Faudrait se contenter de compter les morts...

Alors qu’on fête en grande pompe les anniversaires d’Hiroshima et de Tchernobyl, le nucléaire poursuit sa fuite en avant. Des milliers de personnes continuent de mourir chaque année des suites de cette dernière catastrophe, qui a contaminé plusieurs millions d’individus en Europe. Pourtant, les instances internationales et les Etats, à travers les programmes Core et Ethos, conditionnent les populations à survivre en milieu contaminé. Surtout, le mensonge sur les conséquences de Tchernobyl vise à faire accepter aux populations les catastrophes indus­trielles comme inéluctables et indissociables de la société moderne : un mal nécessaire et maîtrisable, le prix à payer pour le progrès.

Même si une relance de l’exploitation de l’électronucléaire semble folle et meurtrière, c’est cette réalité que nous devons affronter. Au mépris des problèmes insolubles -question des déchets, morbidité, démantèlement des centrales...-, les mercenaires et les petits actionnaires du nucléaire profitent de la flambée des prix de l’énergie pour se remettre en selle. Le nucléaire civil se développe à l’échelle mondiale : les programmes internationaux de nouveaux réacteurs civils de génération 4, la gestion globale des déchets et des populations irradiées... Quant aux militaires, ils développent de nouvelles armes miniaturisées destinées à être directe­ment utilisées dans ce qu’il est aujourd’hui communément appelé «guerre préventive».

Qu’elle fournisse de l’électricité ou des armes, la démonstration est faite aujourd’hui que cette industrie nécessite et contribue à fabriquer une société militarisée. Par sa dangerosité et la concentration de ses infra­structures, par les dispositifs de gestion des foules, par la culture de sûreté qu’elle crée, vend et généralise, par les modes de vie et de dépen­dance qu’elle induit, la nucléarisation du monde, loin d’être réduite à un simple choix énergétique, est un projet de contrôle technologique global de la planète.

En restant sur le terrain des choix énergétiques, les écologistes sont amenés à se poser en cogestionnaires de nos vies irradiées, toujours assis à la place que l’Etat a bien voulu leur concéder. D’où les maquignonnages et les jeux de lobby : sortir du nucléaire en 10 ans, 12 ans et demie, 18 ans et 3 mois ou 30 ans, le temps d’épargner pour acheter son cercueil (plomb au béton ?). Le dernier avatar de cette organisation de l’impuissance s’est regroupé dans un «Réseau sortir du nucléaire». La seule fonction de ce réseau est d’être la coquille vide d’une pseudo-contestation disponible pour tous les opportunismes politiques. Ainsi, les Verts, membres du Réseau, ont permis que l’installation de l’EPR à Flamanville reçoive une «caution démocratique» lors d’un vote au conseil régional afin de ménager leurs alliances politiciennes.

L’idée de l’arrêt immédiat ne relève ni de la surenchère, ni du mot d’ordre fédérateur. C’est la seule position conséquente. Elle implique la rupture avec le capitalisme et ses Etats. Il s’agit d’une perspective autonome dif­ficile et incertaine. Nous souhaitons y contribuer parmi d’autres à travers nos analyses et nos actions concrètes, aussi modestes soient-elles.

Coordination contre la société nucléaire

c/o CNT-AIT, BP 46, 91 103 Corbeil cedex


[Tract trouvé au camping libertaire qui a suivi la manifestation anti-nucléaire de 30 000 personnes à Cherbourg le 15 avril 2006]

[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.19]