J’ai beaucoup appris de mes erreurs,

et je suis sûr de pouvoir les répéter à la perfection



L’instauration du CPE obéit à la logique d’un système dont l’aboutissement est à court terme la remise en cause de nos existences fantômes, tant il est vrai que nous avons déjà dépassé le stade de la survie. Deux buts essentiels sont visés.

Le premier est de continuer à faire diminuer le coût du travail tout en étendant à l’infini la disponibilité des salariés afin de maintenir les profits, voire de les améliorer, dans la jungle du commerce mondial, dans la lutte sauvage que se livrent les prédateurs du capital.

Le second est de mettre en danger permanent la vie de chacun. Lorsque les individus n’auront plus en tête que leur propre survie; que pouvoir manger, se loger, se soigner ne seront plus garantis pour le plus grand nombre ; que l’entreprise d’anéantissement culturel, déjà largement engagée, aura réduit les capacités critiques au point que la plupart des gens se sentiront jetés dans une arène où ils ne verront plus en l’autre qu’un ennemi; que la peur distillée par des Etats de plus en plus totalitaires aura paralysé les désirs de liberté et de vie, alors seulement ceux qui ont vampirisé le monde pourront se déclarer satisfaits.

Les étudiants et les lycéens sont en train de se mobiliser contre le CPE parce qu’ils savent bien que ce que le Ministère de la Vérité leur présente comme une avancée signifie l’installation dans l’univers de l’innommable. Et nombreux sont ceux, étudiants, lycéens ou salariés, parce qu’ils ont déjà beaucoup perdu, à être bien conscients que la “journée d’action” du 7 mars 2006 est loin d’être suffisante ; à sentir qu’au contraire, pour les syndicats de tout poil et partis de “ gôche ”, elle est une fin (dans les deux sens du terme), parce que leur seul objectif dans l’affaire est d’investir dans un mécontentement qu’ils espèrent capitaliser, faire fructifier jusqu’en 2007, date des élections, sans prendre le risque d’une grève générale qui pourrait effrayer les petits porteurs du misérable espoir électoral. C’est pourquoi les syndicats, toujours dans l’attente d’une élection (professionnelle, législative, présidentielle, etc., bref, tout ce que la pseudo-démocratie a pu inventer comme leurres), toujours dans l’angoisse de voir diminuer les effectifs de leurs PME, toujours prêts à se rendre indispensables aux yeux des gestionnaires publics comme privés, prennent bien garde de ne pas favoriser le développement de mouvements qui leur échapperaient.

Et on comprend mieux ainsi que les syndicats n’appellent pas aux A.G. à la fin de ces journées d’action, ou alors très mollement, pour sauver la face.

Passons outre ! Approprions-nous les A.G !

La journée du 7 mars est une journée décisive, non pas tant parce qu’elle va effrayer à elle seule le gouvernement, mais parce qu’elle marquera la fin ou le début de quelque chose :

– la fin, si tout le monde rentre chez soi, satisfait du devoir accompli, et se rend le lendemain à son travail, dans sa fac ou son lycée, comme d’habitude ;

– le début, si des A.G. surgissent, le soir même ou le lendemain, pour lancer une grève générale illimitée avec la détermination de résister à l’agression de plus en plus violente que dirigent contre nous ceux qui se sont arrogé le “ droit ” de dévaster nos existences.

L’esprit révolutionnaire nous libérera du sale air de la peur.

Négatif (bulletin irrégulier)


[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.7]