Italie, Procès en cours...


Le premier épilogue judiciaire des séries de perquisitions et arrestations qui se sont déroulées peu avant et jusqu’à l’été 2004 en Italie est en cours. On se souvient que pas moins de 19 incarcérations et une cinquantaine de perquisitions (région de Pise pour l’enquête sur les COR, de Lecce autour de la lutte contre le centre de rétention et de Rome/Viterbo pour diverses attaques explosives à partir de celle contre l’institut Cervantes) avaient frappés les anarchistes de ce pays.

Le 22 février 2006, le procureur a prononcé son réquisitoire dans l’opération Cervantes, 16 ans et demi pour l’un, 12 ans pour l’autre et de 5 à 10 ans pour les sept derniers. Il reste quelques audiences avant le verdict. Les audiences de l’enquête sur les COR contre 11 compagnons sont en cours et celles de Lecce contre 16 compagnons commencent début mars. Nombre d’entre eux sont encore incarcérés en préventive dans ces différentes affaires (prison stricte ou résidence surveillée).

D’autres opérations policières contre les anarchistes ont encore eu lieu après cette vague sans précédent depuis l’affaire Marini en 1996 :

— 19 mai 2005, 56 perquisitions (principalement en Sardaigne, mais aussi Viterbo, Rome, Gênes, Foggia), 26 mises sous enquête et 7 camarades arrêtés puis placés en résidence surveillée. L’association subversive se base sur la fréquentation du cercle anarchiste Fraria. L’enquête part notamment du colis piégé reçu par la caserne de carabiniers de Stampace et de l’incendie du siège électoral de Forza Italia à Quartu Sant’Elena le 12 juin 2004.

— 24 mai 2005, 10 perquisitions à Turin (dont le centre de documentation «Pordfido») contre des camarades actifs dans la solidarité avec les immigrés en lutte.

— 26 mai 2005, 84 perquisitions dans toute l’Italie (Bologne, Modène, Macerata, Florence, Pistoia, Teramo, Chieti, Turin, Como), 21 personnes mises sous enquête pour «association subversive» et 7 incarcérations sur mandat du parquet de Bologne. L’association serait la «Cooperativa artigiana fuoco e affini», fédérée dans la Fédération Anarchiste Informelle, et auteur de plusieurs attaques au colis piégé depuis 2001. Les proches de la Croce Nera Anarchica sont accusés de «propagande subversive». Le 11 juin 2005, les 7 compagnons de Bologne sont libérés, les arrestations seront aussi invalidées en appel puis cassation.

— 9 novembre 2005, 13 perquisitions dans différentes villes (Florence, Pistoia, Livourne, Bologne, Milan, Trieste) sur mandat du parquet de Florence, en prenant prétexte du colis piégé envoyé au maire de cette ville en mars 2004.

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• Enquête sur les COR

Le 7 juin 2004, une dizaine de perquisitions sont effectuées dans la région de Pise sur demande du parquet de Rome. L’enquête concerne les COR (Cellules d’Offensive Révolutionnaire) marxistes-léninistes qui depuis début 2003 ont revendiqué plusieurs attaques contre des syndicats, partis, élus fascistes, agences d’interim. Alessio Perondi est arrêté, ainsi que quatre compagnons supplémentaires, parce qu’une lettre de revendication reçue à leur journal Il Silvestre est retrouvée chez eux : Alice, Leonardo Laudi, Betta Galante et Gioacchino Somma.

9 juin, Alice est libérée, parce qu’extérieure à l’enquête.

11juin, Leo, Betta et Gioacchino obtiennent l’assignation à résidence sous la forme stricte (interdiction de tout contact et par tous moyens avec toute personne autre que la famille restreinte).

14 juin : Costantino Ragusa est arrêté à son tour.

18 juin, Costantino est assigné à résidence dans les mêmes conditions que les autres.

30 juillet, Giuseppe Bonamici et William Frediani à Pise ainsi que Francesco Gioia à Rosignano Solvay sont arrêtés, toujours sous l’accusation d’être membres des COR. Ils sont assignés en résidence surveillée.

7 août, Francesco Gioia s’évade de la mise en résidence surveillée. La veille, Willy venait d’être transféré de la résideence surveillée à la prison de Pise.

22 octobre, Leo, Betta et Gioacchino sortent de mise en résidence surveillée, après 4 mois et demi de cette forme de prison. Ils reçoivent une interdiction de séjour de Pise et sa province.

30 octobre, Beppe et Costantino sortent de mise en résidence surveillée, après 4 mois et demi d’incarcération. Ils reçoivent une obligation de pointage trois fois par semaine.

11 mai 2005, Francesco est arrêté à Barcelone et incarcéré, après neuf mois de clandestinité.

23/24 et 27 mai 2005, audiences préliminaires devant la cour de Florence. Tous les 11 compagnons sont renvoyés en jugement, Alessio passe à la mise en résidence surveillée après 11 mois de prison stricte.

28 juillet 2005, Willy obtient la mise en résidence surveillée, après un an de prison stricte.

21 octobre, audience préliminaire de Francesco, toujours incarcéré en Espagne.

23 décembre, l’Espagne accepte la demande italienne d’extradition de Francesco. Ce sera fait le 20 janvier 2006, après huit mois dans les geôles espagnoles.

5 décembre 2005, première audience du procès contre les 10 compagnons de Pise (le cas de Francesco a été séparé).

16 février 2006, seconde audience.

