La loi «anti-terroriste» n°187

dans toutes ses conséquences



Suite à notre arrestation le mercredi 7 juillet, certains gros médias ont entamé une campagne de désinformation, faisant usage de plusieurs tactiques tels que des ébauches de «scénarios» et des étalages de prétendues «informations fiables», dont le menu principal se composait de planques, d’armes à feu, de braquages, de «nouvelle génération de terroristes» etc. De célèbres porte-paroles du Quartier Général de la Police d’Athènes, de sales “flics journalistes” et des rédacteurs en chef ont tenté de cette manière de créer un climat explosif dirigé contre nous. Ceci, bien sûr, n’est pas une première. Nous avons observé ce schéma lors de dizaine d’arrestations de compagnons anarchistes. Tout comme ne sont pas nouvelles ni nos gardes à vue dans les commissariats comprenant les “pressions” si prévisibles et une durée de détention dépassant la limite légale (une semaine cette fois-ci), ni l’ “enquête” dans ma maison à partir de laquelle la “preuve” policière fut découverte d’une façon complètement arbitraire, des “preuves” falsifiées qui atteignent les limites de la science-fiction.

Ce qui fut vraiment nouveau a été la transformation et l’ “amélioration” des actes d’accusation par les autorités judiciaires : les infractions dont nous étions accusés par la police sont devenues des délits capitaux aux yeux du procureur. Puis ces délits capitaux ont été “grossis” à l’aide de la loi “antiterroriste” n°187 par la cour. Nous nous sommes ainsi retrouvés avec la moitié du Code Pénal sur le dos et éparpillés suite à des procédures expéditives dans trois différentes prisons en attendant notre procès.

Mon choix d’aider à la prise d’équipement policier, né des actions des compagnons anarchistes, est une chose qui a provoqué la rage des autorités. Aussi les grands médias, les juges et la police tentent en totale symbiose d’attaquer une nouvelle fois l’espace anarchiste-antiautoritaire, avec pour objectif clair de le criminaliser.

Ils essaient de lancer une nouvelle chasse aux sorcières en utilisant leur “arsenal législatif” (la fameuse loi anti-terroriste) élargi. En Italie et en Espagne, des individus et des espaces politiques sont déjà poursuivis et criminalisés selon des tactiques similaires. En renforçant la nouvelle loi anti-terroriste, ils tentent d’exterminer toute voix résistante, particulièrement si elle vient de la fraction anarchiste-antiautoritaire qui est maintenant depuis des années sur la ligne de front contre les préceptes de l’Autorité. C’est pourquoi ils ont commencé immédiatement après notre arrestation une surveillance “discrète” de plus de camarades, des suspects théoriques pour les cerveaux malades des cadres policiers et judiciaires.

D’ailleurs, d’autres événements s’étaient déjà déroulés avant notre arrestation : les coups de feux des policiers qui ont sérieusement blessé un camarade à la jambe à l’Ecole Polytechnique d’Athènes (1), le pogrom et les arrestations massives dans le quartier d’Exarhia —même à l’intérieur des cafétérias— les attaques des brutes fascistes contre les espaces politiques et les camarades poignardés (2), la présence policière généralisée au centre-ville d’Athènes.

Maintenant arrivent les attaques contre les espaces et les pratiques politiques, jusqu’à la criminalisation des relations amicales ou politiques, avec pour fer de lance la loi antiterroriste. Nous en sommes les premières victimes, mais ne resterons certainement pas les seules si cette tornade répressive continue sans recevoir de réponses.

L’espace anarchiste a démontré dans le passé qu’il a la capacité, lorsqu’il est brutalement et systématiquement attaqué, de s’unir et de résister dans la dignité contre toute sorte de projet de l’Etat. Mais en plus de cela, si la solidarité parvient à opposer une réponse adéquate aux agressions des mécanismes autoritaires cette fois-ci, je dois faire la déclaration suivante :

Je suis fier d’être un anarchiste.

Pendant tous ces jours de lutte j’ai ressenti la grandeur de la solidarité et de la camaraderie de mille et unes manières différentes.

Les regards et les voix des camarades anarchistes sont imprimés en moi, et ils m’ont permis de mépriser à la fois notre présence dans l’enfer du Quartier Général de la Police d’Athènes et son immixtion dans la loi-antiterroriste, comprenant des accusations lourdes et notre emprisonnement.

Un telle solidarité ne sera jamais ressentie par les porcs autoritaires (flics, juges, journalistes).

Aucune loi anti-terroriste, aucune arrestation, aucune incarcération, aucune extermination n’arrêtera jamais notre lutte partout et par tous les moyens.

La lutte continue, dans les rues, les amphithéâtres, sur les barricades, dans les prisons.

La lutte s’adapte aux circonstances et évolue partout et à toutes les époques.

Solidarité avec les compagnons espagnols et italiens.

Là-bas, la même chose a eu lieu, les gros médias, la police et les juges ont parlé.

Maintenant, c’est au tour du mouvement de solidarité de parler.

Salutations déterminées à tous les camarades.

Giorgos Kalaitzidis
Cellule 62, division A, prison de Koridallos, 13 août 2005

NdT :

(1) Le 1er mai 2005, un livre est présenté par deux ex-ministres PS à l’Ecole Polytechnique d’Athènes devant un parterre de journaleux et intellos. Au moment où les flics en civil, interdits des lieux en raison de l’asile universitaire, s’aperçoivent de la présence des anarchistes, ils tentent de quitter les lieux. L’un d’eux, attaqué par des compagnons, sort son flingue et tire, blessant au pied un anarchiste. Il est chassé de Polytechnique tandis que les anti-émeutes (MAT) encerclent la fac. A leurs tirs de lacrymogènes répondent des pierres et des feux de poubelles. Tout le beau monde est séquestré et l’université occupée, tant que les MAT ne dégagent pas, que le nom du flic et un communiqué dénonçant son attaque armée ne sont pas publiés. Tout ceci fait après plusieurs heures, les anarchistes sortent sans arrestation en manifestation sauvage jusque dans le quartier d’Exarchia.

(2) Le 19 avril 2005, le squat de Lelas Karayianni à Athènes fait face à l’attaque d’un groupe de fascistes lors d’une projection organisée pour les 17 ans du lieu. Les fafs sont repoussés et, au cours des bagarres qui suivent à l’extérieur du squat, deux compagnons sont blessés.

Voir une la brève chronologie d’actions anarchistes à Athènes d’avril/mai 2005 dans Vidange n°1, sept. 2005, p.55


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.39]