A CEUX QUI NE SONT PAS restés AU CHAUD PENDANT LA TEMPêTE

Sur le procès contre les anarchistes de Lecce et la lutte contre les centres de rétention


Le 19 janvier débutera à Lecce le procès contre treize anarchistes accusés —outre une série d’actions contre certaines multinationales qui s’enrichissent sur la guerre et le génocide des populations du Sud— du crime d’avoir mené pendant des années une lutte constante et déterminée contre le lager pour immigrés de San Foca. Deux d’entre eux sont en prison depuis le 12 mai dernier, deux autres sont assignés en résidence surveillée, une quinzaine se trouve en liberté surveillée. La base du procès est encore une fois l’article 270bis sur l’ «association subversive à but terroriste», avec lequel ont été incarcérés ces dernières années des dizaines de révolutionnaires, de rebelles ou de simples militants de gauche, sans le moindre début de preuve. Pour être accusé d’ «association subversive», il suffit désormais d’un simple tag sur un mur.

Mais ce n’est pas tellement cela que nous tenons à dire. Nous savons que les lois de l’Etat sont des toiles d’araignée pour le riche et des chaînes d’acier pour le pauvre, tout comme nous n’avons jamais cherché le sens de ce qui est juste parmi les articles du code pénal. Ce qui nous intéresse de souligner est ce qui rend ces anarchistes dangereux et ce qu’il y a d’universel dans leur lutte.


Il y a eu de grandes discussions ces derniers mois sur les «Centri di Permanenza Temporanea» (CPT, centres de rétention). Après que certains reportages de journalistes aient rendu compte des conditions inhumaines dans lesquelles survivent les femmes et les hommes internés dans ces structures, les diverses forces politiques se sont disputées à propos des responsabilités d’une telle «gestion». Mais la question n’est pas comment ils sont gérés, mais plutôt leur nature même. Introduits en Italie en 1998 par le gouvernement de centre-gauche avec la loi Turco-Napolitano (votée également par les Verts et Rifondazione Comunista), les CPT sont sous tous leurs aspects des lagers. Exactement comme les camps de concentration fascistes et nazis (et avant eux les camps coloniaux, à Cuba ou en Afrique du Sud), il s’agit de lieux dans lesquels on est enfermé sans n’avoir commis aucun délit et retenu à complète disposition de la police. Qu’à l’intérieur les conditions soient désespérées, la bouffe pourrie et les mauvais traitements constants en est une conséquence terrible, mais pas le centre du problème. Il suffit de peu pour s’en rendre compte.

Ce qui pour un italien n’est qu’un simple «délit administratif» (ne pas avoir de papiers), est devenu pour un étranger un délit passible d’internement. Comme nous l’apprend l’histoire —il suffit de penser aux lois racistes de tous les Etats entre la première et la deuxième guerre mondiale—, avant de créer de tels camps de concentration, il faut au préalable imposer l’équation étranger=délinquant. C’est en ce sens qu’on doit lire la législation —de droite comme de gauche— sur l’immigration en Italie (mais nous pourrions dire en Europe et partout). Si les mêmes critères qui président à l’obtention du permis de séjour pour les immigrés étaient appliqués aux soi-disant citoyens, nous serions des millions à être enfermés ou à vivre en clandestins. En effet, combien d’Italiens peuvent démontrer qu’ils ont un travail en règle ? Combien vivent à plus de trois dans un appartement de 60 mètres carrés ? Sachant que les contrats d’intérim ne sont pas valables pour obtenir le permis de séjour, combien d’entre nous seraient des «réguliers» ? Définir tout ceci comme un racisme d’Etat n’est pas de l’emphase rhétorique, mais bien un constat rigoureux.

Aujourd’hui, les CPT (mais plus généralement toutes les formes de rétention administrative : des centres d’identification aux «zones d’attente» dans lesquelles sont gardés les réfugiés ou les demandeurs d’asile) sont la matérialisation de ce racisme. Et c’est justement parce que le fil barbelé est le symbole des lagers et de l’oppression totalitaire depuis soixante ans que la cohérence involontaire du pouvoir a entouré ces nouveaux camps de fils barbelés. Tout comme ce n’est pas un hasard si la rétention administrative, depuis toujours un dispositif typique de la domination coloniale, se diffuse aujourd’hui partout dans le monde (des ghettos palestiniens à Guantanamo, des geôles secrètes anglaises où sont enfermés les immigrés «suspectés de terrorisme» aux CPT italiens). En même temps qu’on bombarde et qu’on massacre au nom des «droits de l’homme», des millions d’indésirables sont brutalement privés de tout «droit», détenus dans des camps gardés par la police et confiés aux «soins» de quelque «organisation humanitaire».

