Les luttes contre l’Etat et contre le Capital ne peuvent être ni réprimées ni manipulées.

Elles ne font pas de compromis et ne présentent aucune excuse.

(Communiqué d’un collectif anarchiste d’Athènes à propos du rôle du FSE, du Forum Anarchiste Anti-autoritaire Libertaire et de la manifestation anarchiste dans la matinée du 6 mai, des émeutes lors de la manif contre la guerre l’après-midi même, et de l’approbation de la répression de l’Etat par le FSE. Sur les 17 personnes arrêtées, 8 sont inculpées pour divers délits et 4 sont actuellement en prison. Des actions de solidarité sont prévues dans les jours qui viennent à Athènes…)

Au cours des dernières années, les sommets internationaux des patrons politiques et financiers mondiaux ont entraîné des épisodes de résistance qui ont mis sous les projecteurs de l’actualité, de manière explosive, une diversité de luttes éclatant à travers le monde contre l’Etat et le capital (depuis les communautés indigènes jusqu’aux ghettos des métropoles capitalistes).

Les rassemblements de milliers de gens dans les rues de Seattle, de Prague, de Gênes, de Thessalonique et d’ailleurs ont donné un nouveau souffle à ces luttes. Ils ont opposé à la mondialisation de la domination, la mondialisation de la résistance de ceux d’en bas : la lutte pour un monde sans exploitation et sans oppression, sans frontières ni prisons.

L’image de ces révoltés originaires de pays différents se retrouvant derrière des barricades en flammes, transformant ces villes en champ de bataille entre la société et ses tyrans, a privé les dominants de l’alibi selon lequel leurs projets criminels sont acceptés par la société, et a sapé l’illusion qu’ils sont tout-puissants.

Face à cette vague croissante de résistance, l’Etat a eu recours au fondement même de son existence, la violence institutionnelle et physique, et a en même temps encouragé l’émergence de personnalités de premier plan, comme des intellectuels de gauche, des politiciens et des syndicalistes bureaucrates, pour qu’ils soient reconnus comme les représentants de ceux qui luttent. Dès le début, le but était de neutraliser la résistance sociale en l’assimilant dans les limites du système, pendant que la répression étatique –avec l’aval des réformistes– ciblerait en même temps ceux qui sabotent cette perspective. Dans ce contexte, n’importe quelle forme de résistance restant incontrôlée par tous ces mécanismes de manipulation est étiquetée comme activité “criminelle” ou “terroriste”.

Le Forum Social Mondial (FSM), tout comme le forum européen (FSE), sont le résultat de ces deux facteurs qui coïncident : le premier correspond à la tentative de l’Etat d’éliminer la lutte de l’intérieur, le second est une tentative des partis politiques sociaux-démocrates ou de gauche, des syndicats et des organisations, de se racheter une nouvelle position privilégiée à l’intérieur du système, en prétendant représenter la voix du mouvement anti-mondialisation, et en utilisant sa force pour promouvoir leur carrière politique. Le FSM et le FSE sont des structures crées d’en haut afin de contrôler et de manipuler les mouvements de résistance qui se développent en bas.

Les anarchistes et les anti-autoritaires, en agissant soit lors de manifestations internationales avec des milliers d’insoumis ou localement, sur les différents fronts de la lutte de classe et des conflits sociaux, ont toujours combattu pour l’autogestion de la lutte et pour le rejet total de l’Etat et des institutions capitalistes. Ils se sont donc dès le départ opposés aux intentions de l’Internationale Réformiste, qui étaient de remplacer la résistance dans la rue par des institutions hiérarchiques alternatives visant à poser des limites à la lutte. En demandant soit la restauration des vieux modèles autoritaires, soit l’amélioration des structures existantes, elles ne cherchent qu’à miner les perspectives de libération sociale.

La rivalité entre les perspectives de révolte et les perspectives d’assimilation au système est présente à chaque moment de l’antagonisme social. C’est cette même rivalité qui s’est exprimée lors du quatrième Forum Social Européen à Athènes, organisé du 4 au 7 mai par les syndicats bureaucratiques locaux, par les groupes réformistes, les ONG et le parti politique de gauche Synaspimos à leur tête, ainsi qu’avec des groupes semblables d’Europe. Leur but est de convaincre les gens qui, écrasés par le monde des patrons, et cherchant des manières de résister, sont attirés par des rassemblements inspirés d’événements tels que Seattle ou Gênes, en pensant que le monde peut véritablement changer par le biais des vieilles ou des nouvelles institutions du régime.

Parallèlement à d’autres rencontres et en opposition aux intentions du FSE, les collectifs anti-autoritaires ont organisé le même jour à l’Ecole Polytechnique le Forum Anti-autoritaire, Anarchiste et Libertaire, créant ainsi un espace pour que les gens puissent exprimer la diversité de leurs expériences, points de vue, perspectives dans le combat Anti-autoritaire, avec des discussions ouvertes sur des questions telles que la biotechnologie, la globalisation capitaliste, la croisade anti-terroriste, la crise institutionnelle de la démocratie, le travail, la prison, la drogue, la contre-information, etc.

