Le 29 mars 2006, Giuliano Marchetti et Doriano Marcucci sont arrêtés chez eux la nuit, accusés de la tentative d’incendie du local de Forza Italia survenue quelques heures auparavant à Pietrasanta (Toscane). Incarcérés, ils sont transférés le 13 mai dans les prisons de Prato et Florence.
Le 4 mai 2006, sous l’égide de la procureur du parquet de Florence Angela Pietroiusti, des dizaines de perquisitions sont effectuées dans toute l’Italie, entre la Toscane, le Lazio, la Lombardie et les Pouilles. L’enquête part du sabotage contre le pylône 128 de la ligne La Spezia-Acciaiolo de l’entreprise Terna le 23 septembre 2005 à San Giuliano Terme (PI), et l’attaque contre une agence Adecco à Pise le 4 août 2005. 11 compagnons, principalement autour du journal Terra Selvaggia et du local de Pise, sont arrêtés, cinq incarcérés, cinq mis en résidence surveillée (Erika, Chiara, Daniele, Mariangela et Alice) et un a l’interdiction de quitter sa ville. Le tout est comme d’habitude basé uniquement sur des écoutes et des constructions ad hoc, et les accusations vont de «fabrication, détention et port d’explosifs» à «attentat à la sécurité contre une structure d’utilité publique», le tout formant une «association subversive» (art. 270bis).
Le 31 mai, les cinq compagnons incarcérés seront tous transférés.
Le même jour, 4 mai, trois compagnons du Lazio sont arrêtés à Rome, Viterbo et Bologne sur requête du procureur Salvatore Vitello, accusés d’un vol de voiture effectué le 19 mars 2006. La magistrature relie ce fait à l’enquête toscane. Matteo Furcolo («Pandino») sera placé dès le lendemain en résidence surveillée sans restrictions, tandis que Sergio Maria Stefani et Gabriele Onofri seront incarcérés. Le 24 mai, ils obtiendront d’être placés en résidence surveillée.


Vivants, contre un monde de fantasmes

sur les incarcérations de Pietrasanta et Pise


Début mai, onze anarchistes ont été incarcérés entre Pise et La Spezia pour «association subversive à finalité de terrorisme et de subversion de l’ordre démocratique» (l’immanquable article 270bis). Une partie est accusée de certains sabotages contre les pylônes et les relais de téléphonie mobile. Au cours de l’opération policière, des dizaines d’habitations de compagnons ont été perquisitionnées dans toute l’Italie. Cinq anarchistes sont en prison, cinq autres en résidence surveillée et un dernier a interdiction de quitter la ville.

Quelques semaines auparavant, deux autres anarchistes avaient été incarcérés à Pietrasanta, accusés d’avoir tenté d’incendier un local de Forza Italia.

Ce sont tous des compagnons connus pour leur participation passionnée et constante aux luttes, en particulier contre les nuisances environnementales et le monde qui les produit. De la critique pratique de l’exploitation animale à l’opposition aux biotechnologies, ils ont toujours été au premier rang pour s’opposer activement aux délires de domination absolue sur les vivants et sur la nature par une organisation sociale qui court à la catastrophe écologique. Plusieurs d’entre eux ont animé des batailles locales contre les incinérateurs et les usines hautement polluantes, d’autres étaient ou sont encore rédacteurs de Terra Selvaggia, un journal de critique de la société industrielle.

Nous avons expérimenté et apprécié leur ténacité, simplicité et solidarité à de nombreuses occasions. Nous les avons eu à nos côtés lors de nos initiatives à Rovereto et Trento, nous avons partagé avec certains d’entre eux les splendides journées de résistance en Val Susa contre le TAV (dans la discussion, le repas ou l’érection de barricades). Nous voulons leur exprimer tout notre respect et notre amour, à présent qu’ils sont otages aux mains de l’ennemi, de la manière que nous sentons le plus : en continuant la lutte sans compromis contre les nuisances environnementales et sociales.

Nous savons comment les magistrats et les forces de l’ordre transforment les rapports d’amitié, d’affinité et de lutte en «association subversive» ; comment à leurs yeux déformants un journal devient un centre de commandement, une assemblée publique devient une rencontre secrète et subversive : toujours le même monde de fantasmes qui se traduit malheureusement en mandats d’arrêt, menottes, barreaux et procès.

Nous ne savons pas si les compagnons sont plus ou moins responsables des actions dont ils sont accusés, et cela ne nous intéresse pas.

Les alibis ne nous plaisent pas. Si quelqu’un pense que saboter une structure de pollution et de mort est inutile et erroné, à lui de chercher d’autres formes d’action pour empêcher le désastre écologique et social vers lequel nous sommes en train de marcher : la passivité et l’indifférence ne sont pas une alternative, ce sont les bases mêmes du désastre. (Qui sait si, en commençant à lutter, le regard sur certaines pratiques ne changera pas à son tour ?).

Comme le dit un proverbe connu, s’ils ne veulent pas risquer quelque chose en nombre, il y aura toujours quelqu’un qui sera contraint de tout risquer. Que chacun apporte sa contribution. Pour parvenir à des mèches vraiment explosives, il y a en fait besoin de tous les éléments de la lutte (et de la vie) : du tract à la manifestation, du tag sur le mur au blocage de routes, de la musique à la barricade, du jardin en montagne à l’occupation de lieux en ville, de l’assemblée à l’action directe...

Un principe est valable pour tous : d’abord on libère les compagnons, ensuite on discute des manières, du temps et des formes de la lutte révolutionnaire qui désormais ne fait qu’une avec la défense de l’humanité et de la Terre. En même temps, plus forte sera cette lutte, et plus tôt les compagnons seront libérés.

anarchistes de Rovereto et de Trento

30 mai 2006

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• Pour écrire aux compagnons de Pietrasanta

Giuliano Marchetti — c/o Carcere di Sollicciano — via Menervini 2/r — Scandicci, 50019 (FI)

Doriano Marcucci — c/o Casa circondariale — via La Montagnola 76 — 59100, Prato

• Pour écrire aux compagnons de Pise

Federico Bonamici — via Nuova 179 — Poggio Reale — 800 143, Napoli

Giuseppe Bonamici — nuova Casa S. Michele — stada statale 50 — 15040, Alessandria

Costantino Ragusa — Casa Circondariale — via Prati Nuovi 7 — 27058 Voghera (PV)

Silvia Guerini — carcere «la dozza» — via del gomito 2 — 40127 Bologna

Benedetta Galante — contrada capodimonte — 82100 Benevento (NA)



[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.41]