Appel à la mobilisation pour le procès

des 6 anarchistes arrêtés à Barcelone en 2003


Ancien membre de l’Anarchist Black Cross de Gand, Bart de Geeter a été arrêté le 28 juin 2004 près de la frontière germano-hollandaise avec Gabriel Pombo da Silva et José Fernandez Delgado, deux évadés des FIES espagnols. Ils venaient de fuir un contrôle de police inoppiné, dérobant pour ce deux véhicules, dont un avec son chauffeur. Il a été condamné à 3 ans et demi de prison le 2 septembre 2005 pour «complicité de délit de fuite». Les deux autres ont pris 13 ans et 14 ans (pour «vol de voiture et prise d’otage», plus «braquage» pour le second). Ils ont fait appel. Bart est actuellement incarcéré à la prison de Düsseldorf, Gabriel à Aachen et José à Bochum.

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Depuis septembre 2003, quatre des six anarchistes de Barcelone inculpés sont en préventive. Les peines demandées par le procureur pour les six ont été connues le mois dernier. Des peines qui vont jusqu’à 117 ans, pour des accusations telles qu’appartenance à une organisation terroriste, possession illégale d’armes et d’explosifs… Encore une fois, des anarchistes comparaissent devant des tribunaux, comme ça a été constamment le cas ces dernières années, et nous n’avons encore une fois rien à en attendre.

Je ne veux pas me taire devant ces faits. Je ne veux pas répéter à nouveau ce qui a déjà été dit et écrit tant de fois. Il est clair que cette Europe est unie pour détruire toute possibilité d’actions subversives, pour garder un œil sur tous les nids où des idées révolutionnaires vivent encore, pour renforcer ce système d’autosuffisance bourgeoise et le préserver d’un avenir qui mettrait son existence en danger.

La question qui se pose est celle de la dynamique que nous pouvons développer en retour. Que pouvons nous faire, en toute sincérité, avec nos moyens et nos idées, pour ne pas leur laisser le terrain complètement libre ? Quelles sont nos priorités face à cette situation, pas seulement par rapport à l’existant, mais aussi par rapport aux camarades enfermés, par rapport à nous-mêmes, de manière à ce que nous puissions nous lever le matin en nous regardant dans les yeux les uns les autres avec confiance, en regardant vers l’avenir.

Le minimum est de se rendre responsable de solidarité révolutionnaire, ne serait-ce que pour montrer aux compagnons qu’ils ne sont pas seuls face à la violence de l’Etat. Nous ne les connaissons peut-être pas, ni leur véritable histoire et expériences. Nous pouvons débattre des questions de stratégie/tactique et, en dernière analyse, de l’affreux mot de «violence», mais cela constitue-t-il un obstacle insurmontable pour exprimer notre solidarité et notre affection pour des anarchistes qui s’opposent à l’omnipotence, aux tribunaux et aux prisons, nos ennemis naturels ?

La solidarité est l’un des fondements de la lutte active et quotidienne de tout anarchiste. C’est cela qui nous arrache à l’isolement, qui nous enrichit et qui relie les luttes. Cette responsabilité est trop souvent laissée aux groupes antirépression, alors qu’elle repose sur chacun d’entre nous. Chacun de nous doit connaître la manière dont l’étau se resserre, car demain ce sera l’un de vous qui sera enfermé, et tu dois savoir ce que tu peux attendre des autres. Plus large et diverse sera la solidarité, plus nous serons fort, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs. Pense, réfléchis, discute et agis. Insuffle de la vie dans la lutte.

Le procès contre les 6 a débuté il y a quelques mois. Après environ trois années, ils comparaissent devant l’Audencia Nacional, la Haute Cour de Justice, à Madrid. Il est maintenant temps de se préparer, de diffuser de l’information, de réfléchir à quoi faire. A ceux qui voient une occasion ou qui ont la possibilité de descendre à Madrid : nouez des contacts… il est certain que vous serez bien reçus par les camarades dans le Sud. A tous les autres, laissez vous inspirer par la créativité et la variété des actions (directes) menées ces dernières années en solidarité avec les prisonniers anarchistes.

Pour conclure, ceci est un appel à tous ceux qui portent encore fièrement et avec générosité la lutte anarchiste dans leur cœur. A tous ceux qui savent qu’ils ne s’agit pas d’attendre l’avenir et que tout changement implique des initiatives. A ceux qui se sentent concernés par la lutte des hommes pour la liberté. Une liberté que cette Europe veut déclarer morte et enterrée sous les serrures et les verrous. Ceci est un appel à un mouvement qui sait faire honneur à ses prisonniers, et qui est conscient que nous ne pouvons au final que compter sur nous-mêmes, et que cela est précisément notre force face à l’Etat.

Qu’une tempête anarchiste balaie leurs forteresses pénales !

Faîtes-leur savoir que leurs poursuites systématiques n’arrêteront pas ce mouvement de révolte !

Solidarité avec tous ceux qui luttent

pour la liberté et la dignité !

Solidarité avec les “ 6 de Barcelone ” !

Solidarité avec Igor, Rafa, Carol, Joaquin, Roger en Theo !

Pour l’Anarchie !

Bart De Geeter, mars 2006, prison de Düsseldorf

Bart de Geeter

AZ 52 KS 22-04

Landgericht Aachen Postfach

52 034 Aachen

Allemagne


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Verdict 6 Barcelone


« Espagne : L’Audiencia Nacional, suite à l’audience tenue ce jour, a infligé des condamnations entre 2 et 7 années de prison aux six membres présumés d’un groupe anarchiste, contre lesquels le procureur avait initialement requis des condamnations allant

jusqu’à 161 années.

Au cours de l’audience d’aujourd’hui, 20 avril 2006, l’accusation et la défense ont trouvé un accord, le procureur a donc abaissé de beaucoup

ses prétentions.

Quatre des inculpés —Igor Quevedo, Carolina Forné, Joaquín Felicísimo Garcés et Rafael Romás— ont accepté la condamnation pour des «délits continus d’incendie à finalité terroriste», ce qui leur a valu 4 ans chacun, et celle de «détention illicite d’armes à finalité terroriste», ce qui leur a rajouté 3 ans. Roger Gras et Teodoro Hernández ont accepté des condamnations de 3 à 2 années

de prison.

De plus, les six inculpés devront indemniser solidairement les personnes touchées par les attentats, dont le montant sera fixé dans le détail du verdict».


[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.33]