Si les CPT sont des lagers —comme le disent désormais beaucoup de gens—, il est tout à fait logique de chercher à les détruire et d’aider les hommes et les femmes qui y sont enfermés à s’évader. Et il est tout à fait logique de frapper les collaborateurs qui les construisent et les gèrent. C’est ce que pensaient les anarchistes de Lecce. Ils ont alors dénoncé publiquement, dans l’indifférence générale, la responsabilité des gérants du CPT de San Foca —c’est-à-dire la curie de Lecce, à travers la Fondation «Regina Pacis»— et les conditions infâmes auxquelles étaient soumis les détenus ; ils ont recueilli des témoignages, des données, et se sont organisés. Ils sont devenus une épine dans le pied de la curie et du pouvoir local. En été 2004 déjà, un des leurs fut arrêté pour avoir essayé de favoriser la fuite de quelques immigrés au cours de la révolte qui a éclaté à l’intérieur du centre «Regina Pacis». Ils se sont rendus dans les fêtes de village, pour donner les noms et prénoms des agents responsables des tabassages dans le CPT, des médecins qui les couvraient, du directeur qui frappait, séquestrait et contraignait certains musulmans à manger de la viande de porc. Tout ce, sans jamais perdre l’objectif de vue : fermer pour toujours ces lagers, et non pas les rendre «plus humains». Pendant que ce déroulait tout cela, quelques actions anonymes touchaient les banques qui finançaient le CPT, mais aussi les propriétés de la curie et du directeur de la fondation «Regina Pacis», don Cesare Lodeserto. Et ces anarchistes étaient prêts à les défendre publiquement. Les autorités de pouvaient plus cacher le problème. Qu’ont-elles fait alors ? Elles ont d’abord incarcéré Lodeserto sous l’accusation de séquestration de personne, détournement de biens publics, violence privée et diffusion de fausses nouvelles tendancieuses (le prélat s’envoyait des messages de menace qu’il attribuait ensuite à la «malavita albanaise»). Puis elles ont fait fermer le CPT de San Foca. Lodeserto placé en résidence surveillée, puis remis en liberté, elles ont donc incarcéré les anarchistes afin de s’en débarasser pour des années. Les gens qui comptent ont défendu le prêtre de façon tonitruante. En défense des anarchistes, il n’y a eu au mieux que d’honnêtes préjugés. Justice est faite...

Mais quelque chose ne tourne pas rond. Le château de carte de l’accusation contre les rebelles est maladroit et branlant, et, surtout, les luttes contre les CPT prennent de la vigueur dans toute l’Italie. En avril, les reclus du lager de via Corelli à Milan montent sur les toits, ils se taillent les veines et hurlent la plus universelle des revendications : la liberté. Suivis par les immigrés enfermés dans le CPT de corso Brunelleschi à Turin, la révolte s’étend à Bologne, Rome, Crotone. Des dizaines d’entre eux réussissent à s’évader, tandis que le soutien pratique à la lutte commence à s’organiser à l’extérieur. En même temps que des manifestations et des initiatives qui dénoncent les responsabilités de ceux qui s’enrichissent sur les déportations des immigrés (d’Alitalia à la Croix Rouge, des compagnies de transport aux entreprises privées impliquées dans la gestion des lagers), les petites actions de sabotage ne manquent pas. Et lors de cette convergence spontanée qui constitue le secret de toutes les luttes, les crimes imputés aux anarchistes de Lecce se diffusent.

C’est ce mouvement —encore faible mais croissant— qui a posé publiquement le problème des CPT, envoyant paître les politiciens de gauche, dans leur tentative pathétique d’attribuer au seul gouvernement de droite la responsabilité des lagers.

