. C’est de gérer la question des survivants, des évacués et des réfugiés... sous contrôle de l’armée et de la police. Les fils barbelés qui entourent les camps de la Croix Rouge illustrent plutôt bien ce que signifie la «guerre humanitaire».

Ici en Italie, la Croix Rouge gère différents «centri di permanenza temporanea e di assistenza» (CPT, centres de rétention) : il s’agit de lagers dans lesquels sont enfermés les immigrés dont l’unique faute est de ne pas avoir de papiers en règle. Ce ne sont ni de simples prisons ni des structures militaires de réclusion, mais bien des camps de concentration dans lesquels sont internés les étrangers en attente d’expulsion. Et chaque fois que leurs protestations brisent la passivité de l’enfermement, cette institution de bienfaisance les confie à la police, à ses tabassages et à ses abus. L’hypocrisie de l’humanitaire se dévoile et apparaît la brutalité de la répression.

Insouciante au sort qui attend les immigrés renvoyés dans leur pays d’origine, la Croix Rouge continue son travail de collabo au nom «de l’humanité, de la neutralité, de l’impartialité, de l’indépendance, du volontariat, de l’unité et de l’universalité» (comme le déclament ses principes constitutifs).

Après tout, si une guerre est une «opération humanitaire» et un lager un «centre d’accueil», pourquoi la Croix Rouge ne serait-elle pas une «organisation charitable» ?

Mais de la résistance irakienne à la lutte contre les CPT, ce voile d’hypocrisie est en train de se déchirer.

Sous la blouse blanche, l’uniforme des assassins devient de plus en plus visible.

Quelques ennemis de toutes les frontières

[texte de affiche qui circule en Italie depuis juin 2005]


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.24]