Attaques chiliennes



• 5 juin, mouvement lycéen

(Presse) Les lycéens ont paralysé, lundi 5 juin, les établissements scolaires du Chili, pour la deuxième fois en moins d’une semaine, dans le cadre d’une journée de grève nationale organisée pour obtenir une réforme de l’éducation.

Le matin et une partie de l’après-midi, quelques groupes de lycéens, qui n’ont pas répondu à l’appel de l’Assemblée Coordonnatrice d’Étudiants Secondaires (ACES) de se manifester de façon pacifique à l’intérieur des collèges avec des activités culturelles, ont protesté dans les zones du centre de Santiago, comme par exemple face à la Maison Centrale de l’Université du Chili, où les radicaux ont érigé des barricades avec des pneus enflammés ; des groupes incontrôlés ont saccagé une librairie, une pharmacie et un magasin d’électronique où ils ont volé des téléviseurs et des lecteurs DVD ; des escarmouches ont opposé des manifestants lançant des pierres sur les bus et voitures de police et les forces de l’ordre qui tentaient de les disperser avec des lances à eau et des gaz lacrymogènes dans le centre.

Au total, des dizaines de personnes ont été blessées, dont 24 carabiniers et 5 journalistes, et 264 personnes ont été arrêtées (dont 58 majeurs), selon la mairie de l’agglomération de Santiago.

Les élèves, qui jugent insuffisantes les mesures proposées jusqu’à présent par la présidente chilienne, Michelle Bachelet, dénoncent le fossé social entre les élèves de l’enseignement public et ceux du privé. Ils réclament la gratuité du transport public et de l’examen d’entrée à l’enseignement supérieur. Le syndicat des professeurs (100 000 adhérents) et la fédération des étudiants universitaires ainsi que des organisations sociales comme le syndicat des travailleurs portuaires et celui des fonctionnaires du ministère de l’éducation, se sont joints au mouvement qui secoue le pays depuis un mois. Lundi, des marches ont aussi été organisées à Valparaiso, Iquique, San Antonio et Puerto Montt.

Voilà une semaine, les lycéens avaient déjà mobilisé un million de grévistes et des manifestations s’étaient soldées par 800 interpellations et des dizaines de blessés, notamment des journalistes. La violente répression des carabiniers avait suscité une polémique, conduisant au renvoi du chef des forces spéciales. Michelle Bachelet avait promis alors, sans convaincre les étudiants, un aménagement plus favorable du tarif des transports et des bourses pour les plus démunis.

• 1er juin, Santiago

(Presse) Le Grupo de Operaciones Policiales Especiales (GOPE) des carabiniers et le parquet du Centro Norte enquêtent sur l’attentat qui a touché le distributeur automatique d’une agence de la Banco Estado, en plein centre de la capitale. Selon la police, un groupe d’inconnus a lancé un engin incendiaire qui a causé des dégâts aux fenêtres, au toit et à l’étage du bureau situé 1570 rue Huérfanos, à côté du Servicio de Registro Civil e Identificación. Des tracts ont été trouvés sur place.

• 1er juin, Santiago

(Presse) Une bombe a explosé ce matin dans une annexe du Ministère de l’Education, au coin des rues Fanor Velasco y Tucapel Jiménez, dans le centre de Santiago. L’attentat a été revendiqué dans un tract trouvé sur le lieu de la déflagration, par le mouvement “Revuelta Antonio Román Román”. Dans le texte de ce groupe, on peut lire «ni éducation privée, ni étatique, ce qu’ils appellent éducation n’est que du dressage». L’explosion a causé des dégâts aux vitres du secteur et aux bureaux mêmes du ministère.

• 31 mai, mouvement lycéen

(Communiqué) Le mouvement des lycéens qui dure depuis plus d’un mois connaît une journée chaude : « Quelques jours plus tard, hier, le centre de Santiago a de nouveau été pris et est devenu le lieu d’affrontements violents entre jeunes et forces de police (carabiniers). Il était midi passé, quand plus de 3000 étudiants qui s’étaient organisés spontanément en vue de faire pression sur le gouvernement se sont retrouvés sur la Plaza Italia. En effet, des négociations devaient avoir lieu entre les leaders du mouvement dans le secondaire et le ministre de l’éducation, Martin Zilic en personne. Après deux heures d’affrontements aux alentours de la Plaza Italia et sur la Plaza Balmaceda, les manifestants se sont dirigés vers la faculté de droit située dans la Calle Pio Nono. Ils ont ensuite traversé le Parque Forestal jusqu’au centre névralgique de la capitale, parvenant jusqu’à l’angle du Paseo Ahumada et de la rue Alameda. Des centaines de jeunes ont pris possession du centre ville durant plus de six heures, tandis que des hélicoptères survolaient et surveillaient la zone et que des véhicules de police allaient et venaient, mais sans parvenir à contenir les manifestants.