Que tout cela foute le bordel est démontré par les déclarations du ministre de l’Intérieur Pisanu sur les anarchistes qui «incitent à la révolte» les immigrés (comme si les conditions inhumaines dans lesquelles ils vivent n’étaient pas en soi une incitation permanente) et sur la nécessité des CPT pour affronter le «terrorisme» (il est en effet connu que ceux qui veulent passer les contrôles de la police pour accomplir un attentat se promènent sans papiers). Pourquoi ?

Les CPT mettent à nu non seulement l’exclusion et la violence comme fondements de la démocratie, mais aussi le lien profond entre la guerre permanente, le racisme et la militarisation de la société. Ce n’est pas un hasard si la Croix Rouge est présente dans les conflits militaires aux côtés des armées et en même temps impliquée dans la gestion de nombreux lagers en Italie. Comme ce n’est pas un hasard si elle participe aux «exercices antiterrorisme» avec lesquels les gouvernements voudraient nous habituer à la guerre et à la catastrophe.

La criminalisation de l’étranger —bouc émissaire du malaise collectif— est depuis toujours le trait distinctif des sociétés moribondes, et en même temps un projet d’exploitation bien précis. S’ils ne vivaient pas dans la terreur d’être enfermés et renvoyés au pays —où les y attendent souvent la guerre, la faim, le désespoir—, les immigrés sans papiers ne travailleraient certainement pas pour deux euros l’heure sur les chantiers de quelque Grand’œuvre, pas plus qu’ils ne mourraient recouverts d’une coulée de ciment lorsqu’ils tombent des échafaudages. Le Progrès a besoin d’eux : c’est pour cela qu’on les clandestinise et qu’on ne les expulse pas tous, on les «accueille» dans des lagers, on les trie, on les sélectionne sur la base d’accords avec les pays d’origine et selon leur docilité face au patron. Le sort qui les attend est le reflet d’une société en guerre (contre les concurrents économiques et politiques, contre les populations, contre ses propres limites naturelles).

Une des premières victimes de cette mobilisation totale est le sens des mots. Qu’aient pu entrer dans le vocabulaire courant des expressions comme «guerre humanitaire» —ou qu’on puisse nommer «centre d’accueil» un lager— en dit long sur l’écart entre l’horreur qui nous entoure et les mots qui la nomment. Cet écart est en même temps une anesthésie de la conscience. Ils appellent les CPT des «lagers» puis vont voter pour ceux qui les construisent, ils disent «massacres» mais se contentent de défiler tranquillement contre la guerre [les troupes italiennes sont engagées en Irak], pour qu’il ne se passe rien. Pendant que se déroulait à Milan la manifestation océanique du 25 avril [60e anniversaire de la Libération], les révoltés du centre de rétention de via Corelli étaient sur les toits en train de crier que la résistance n’est pas terminée, mais la rhétorique sur la «libération» n’a même pas secoué les manifestants, ils ont continué à faire la fête.

Peut-être quelque chose est-il en train de changer. Alors que la propagande d’Etat met sur le même plan l’ennemi intérieur —le rebelle, le «terroriste»— et l’étranger —le fanatique, le kamikaze—, les résistances s’arment et les «périphéries» à deux pas de nous explosent, là où les pauvres brûlent les dernières illusions d’intégration à cette société. Des jeunes généreux entendent dire lager lorsqu’ils disent lager, et s’organisent en conséquence, en tant qu’étrangers dans un monde étranger. Ils sont prêts à conquérir la liberté avec les autres, même au risque de mettre en jeu la leur. Ils haïssent les barreaux, au point qu’ils ne les souhaitent pas même aux pires charognes (les trop nombreux Lodeserto). Ces formes d’insatisfactions actives dialoguent pour le moment à distance, mais sont déjà l’ébauche de quelque chose de commun. Le fausse parole se mutine, et de nouveaux comportements libèrent de nouvelles paroles dans la réalité de la vie quotidienne.

N’abandonnons pas à la vengeance des juges ceux qui ne sont pas restés au chaud quand d’autres hommes étaient emportés par la tempête. En des temps tristes et serviles, il est un choix qui contient tous les autres : décider de quel côté rester.

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Séquestrés en attente de jugement

Le 12 mai 2005 se déclenche l’opération «Nottetempo» : perquisitions dans toute l’Italie, cinq anarchistes de Lecce incarcérés, 13 autres inculpés et laissés en liberté. Tous sont accusés d’ «association subversive à finalité de subversion de l’ordre démocratique» (art. 270bis du code pénal). Les jours suivants se déroulent des initiatives de solidarité spontanées.

