Fronde anti-CPE & révolte sociale


« J’ai 35 ans, je suis en CDI, je bosse 35 heures par semaine. J’aime pas mon patron. J’aime pas le travail. C’est bien de lutter contre le CPE. Mais faut pas s’arrêter là. »

Intervention AG fac de Villetaneuse

Hey, frangin, regarde ce qui se passe... Dans la capitale et la banlieue, ça s’affronte maintenant chaque jour face à la flicaille. Depuis des semaines, un mouvement contre une énième carotte de l’Etat, le CPE, s’est installé, et n’est pas prêt de s’arrêter.

C’est quoi l’embrouille ? Les attaques ne cessent pas, contre les retraites en 2003, la loi Fillon, les lois Sarkosy, le couvre-feux... On voit qu’aujourd’hui l’exploitation tend à se faire sans les fameuses «protections sociales» héritées de l’après-guerre (avec comme prochaine perspective de faire sauter le SMIC). C’est avec les conditions d’un sans-papier qu’il est ren­table pour le capital d’exploiter la force de travail. Toujours fermer sa gueule, avec la peur au ventre, taffer pour que dalle et toujours plus. CNE et CPE ne sont que les premières esquisses du contrat unique, que les syndicats sont déjà prêts à négocier.

Du coup, il faut réussir à contrôler toujours plus, et d’abord les populations les plus pauvres. Alors traîne pas dans les halls, va en taule si tu payes pas ton ticket de train, si tu vends du bedo pour payer ton loyer, ou fais toi sucrer tes alloc’ à la moindre occase... et surtout flippons, flippons du “ terrorisme ”, du H5NI, du casseur, du chômage, de la rue... Pourtant, face à ce monde où nos vies ne valent que la valeur de la plus-value (donc pour résumer pas grand chose d’autre que de la chair à travail), la colère gronde, explose, avec les lycéens l’année dernière, en novembre 2005, place de la Sorbonne, ou place de la Nation ces derniers jours, etc.

On est là. Et on en est là. On est pas en train de jouer notre place à la fac, ou sur le marché du travail, en ce moment. C’est pas un oasis. que chacun essayerait de s’aménager, qui est à gagner. Non c’est plus que cela et ça n’a rien à voir avec tout ça.

L’Etat aujourd’hui n’a plus rien à lâcher. Pour le malheur de toute la gauche, qui de toute façon nous a suffisamment carotté. L’Etat n’a plus rien à lâcher, parce que les conditions nécessaires au capital pour se reproduire et continuer formellement à accumuler du profit ne le permettent pas. La seule réponse est alors le raidissement et l’in­flexibilité.

On s’en fout ! On n’ira pas quémander quoi que ce soit, les tensions se font de plus en plus claires, sans médiations, telles quelles. On a bien compris, sans faire de théorie, par nos conditions matérielles d’existences qu’il n’y aura pas d’amélioration possible.

Et alors ? On va pas pleurer. Si l’Etat, nos conditions de vie, sont de plus en plus durs, nos réactions le seront aussi. II n’y aura plus de mouvements sociaux sans affrontements. Et ces affronte­ments devront taper toujours plus fort, toujours plus haut. C’est pas du travail que l’on réclame quand on se révolte, c’est d’arracher, de récupérer nos vies. Les antagonismes de classe de ce monde, on ne veut pas les régler, les rendre «acceptables», mais s’en servir pour les faire définitivement exploser.

le 21/03/2006


[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.8]