Leur écrire :

Francesco Gioia

via Maiano 10

06049 Spoleto

• Opération «Cervantes»

Le 27 juillet 2004, une vague de perquisitions dans toute l’Italie se traduit par 34 mises sous enquête et quatre incarcérations : Marco Ferruzzi «Tombolino», David Santini «Tittarello», Sergio Maria Stefani, Simone Del Moro. Ils sont accusés de différentes attaques explosives : les colis piégés du 4 novembre 2003 contre une caserne de carabiniers de Rome où un keuf y laissera deux phalanges de la main droite et la préfecture de police de Viterbo, l’explosion le 19 janvier 2004 contre le tribunal de Viterbo. Le tout formant une association subversive selon l’article 270bis.

26 mai 2005, 26 nouvelles perquisitions dans plusieurs régions (Turin, Latina, Naples, Trieste, Caserta, Florence, Vérone) sur demande du parquet de Rome, qui se soldent par 5 incarcérations supplémentaires : Stefano del Moro et Massimo Leonardi de Viterbo, Danilo Cremonese, Claudia Cospito et Valentina Speziale de Pescara. Ils sont désormais neuf accusés dans l’Opération « Cervantes». Les faits visés s’enrichissent de la tentative d’explosion du 23 octobre 2003 contre le Centre des services sociaux pour adultes et le saccage d’un McDo le 13 février 1999 suite à une manifestation à Viterbo.

1er décembre 2005, première audience contre les 9 compagnons renvoyés en procès pour «association subversive, port et détention de matériel explosif» et «massacre». devant la première cour d’assise de Rome David, Simone, Marco, (après 16 mois d’incarcération) Claudia et Stefano (après 6 mois d’incarcération) sortent enfin de prison pour être placés en résidence surveillée (avec la restriction de n’y avoir aucun autre contact qu’avec les parents proches). Sergio passe d’un pointage quotidien à deux fois par semaine.

5 décembre, seconde audience.

14 décembre, à la fin de la troisième audience, Danilo et Valentina, les deux compagnons de la Croce Nera Anarchica, obtiennent la mise en résidence surveillée après 6 mois et demi d’incarcération.

22 décembre 2005, à la fin de la dernière audience de l’année, Massimo Leonardi obtient la mise en résidence surveillée, après 7 mois d’incarcération.

22 février 2006, le procureur formule son réquisitoire :

-16 ans et 6 mois pour Marco (270bis,280bis)

-12 ans pour Massimo (270bis, 280bis)

-10 ans pour David et Simone (270bis, 280bis)

-7 ans et 1000 euros d’amende chacun pour Danilo et Valentina (280bis)

-5 ans pour Sergio, Stefano et Claudia (270bis)

-380 000 euros de dommages&intérêts à se partager pour ceux qui ont «association subversive» (270bis)

Prochaine audience le 27 février 2006.

• Opération «Nottetempo»

Le 12 mai 2005 se déclenche l’opération «Nottetempo» : 16 perquisitions dans toute l’Italie (Lecce, Aoste, Turin, Trente, Trieste, Chieti, Cagliari, Taranto, Catania), cinq anarchistes de Lecce arrêtés, 13 autres inculpés et laissés en liberté. Tous sont accusés d’ «association subversive à finalité de subversion de l’ordre démocratique» (art. 270bis du code pénal). Les faits spécifiques concernent la lutte contre le centre de rétention du coin (tags, incendie du portail de la cathédrale, molotov contre la maison du curé gestionnaire du CPT, incendies de distributeurs de la Banca Intesa qui gère les comptes de cette institution, peinture contre un Benetton, sabotage de pompes Esso). Sur les cinq arrêtés, Saverio Pellegrino, Salvatore Signore et Cristian Paladini sont incarcérés.

22 mai, Marina Ferrari et Annalisa Capone obtiennent la mise en résidence surveillée.

6 août, Cristian obtient la mise en résidence surveillée, après 3 mois d’incarcération.

septembre, Annalisa est libérée de la mise en résidence contre une interdiction de quitter la ville.

9 novembre 2005, audience préliminaire contre les 18 compagnons de Lecce. Après neuf heures d’audience, deux d’entre eux sont acquittés de toute charge, tous les autres sont renvoyés en jugement avec quelques modifications : quelques uns sont acquittés de certains chefs d’accusation comme des dégâts et coups de téléphone «intimidatoires», d’autres sortent blanchis d’avoir participé à l’attaque au molotov contre le domicile de Lodeserto, l’ex-directeur du centre de rétention Regina Pacis, et de celle contre le domicile d’un médecin du même centre (mais pas du reste).

19 janvier 2006, seconde audience préliminaire.

21 janvier 2006, un groupe d’anarchistes interrompt une convention rassemblant la gauche locale et nationale sur le thème de l’aménagement du territoire qui rappeler bruyament que quatre compagnons sont encore incarcérés (prison ou résidence surveillée) parce coupables d’opposition aux centres de rétention, centres définis comme des lagers par la gauche elle-même, oubliant sa propre responsabilité dans leur création.

Prochaines audiences le 2 mars, puis 7 avril et premier et troisièmes vendredis de chaque mois.

Lettres traduites et chronologies sur ces différentes affaires :

• Un été italien. Textes sur la répression anti-anarchiste, par Quelques complices sans patrie, janvier 2005, 32 p.

• http://toutmondehors.free.fr


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, pp.26-27]