Le 21 mai, une manifestation avec beaucoup de monde parcourt les rues du centre-ville en solidarité avec les incarcérés et contre les Cpt. Le lendemain a lieu un rassemblement devant la prison de Lecce où sont détenus trois des incarcérés. Les deux autres sont assignés en résidence surveillée.

Alors que les demandes de remise en liberté sont repoussées, deux des trois sont transférés à Melfi et Salerne.

Le 6 août, un des incarcérés obtient l’assignation à résidence, et un mois après une compagne assignée à résidence est libérée avec une obligation de séjour.

Durant tout l’été se succèdent des initiatives de solidarité avec les incarcérés et avec les luttes contre les expulsions.

Après deux mois d’isolement dans des conditions particulièrement dures, Salvatore est transféré de Salerne à Sulmona.

Le 8 novembre se déroule une manifestation de solidarité avec les incarcérés pour répéter la nécessité de la lutte directe contre les lagers.

Le 9 novembre se tient l’audience préliminaire du procès, deux inculpés sont acquittés de toutes les accusations, d’autres acquittements concernent des délits spécifiques. La date de début de procès est fixée au 19 janvier.



La publicité qu’ils méritent

Pour le procès contre les anarchistes de Lecce, se sont constitués partie civile : les gestionnaire d’une station service ESSO sabotée (à cause de l’énorme responsabilité de la compagnie américaine dans le génocide irakien, des dizaines de pompes ont été mises hors-service dans toute l’Italie), les médecins de Regina Pacis Cazzato et Roberti, ainsi que le directeur don Cesare Lodeserto.


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La lutte contre le centre de rétention Regina Pacis


Juin-août 2002. Les premiers rassemblements commencent devant Regina Pacis.

31-08-02, Melendugno. Quelques manifestants interrompent le conseil municipal au son de cornes de brume pour protester contre le maire qui avait interdit une manifestation et une exposition contre Regina Pacis à San Foca.

03-11-02, Monteroni. Manifestation devant l’église où Monseigneur Ruppi (gestionnaire de la fondation Regina Pacis) doit achever sa visite pastorale. Une exposition sur l’immigration est déployée, des banderoles sont sorties et des tracts distribués. L’évêque renonce à se montrer sur la place et fuit par derrière.

12-11-02, Lecce. En soirée, quelques trouble-fête se rassemblent devant la préfecture, et avec des sifflets, des clairons et un mégaphone font savoir leur mépris aux 11 ministres de l’Intérieur qui tiendront le lendemain un sommet sur le contrôle de l’immigration. Les rues sont bloquées par à coups et des tracts distribués.

13-11-02, Lecce. Au cours de la manifestation du Social Forum contre le sommet des ministres, certains manifestants mitraillent avec des fruits pourris et des oeufs les policiers, journalistes et le service d’ordre du Lecce Social Forum (dont le porte-parole avait condamné les manifestations contre Monseigneur Ruppi).

20-11-02, Casarano. Au cours d’une conférence d’Alleanza Nazionale sur la loi «Bossi-Fini», une quinzaine de personnes déploient une banderole contre les expulsions. A la conférence, participaient le sous-secrétaire à l’Intérieur et don Lodeserto.

10-05-03, Lecce. Peu avant le départ de la course cycliste Giro d’Italia, des tags comme «liberté pour les immigrés» et «Ruppi assassin» apparaissent sur les murs et l’asphalte.

11-06-03, Lecce. Des mains inconnues endommagent avec une flambée le portail latéral de la cathédrale, des tags sont laissés sur le mur contre le Cpt et ses gestionnaires.

12-10-03, San Foca. Devant le Cpt, une dizaine de personnes manifestent leur solidarité aux reclus ; de l’intérieur, les immigrés répondent en lançant des objets et les poubelles contre les carabiniers. A la fin du rassemblement, une pluie d’oeufs de vernis rouge macule des murs du Cpt.

08-11-03, Lecce et Lequile. Deux distributeurs de la Banca Intesa, qui héberge les comptes de la fondation Regina Pacis, sont incendiés.

