Quand la charité expulse


Habitants d’un logement laissé vide depuis 5 ans dans le 19e arrondissement, nous sommes menacés d’expulsion par les associations caritatives propriétaires des lieux : Société protectrice des animaux, Ligue contre le cancer, Mie de pain et Secours catholique. Cette dernière, qui mène la procédure, nous convoque le 22 juin à 9 heures au tribunal d’instance du 19e afin que soit prononcée notre expulsion. Pour les associations caritatives, comme pour les autres : business is business.

L’été dernier, quelques jours après l’incendie du Bd Vincent Auriol et l’annonce de Sarkozy d’évacuer tous les immeubles insalubres, le Secours catholique participe à la manifestation contre les expulsions au cri d’« un logement pour tous c’est un droit ».

Le 15 septembre, les expulsés du 21 rue du Maroc (19e) occupent les locaux du Secours catholique, 43 rue d’Aubervilliers (18e). L’association est contrainte de prendre position: « Le Secours catholique [...] tient à faire connaître son indignation face aux expulsions pratiquées par les pouvoirs publics sans aucune proposition de relogement pérenne ».

Pendant qu’elle « s’indigne », un huissier accompagné des forces de l’ordre défonce notre porte.

Quand il s’agit de sermonner le gouvernement, le Secours catholique oppose un droit au logement aux expulsions. Quand elle est propriétaire de logements vides, elle ne manque pas de faire valoir son droit (de propriété cette fois).

L’argent de la « charité » sert aussi à ça: expulser des occupants « sans droit ni titre ». Le Secours Catholique avec ses discours sociaux connaît comme tout le monde la situation problématique du logement, notamment à Paris. Elle ne peut s’empêcher de participer à son fonctionnement spéculatif main dans la main avec le droit et l’Etat pour faire tourner sa boîte à quémander.

Pour ceux à qui le revenu ne permet pas de vivre à Paris, le moyen d’accéder à un logement peut être de le prendre, d’occuper des lieux vides. Pour se loger dans le privé, rassembler les garanties suffisantes est de moins en moins possible, alors que tant de logements sont laissés vides ; et il faut encore avoir l’envie et les moyens d’être isolé dans un 15m2 à 500 euros. Pour un logement social, l’attente est longue voire sans fin, dans certains cas mortelle.

La ville de Paris n’arrange pas cet état de fait, bien au contraire, avec les promoteurs immobiliers elle organise la spéculation. Sa politique: protéger une partie de la classe moyenne dans Paris (cadres, artistes, étudiants) et en chasser la majorité des pauvres. Les moyens mis en œuvre pour restructurer les quartiers populaires : expulser les squats et les immeubles insalubres, introduire la «mixité sociale» en construisant des logements dits sociaux (PLS : accessibles aux revenus à partir de 1300 euros officiellement et beaucoup plus dans la réalité), créer des « espaces civilisés ».

Squatter par choix ou par nécessité ne permet pas de se libérer de toutes les contraintes économiques imposées par le capitalisme mais de nous organiser collectivement, pour subvenir à nos besoins, lutter contre les expulsions et arracher des logements.

Arrachons les logements ! Non aux expulsions !

botzaris@no-log.org

[Extrait de "Cette Semaine" n°89, juin 2006, p.19]