L’apogée de cette rencontre a été la manifestation anarchiste qui s’est déroulée dans la matinée du 6 mai, lors de laquelle plus de mille compagnons ont défié les nombreuses forces de police et ont marché avec pour slogan principal : AUCUN MONDE N’EST POSSIBLE TANT QU’EXISTERONT L’ETAT ET LE CAPITALISME.

Ces initiatives ont dérangé l’Etat qui avait lancé ces derniers temps par l’intermédiaire des médias une intense campagne de désinformation afin de criminaliser les anarchistes. Le propos principal de cette campagne était le mythe selon lequel la lutte anarchiste menacerait la société plutôt que l’Etat, qui se présente comme le gardien de la sécurité de l’ordre social. Le but de l’Etat est de couper l’influence que la théorie et la pratique anarchiste a sur les luttes sociales et de s’attirer le consentement de la société lorsqu’il réprime.

Les organisateurs du FSE ont également été dérangés par ces activités, car leur but est de s’assurer de l’hégémonie politique à l’intérieur de la résistance –qui doit rester dans les limites de ses revendications réformistes–, ainsi que l’hégémonie de leur méthodes d’action dans les rues à ce moment précis.

L’hégémonie de la mentalité social-démocrate a été contrée par les émeutes qu’ont amorcé (spontanément et, dans une large mesure, de manière désorganisée) les anarchistes et la jeunesse rebelle, lors de la manifestation anti-guerre organisée par le FSE dans l’après-midi du 6 mai. Les attaques contre les cibles de l’Etat et du capital et les affrontements avec la police ont montré à l’Etat qu’aucune structure manipulatrice ne peut se développer sans rencontrer d’obstacles, et a terni l’implication politique du FSE lors de cette manif qui se devait d’être une contribution spectaculaire à la pacification sociale. Ce que ces événements ont mis en évidence, c’est la collaboration entre la manipulation et la répression de l’Etat.

Des groupes du FSE ont infligé des violences gratuites à des manifestants qui n’étaient pas dans leurs cortèges et dont la seule faute était de ne pas se conformer aux plans du comité d’organisation du FSE pour une manifestation pacifique. Il est important de souligner que les anarchistes et d’autres manifestants ont attaqué des cibles bien spécifiques, comme la police anti-émeute et leurs véhicules, des banques, les ambassades américaine, britannique, italienne et française, le siège de la police, le tribunal, les bureaux de l’UE, le Parlement grec et des ministères. Ils n’ont aucunement attaqué les gens qui participaient à la manifestation du FSE ou même les services d’ordre, comme l’affirment les représentants du FSE en mentant de façon éhontée. Au contraire, c’est le service d’ordre du FSE qui a frappé et tenté de frapper ceux qui participaient aux émeutes. Ils ont eu l’incroyable culot de les traiter de fascistes, en même temps qu’ils les jetaient à terre ou les repoussaient en direction de la police. Et bien sûr, les manifestants se sont défendus de cette violence gratuite.

Lorsque la manif s’est terminée, les calomnies contre les émeutiers et les tentatives de retirer le contenu politique de l’événement ont commencé. L’exemple le plus emblématique est celui de D. Stratoulis, représentant du FSE et membre important du parti Synaspismos, qui est passé à la télévision en compagnie de fonctionnaires de police. Là, il a qualifié cette contre-violence sociale de violence glaciale et aveugle, il a expliqué aux téléspectateurs la différence entre les vrais et les faux anarchistes, il a accusé le ministère de l’ordre public d’avoir gâché l’événement, et a reproché à la police de n’avoir pas contenu efficacement les fauteurs de trouble.

Le fait que le FSE ait mis sa voix au diapason de celle de la police et des médias (les dépassant même parfois), a offert à l’Etat l’approbation politique nécessaire pour engager la répression. Cette approbation s’est immédiatement reflétée dans les chefs d’inculpation très durs pesant contre les 17 personnes arrêtées, dans la poursuite de 8 d’entre eux et l’incarcération de 4. Il s’agit d’une punition exemplaire et d’un moyen d’intimidation contre tous ceux qui luttent en dehors des limites définies par le régime.