03-12-03, Calimera. Affiches et tags contre la médecin Catia Cazzato. Suite aux tabassages d’immigrés, elle avait signé de faux certificats médicaux soutenant que les immigrés s’étaient blessés accidentellement.

16-03-04, Lecce. Attaque manquée contre une filiale de la Banca Intesa.

01-04-04, Lecce. Une quinzaine de personnes occupe la chapelle où M. Ruppi célèbre la messe pascale.

11-04-04, Lecce. Le jour de Pâques, sur un balcon à côté de la cathédrale, apparaît une banderole contre les Cpt.

18-04-04, Lecce. La fondation Regina Pacis est dans la rue avec son «Projet Marta», une initiative pour tenter de refaire son image en recueillant de la nourriture pour la redistribuer aux pauvres, aux immigrés et aux sans-abris. Des compagnons viennent contester l’initiative avec un tract. A leur refus de présenter leurs papiers, la police réagit par une bousculade et tente, sans y parvenir, de les embarquer au commissariat.

11-07-04, San Foca. Alors que se déroule un rassemblement à l’extérieur du Cpt, les internés se rebellent en détruisant tout ce qu’ils peuvent. L’un d’eux réussit à escalader le mur, immédiatement repoussé par les carabiniers. Les manifestants s’interposent et les militaires chargent. Une compagne a la jambe cassée, un autre est arrêté et tabassé : il sera assigné en résidence surveillée quelques jours plus tard.

17-08-04, San Foca. Après le succès de dizaines d’internés qui ont réussi à s’évader du Cpt les semaines précédentes, d’autres retentent leur chance. Bloqués par les carabiniers, ils sont tabassés : le directeur don Cesare Lodeserto participe à son tour aux tabassages. La nuit, une fenêtre de sa maison est touchée par une bouteille incendiaire. Un tract de revendication dit : «Contre don Cesare et contre les Cpt».

19-08-04, San Foca. Alors que se déroule un rassemblement devant le Cpt, des reclus font savoir qu’ils sont en grève de la faim.

16-09-04, Lecce. D’autres tags apparaissent en vile contre le Cpt et son directeur. Monseigneur Ruppi fait savoir que la fondation ne renouvellera pas en janvier prochain la convention étatique qui lui confie la gestion du Centre.

16-09-04, Calimera. Au cours d’une fête de village, un tract qui dévoile la responsabilité de la doctoresse Cazzato à l’intérieur du Cpt est distribué. Une plainte pour «diffamation» est déposée contre certains manifestants.

31-10-04, Sannicola. Des distributeurs de la Banca Intesa sont décorés de vernis rouge.

15-12-04, Lecce. Rassemblement et tractage autour du théâtre où Mons. Ruppi fête ses 50 ans de sacerdoce.

30-12-04, Lecce. Des tags sont laissés contre le Cpt. Durant cette période, les journaux font savoir que, d’après les déclarations prononcées lors de l’inauguration de l’année judiciaire, on peut s’attendre à une forte vague répressive contre les anarchistes. En même temps, on apprend l’existence de la proposition d’une personne liée aux gestionnaires du Cpt, d’engager des gens liés au milieu mafieux pour donner une leçon aux anarchistes. Sans suite.

23-01-05, Calimera. De nombreux tags contre la doctoresse Cazzato apparaissent sur les murs.

31-03-05. Passés les trois mois de prolongation concédée par l’Etat à l’échéance de la convention, le Cpt ferme définitivement. La fondation Regina Pacis déplace son activité «caritative» en Roumanie, où elle gère de nombreux «centres d’accueil».



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Quelques épisodes de la lutte contre les CPT ces derniers mois

19 mai, Turin. Les reclus du Cpt se révoltent, brûlent les matelas et détruisent tout ce qu’ils peuvent. Une grève de la faim éclate. Pour éviter son rapatriement forcé imminent, un immigré défonce une fenêtre et engloutit le verre : il passera la matinée à l’hôpital, ratant ainsi l’avion de la déportation. L’après-midi, 150 personnes se rassemblent devant le Cpt : certains grimpent sur l’enceinte pour y accrocher une banderole, d’autres y creusent un trou. Les CRS chargent mais sont repoussés. Le regroupement se dissout, mais un groupe de manifestants se dirige au dépôt de trams pour expliquer aux conducteurs le rôle de leur entreprise, la Gtt, dans les expulsions. A la fin, un manifestant est arrêté.

