Marseille :

Expulsion du squat de la Rose


Nous occupons depuis deux ans la bastide Notre-Dame de la Consolation.

Quand nous sommes arrivés, la maison était vide depuis 10 ans et mise dans un état de délabrement avancé. Nous avons travaillé et travaillons encore pour la rendre habitable...

Vendredi 9 décembre, nous découvrons avec stupeur un permis de construire posé dans l’enceinte de la maison.

Dès le lendemain, des ouvriers déposent des sacs à gravats, soi-disant pour un chantier de démolition censé commencer le lundi suivant, comme s’il s’agissait de raser un bâtiment vide...

Le terrain, un des 30.000 biens immobiliers du patrimoine privé de la ville de Marseille laissés vides pour spéculer, a été promis à la vente pour 800.000 euros à l’association “ Entraide Protestante ” qui projette d’y construire 27 “ logements sociaux ” pour “ public en difficulté ”.

Quant au petit détail qu’il y a des gens qui vivent là, tout le monde feint de l’ignorer. Pas vu, pas pris.

Interrogé, Entraide protestante prétend “ ne pas être officiellement au courant ” de notre existence. Bizarre, puisque c’est bien Entraide protestante qui a demandé au cours du conseil municipal du 3 octobre 2005 “ la mise à disposition anticipée après évacuation des squatteurs ”.

Et l’expulsion d’une vingtaine de personnes ? L’association dit que cela ne la concerne pas, laissant ce détail à la charge de la mairie, la pro du délogement. Coté mairie : mépris, silence radio, coups de force. C’est comme si c’était déjà fait, et l’affaire déjà conclue...

La mairie aime bien vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Qu’il s’agisse de la RTM, de la SNCM, du racket des horodateurs, des habitants de la classe populaire chassés du centre-ville ou de ceux qui autour de l’étang de Berre refusent de respirer les ordures que leur envoie Gaudin, la mairie n’en a rien a foutre. Alors des squatteurs...

À quoi, à qui s’intéresse-t-elle alors ???

Au fric et à ceux qui en ont dans une ville où rien ne doit plus être gratuit.

Aux bénéfices de la mafia immobilière avec laquelle elle spécule main dans la main.

À l’urbanisation forcée et la liquidation des espaces qui échappent à son contrôle parce que leurs habitants s’y organisent par eux-mêmes.

Comme d’habitude, ce n’est qu’une fois que la maison est occupée par des gens qui refusent leur système capitaliste que ses propriétaires se souvient de son existence réelle. Et pas seulement sur le papier : ils veulent alors la vendre, la vider.

Comme d’habitude, ils jouent la carte de l’humanitaire en prétendant construire des logements à caractère social, alors qu’ils ne font que gérer la misère engendrée par leur système.

Et comme d’habitude, ils se font un devoir d’expulser — en été comme en hiver — ceux qui se donnent les moyens de s’organiser autrement.

L’autonomie, pas la charité !

[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.19]