Les représentants du FSE –comme le président du Synaspismos, qui a déclaré que l’éternelle marche pacifique du FSE place la manif d’Athènes à côté de celles de Seattle, de Gênes et de Florence dans l’histoire du mouvement contre la mondialisation capitaliste– savent très bien que ce qui s’est véritablement passé à Seattle et à Gênes était l’éternelle confrontation avec la police, le gaz lacrymogène, les barricades, et pas seulement des fêtes pacifistes dirigées par des parlementaires. Aujourd’hui, comme hier à Gênes, il crient d’un côté que tous les radicaux sont des provocateurs, et de l’autre ils exploitent et s’approprient les incidents survenus pendant la révolte –jusqu’à la mémoire de Carlo Giuliani, qu’ils appelleraient provocateur s’il était encore vivant. Ils savent pourtant bien que leur idée de manifestations grises n’inspire personne, pas même leurs partisans. Le FSE a, dans une déclaration officielle, accusé des groupes d’avoir utilisé les manifestants comme bouclier pour se protéger de la Police, alors qu’en réalité c’est eux-mêmes qui essaient d’utiliser tous les manifestants afin de pouvoir négocier une meilleure place dans la balance du pouvoir, dans le système politique. Ils ont accusé ceux qui se sont attaqués à des cibles de l’Etat ou du capital de despotisme politique extrême, alors qu’ils sont même allés jusqu’à se battre physiquement entre eux pour diriger le FSE, qu’ils ont approuvé le despotisme de l’Etat et demandé les punitions les plus sévères contre les arrêtés. Les représentants du FSE ont également commencé par calomnier ceux qui résistent, avant de venir les défendre en temps que victimes de la répression afin de disposer d’une nouvel alibi politique.

Contre la continuation de la répression de l’Etat grâce à l’approbation politique des réformistes sociaux-démocrates du FSE, nous opposons la résistance collective sur chaque front de la guerre de classe et de la guerre sociale, nous luttons pour transformer le rêve de révolte en cauchemar pour l’Etat, pour les patrons et leurs laquais.

SOLIDARITé AVEC LES MANIFESTANTS PERSECUTéS SUITE AUX éVéNEMENTS DU 6 MAI

LIBERTé POUR LES QUATRE PRISONNIERS

LA LUTTE CONTRE LA DOMINATION SERA AUTOGERéE, ANTI-AUTORITAIRE ET ANTI-INSTITUTIONNELLE

OU NE SERA PAS !


Assemblée ouverte des anarchistes et des anti-autoritaires

10 mai 2006


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(...) Il y a eu donc une première action qui est partie du milieu de la préparation de la manif du FSE. Début des hostilités devant la city-bank complètement détruite à coups de pioche et de cocktails, puis tout s’est enchaîné très vite : deux banques, un concessionnaire de voiture, d’autres bâtiments. Quelques manifestants du FSE qui scandent “ fascistes ”, alors une action anti-caméra et appareil photo s’engage, quelques appareils sont détruits.

L’action finit devant le commissariat de police où un car de flic brûle ainsi qu’une voiture de flic. Il y avait un flic à proximité qui pris de panique tire quelques coups de feu en l’air, mais il en faut un peu plus pour arrêter les grecs.

Quelques gaz lancés avec une sorte de bazooka (comme en france). Mouvement de panique. Devant une bouche de métro, certains s’y engagent, des grecs crient “ no no ”. Remontée de quelques personnes de la bouche de métro, charge d’un flic (type CRS) : le flic est derrière deux anars grecs qui sortent une barre de fer et le font reculer. Une grenade explose juste à l’entrée de la bouche et donc tout le monde descend dans le métro pour s’y réfugier. D’autres continuent sur le parcours du FSE. Ambassades attaquées : USA, France, Allemagne [Italie]. Bâtiments d’institutions grecques (Parlement, Palais de Justice..). Un flic brûle devant le Parlement. Puis les manifestants s’engagent dans une rue bourgeoise. Le MacDo situé à l’entrée de la rue voit ses vitrines tomber, puis les manifestant-e-s s’engagent dans la rue commerçante, les vitrines des magasins éclatent sous le poids des jets de pierres et des pioches, quelques cocktails sont encore lancés. C’est la fin de l’action.

Le bilan annoncé dans un premier temps est énorme : on parle d’une soixantaine d’arrestations, en réalité 17 personnes sont retenues par la police. 11 ont des chefs d’inculpation allant jusqu’à “ tentative de meurtre sur un représentant de l’ordre ”. 6 sont gardés par la police, les flics n’ont pas de motif pour les garder mais ils ne les relâchent pas. Parmi ces personnes, il y a un ukrainien qui est sans papier et qui n’a pas fait son service en Ukraine, donc si un mandat d’arrêt est lancé contre lui dans son pays il pourra demander l’asile politique. Un mineur de 17 ans s’est fait interpeller un cocktail à la main. Et une personne aussi, qui s’était déjà fait arrêter dans les années 90 et qui avait attendu plus de 18 mois avant son procès (ce qui est illégal) et qui avait protesté en faisant la grève de la faim avant d’être relâchée.

Un rassemblement devant le bâtiment ou ils étaient arrêtés a été organisé, une centaine de personne étaient présentes.

Depuis les Jeux olympiques une nouvelle lois anti-terroriste a été votée et les compagnons craignent les sanctions qui vont être appliquées, car c’est la première fois que le gouvernement parle de tentative de meurtre sur un représentant des forces de l’ordre.

Extrait de Témoignage des manifs en Grèce du samedi 6 mai, publié le 10 mai 2006 sur www.ainfos.ca/fr

[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, pp.37-38]