19 mai, Gênes. Les serrures du métro sont obstruées «pour Ibrahima et Mamadou, deux frères sénégalais assassinés par les «forces de l’ordre» de la terreur. Pour tous les enfermés dans les prisons et les CPT qui luttent et se révoltent».

21 mai, Turin. Toujours en grève de la faim, les détenus se révoltent à nouveau. Beaucoup menacent de se suicider et plusieurs ingèrent du verre et des piles, un d’eux s’entaille l’abdomen si profondément qu’il doit être recousu d’urgence sur place. Au cours du rassemblement de l’après-midi devant le centre, les prisonniers montent sur le toit et parlent beaucoup avec les manifestants : on découvre ainsi que c’est souvent la Croix Rouge qui s’oppose à la libération de ceux qui en auraient le droit.

23 mai, Milan. En soirée, un groupe d’immigrés monte sur les toits de via Corelli en criant «liberté pour tous». Alors que deux d’entre eux ingèrent des lames de rasoir, les autres commencent à détruire la structure du lager à partir du toit, bientôt imités par ceux de l’étage inférieur. Les jours suivants, 21 reclus seront incarcérés avec les accusations de «destruction aggravée» et «incendie volontaire».

25 mai, Turin. Au cours d’une rafle, Eddy, un jeune homme nigérian tombe de la corniche à laquelle il s’était appuyé pour fuir les chiens en uniforme. Deux jeunes filles, uniques témoins de la chute, sont traînées dans le Cpt Cso Brunelleschi. Les nigérians en furie sortent dans les rues du quartier et s’affrontent avec la police.

27 mai, Turin. Rassemblement devant le consulat du Maroc, co-responsable des expulsions, et à San Salvario où, quelques mois avant, une marocaine s’était jetée du toit pour échapper à une rafle de la police municipale. L’après-midi, lors de la commémoration de la mort d’Eddy la tension s’accroît et l’affrontement avec la police est dans l’air.

28 mai, Turin. Une manifestation de plus de mille personnes traverse la ville. La police, bien que présente en force, ne se montre que pour bloquer la rue qui mène à la préfecture : les immigrés sont furieux. Arrivés à la gare de Porta Susa, les voies sont occupées : «dans une ville qui tue, personne ne doit voyager». Quelques dégâts, en particulier contre un distributeur de la banque San Paolo.

7 juin, Caltanissetta. Le matin, deux bidons d’essence sont retrouvés devant l’entrée du siège de la Croix Rouge, suivis d’un tag «No Cpt» et d’un billet «La Croix Rouge Italienne gère le Cpt de Pian del lago : solidarité avec les immigrés».

8 juin, Turin. Un groupe de compagnons interrompt un débat pour renvoyer le maire et ses adjoints à leur responsabilité et rappeler les immigrés assassinés.

11 juin, Milan. Vers 23h, deux immigrés montent sur le toit d’une des baraques du Cpt de via Corelli et, une fois l’enceinte escaladée, profitent d’une brèche dans le mur en restructuration pour s’enfuir.

15 juin, Bologne. Rassemblement à Castelmaggiore devant le siège de Concerta Spa, l’entreprise qui fournit les repas dans les Cpt de Bologne et Modène.

16 juin, Turin. Une centaine de parcmètres de la Gtt, complice des expulsions, sont obstrués.

29 juin, Bologne. 6 personnes réussissent à s’enfuir du Cpt de via Mattei.

2 juillet, Bari. 91 personnes s’évadent du Cpt attenant à l’aéroport de Palese.

5 juillet, Bologne. A l’aube, dix personnes tentent l’évasion : après avoir soulevé une des grilles de sécurité qui entoure la cour, ils escaladent l’enceinte et le mur. Cinq réussissent à s’évanouir dans la nature.

9 juillet, Turin. Profitant d’un rassemblement qui se tient devant l’entrée du centre, sept prisonniers sautent le mur latéral du Cpt. Au même moment débute une nouvelle grève de la faim.

1er août, Ragusa. Une manifestation contre le Cpt de via Napoleone Colajanni se finit par l’occupation de la cour intérieure.

