Ils l’ont bien cherché : bloquons les chercheurs !


Six semaines de blocage à Jussieu ? Allons, soyons raisonnables : comment affirmer cela lorsque les activités les plus néfastes qui ont lieu sur ce campus ont pu se dérouler presque comme si de rien n’était ? C’est bien évidemment de la recherche que nous voulons parler. Et les doctorant-e-s, bien efficacement aveuglé-e-s quant aux conséquences de leurs activités par les années passées sur les bancs des amphis, n’ont pas non plus daigné s’intéresser à ce qu’il se passait aux fenêtres de leurs labos. Les plus pessimistes iront même plus loin: n’ayant plus de cours à assurer grâce au blocage de leurs étudiant-e-s, les enseignants-chercheurs ont pu consacrer 100% de leur temps à la recherche...

Les chercheurs, main dans la main avec leurs copains et copines industriels, tirent avant de discuter. A l’heure de la “société du risque” (qu’ils ont délibérément construite année après année), ils ne se soucient plus de confiner les expérimentations, qui portent désormais sur la planète tout entière, humains, plantes et animaux inclus. Les laboratoires de recherche ne connaissent plus de frontières. Nous sommes tou-te-s des cobayes, permanents, avant même de naître, après même notre mort. La notion de principe de précaution n’est qu’une vaste blague, alors que dans les faits, les OGM sont cultivés en plein champ presque partout dans le monde et les cosmétiques contenant des nanoparticules sont dans les rayons de tous les supermarchés du globe.

Mise sans cesse devant le fait accompli, la population a capitulé et intègre les discours propagandistes les plus nauséabonds : «tout cela est nécessaire», «on arrête pas le Progrès», etc. Quand les victimes se prennent de sympathie pour leurs tortionnaires...

La Direction Générale de l’Armement (DGA) semble être un partenaire de choix pour de nombreux laboratoires de Paris 6. Chimie physique : matière et rayonnement, Informatique, Instruments et système d’Ile de France... D’autres, comme l’Institut des nanosciences de Paris, le laboratoire Liquides ioniques et interfaces chargées, ou encore le laboratoire de Mécanique physique, collaborent avec les marchands de canons Matra, Thalès ou Dassault. Pour développer la «robotique mobile terrestre et les réseaux du combattant du futur», la «détection de mots en environnement bruité», ou encore «l’analyse des mouvements de foule». Du côté de l’Onera, on fabrique des drones et des missiles pour frapper «plus vite, plus loin et avec précision», alors que Sagem Morpho est le n°1 mondial de la biométrie à empreintes. Fabricants de mort et de contrôle et chercheurs du public unis pour nous maintenir dans un monde en pourrissement.

A côté de ces laboratoires qui produisent directement les nuisances, on trouve ceux dont le rôle est d’en gérer les conséquences : étude des changements climatiques ou de la toxicité des pesticides commercialisés depuis des décennies, recherche pour l’enfouissement des déchets nucléaires ou sur les effets des antibiotiques sur l’appareil digestif... Grotesque tentative de cacher la merde sous le tapis.

Pendant ce temps, médecins et chercheurs en «sciences humaines» s’amusent à nous enfermer dans les prisons de leurs grilles d’analyse, sans jamais nous demander notre avis. Leurs catégories pathologiques ou sociologiques sont bien souvent des moyennes statistiques niant la spécificité des ­individus. Jeunes. Maniaco-dépressif. Travailleurs issus de l’immigration. Trouble Oppositionnel avec Provocation (cf. le rapport Inserm sur les Troubles de conduite chez l’enfant et l’adolescent). Voir sans être vu, fouiller l’intimité des êtres et des choses, voilà comment les chercheurs prennent leur pied.

Il est grand temps de mettre un terme à ce déferlement. C’est pourquoi nous demandons :

— La fermeture des laboratoires du campus de Jussieu et la mise à disposition des locaux libérés pour développer une activité de lutte contre le terrorisme ordinaire et institutionnel de la recherche, ‘en France et dans le monde entier.

— L’arrêt du financement des recherches, dans les domaines des nanotechnologies, du nucléaire, des OGM et autres biotechnologies, des statistiques, des sciences cognitives, de la sociologie de l’acceptation sociale des nuisances, ainsi que de l’ensemble des recherches militaires.

Une fois appliqué ce préambule non-négociable, il sera possible d’aborder plus en détail la suite des actions à mener.

Alors si vous êtes chercheur, il y a une solution : la pré-retraite. Et si vous ne l’êtes pas encore, trouvez autre chose à faire !

[tract distribué à Jussieu (université Paris 6/7), lors de la reprise des cours après le déblocage, mi-avril 2006]


[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.11]