Ensuite, la manifestation s’est déplacée dans la Alameda entre Santa Rosa et la Calle Dieciocho (soit plus de 10 pâtés de maisons). Là, les gendarmes ont changé de tactique et vers la fin, ont envoyé les unités d’intervention mobile. Mais ceux-ci ont également été repoussés par les manifestants furieux et ont été contraints de reculer plusieurs fois. La manif étudiante n’a donc été dissoute qu’à 21 heures passées, mis à part quelques foyers isolés de résistance en différents points de la Alameda. Bilan : quatre policiers blessés et plus de cent personnes arrêtées (le chiffre n’ayant pas été confirmé).

A la Serena, Talca, Temuco et dans d’autres villes, des manifestations très nombreuses ont eu lieu, mais le ton est resté plutôt pacifique. A Concepción, il en est allé différemment, la Intendencia Regional a été bombardée d’œufs et devant l’université, on a dénombré de violents heurts avec la police (molotovs compris), ce qui a donné lieu à 21 arrestations.

A la table des négociations, rien de nouveau pour l’instant, si ce n’est que le gouvernement a choisi pour «discuter» un lieu le plus éloigné possible du centre ville de la capitale, c’est à dire un quartier bourgeois paisible pour “s’éloigner de la meute des inadaptés violents”».

• 18 mai, Santiago

(Presse) Les carabiniers et le GOPE (leur groupe d’opérations spéciales) enquêtent pour mettre la main sur les responsables de l’attentat à l’explosif qui, la nuit dernière, a touché le siège de la gendarmerie situé dans le centre de Santiago. L’explosion a eu lieu à 23 heures 20, endommageant les vitres du premier étage de l’édifice, situé à Rosas, au coin de Teatinos. Certaines vitres des bâtiments avoisinants ont également été soufflées.

• 1er mai, Santiago

Tandis que le gros du cortège fêtait ce jour en demandant plus de droits et un travail digne, sous l’égide de la CUT (Central Unitaria de Trabajadores), un groupe de radicaux (anarchistes, groupes autonomes et quelques partis révolutionnaires) s’en est pris à plusieurs objectifs : la gigantesque librairie Lápiz López et une agence de la Banco Santander Santiago sont complètement détruites, un Burger King a de sérieux dégâts, un Mc Donalds est caillassé et le Ministère de l’Education est bombardé de peinture. Au cours des affrontements qui ont suivi, 74 manifestants ont été arrêtés et frappés, tandis que deux keufs au moins sont blessés.

• 28 avril, Concepción

A Concepción, sur la place Peru, avait lieu un rassemblement en faveur de la cause Mapuche, lorsqu’un commandant de gendarmerie s’est approché seul sans attendre le reste des forces spéciales pour affronter les manifestants, son arme de service en l’air. Une vingtaine de personnes cagoulées ont répondu en lui lançant des cocktails molotov. Il n’a dû son salut qu’à l’arrivée des renforts qui sont parvenus à dissoudre le rassemblement. Une unité spéciale est ensuite restée sur la place pour empêcher qu’elle ne soit reprise.

Ce même jour, plusieurs manifestations avaient été organisées en soutien aux quatre dirigeants Mapuche encore emprisonnés et en grève de la faim à la prison d’Angol depuis le 13 mars dernier. Juan Marileo, Juan Carlos Huenulao, Florencio Marileo et Patricia Troncoso, accusés d’avoir incendié quelques 100 hectares de pins appartenant à l’entreprise forestière Forestal de Mininco, avaient été condamnés en 2005 à 10 ans de prison sur base de la législation anti-terroriste. Ils et elle réclament aujourd’hui une révision de leur procès.

On peut trouver des infos sur les luttes au Chili ici : http://www.hommodolars.cl


[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, pp.42-43]