16 septembre, Rovereto. Une agence de la BNL est recouverte de vernis. La même banque avait été touchée le 12 mars lors d’une manifestation contre tous les fascismes.

22 septembre, Milan. Au cours de la dernière audience du procès contre les 21 immigrés accusés d’avoir dévasté le Cpt de via Corelli le 23 mai, certaines personnes dans la salle dénoncent à grand’voix le caractère illégitime du procès, en en demandant l’annulation. Plusieurs autres, qui attendent dehors, protestent bruyamment si bien que le juge ordonne l’évacuation, exécutée au son des matraques des forces de l’ordre.

26 septembre, Bologne. Les reclus de via Mattei entament une grève de la faim pour protester contre «la crasse, le manque de médecins et les coups contre ceux qui se rebellent».

2 octobre, Bologne. A partir de ce jour, rassemblement tous les samedis devant le Cpt.

4 octobre, Turin. Une dizaine de distributeurs de la banque BNL sont sabotés. On retrouve des tracts qui accusent la banque de complicité avec les Cpt et la guerre en Irak.

12 octobre, Caltanissetta. Dans l’autobus sous escorte qui transfère 140 immigrés du Cpt de Pian del Lago à l’aéroport Fontanarossa di Catatonia, éclate une révolte : douze flics blessés et sept personnes qui s’enfuient dans les campagnes aux alentours.

21 octobre, Gorizia. Occupation du siège de la Croix Verte de Gradiscia. Suite de quoi, l’association renonce à concourir pour l’appel d’offre pour la gestion du futur Cpt.

22 octobre, Bari. Le siège de la Croix Rouge est occupé. Un mois plus tard, le directeur enverra une lettre à la préfecture dans laquelle il renonce à la gestion du Cpt de Bari en construction.

26 octobre, Turin. «Torino Cronaca», le quotidien turinois porte-drapeau du racisme le plus imbécile et populiste, se plaint qu’une de ses voitures publicitaires ait été détruite au cours de la nuit.

Fin octobre, Rovereto. Bogu, un anarchiste croate qui réside depuis dix ans dans le coin et marié à une italienne, reçoit une injonction à quitter de territoire, signé par le préfet de Trento. Démarre une mobilisation de solidarité avec lui et contre toutes les expulsions. Tout le mois de novembre se déroulent des assemblées, projections, rassemblements et une manifestation.

2 novembre, Caltanissetta. 43 évadés du Cpt de Pian del Lago.

12 novembre, Bergame. Les guichets de trois banques dans la ville et la région sont endommagés à coups de molotovs et barres. Parmi eux, un de la Banca Intesa, impliquée dans la gestion du Cpt Regina Pacis.

23 novembre, Gorizia. Un raid lors de l’ouverture du conseil municipal de Gradiscia permet à un groupe de manifestants de demander la suspension du raccordement au réseau d’égouts du Cpt.

2 décembre, Rome. Un groupe d’étudiants occupe le siège où se tiendra le Conseil National delle Misericordie.

3 novembre, Rovereto. Deux camions de Trenitalia partent en flammes. Le message de revendication fait référence aux responsabilités de la société ferroviaire dans la déportation des immigrés.

29 novembre, Rovereto. Un groupe de personnes solidaires interrompt le conseil municipal en distribuant un texte dans lequel est soulignée la responsabilité des forces institutionnelles concernant l’éventuelle expulsion de Bogu. Quelques jours après, le tribunal décide le renouvellement du permis de séjour de l’anarchiste croate.


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Adresses des anarchistes de Lecce en prison ou en résidence surveillée :

Saverio Pellegrino, C/o Casa Circondariale, via Prati Nuovi 7, 27058 Voghera (PV)

Salvatore Signore, C/o Casa Circondariale, via Lamaccio 1, 67039 Sulmona (AQ)

Marina Ferrari, via XXI Aprile 29, 73042 Casarano (LE)

Cristian Paladini, via Don Carlo Gnocchi 4, 73100 Lecce

Pour contribuer aux frais de procédure :

ccp n. 56391345, au nom de Marina Ferrari

Pour informations, contacts ou demande de copies de ce quatre pages :

Nemici di ogni frontiera, C.P. 260, 73100 Lecce ou bien utopia73@libero.it

Sur la lutte contre les expulsions : http://digilander.libero.it/tempidiguerra/


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, pp.20-23]