Attaque contre le laboratoire d’enfouissement de déchets à Bure


Le 27 juillet 2006, dans le cadre d’une semaine d’agitation citoyenne à Bure (Meuse) contre ce laboratoire d’enfouissement de déchets nucléaires appartenant à l’ANDRA, Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, avait lieu une manifestation jusque devant les grilles bien gardées du site. Là se sont produits quelques brefs affrontements et une tentative d’incendie, à l’issue desquels quatre jeunes sont arrêtés puis incarcérés (deux jours de garde-à-vue, puis trois de préventive avant comparution immédiate).

Le 1er août, le tribunal les condamnait à 6 mois avec sursis pour l’un, 10 mois pour les trois autres plus une interdiction de se rendre dans les départements de la Meuse et de la Haute-Marne pendant deux ans. Les 6 gendarmes blessés recevront 500 euros chacun, tandis que le vigile embauché le matin même réclame 15 000 euros pour son entorse (jugement le 13 novembre contre Blanche, Mickaël et Thyl). Enfin, l’Andra souhaite 10 000 euros pour de la peinture brûlée sur un bout de grille et quelques lampadaires court-circuités.

Les associations organisatrices de cette semaine de “festival”, parce que désormais on cache sa volonté que rien ne se passe d’intéressant sous l’aspect festif, dans leur logique citoyenne qui ne les oppose pas à l’Etat mais en fait des interlocuteurs “responsables”, capables de “discuter” voire “négocier” (même si l’Etat en l’occurrence refuse, ce qu’elles déplorent bien entendu) et sont avant tout là pour “organiser” l’opposition fictive, se sont donc fendues d’un communiqué au préfet avant le procès pour exprimer leur avis *.

A l’intérieur d’une lutte, la position est habituellement la solidarité sur ses propres bases ou de fermer sa gueule : les comptes se réglant entre soi une fois les camarades dehors. Or il se trouve que ces crapules associatives, sous prétexte de soutien, ont pondu leur dissociation habituelle en bonne et due forme, destinée à la fois à isoler les inculpés et conserver leur pouvoir ridicule de médier toute conflictualité offensive potentielle :

“Nos organisations n’appellent pas, et n’appelleront jamais à la violence, de quelque ordre qu’elle soit, pour lutter contre l’agression caractérisée que représente le laboratoire de Bure. Sans les excuser, nous comprenons cependant que certaines personnes, notamment au sein de la jeunesse, puissent, gagnées par l’exaspération, se livrer à des actes réputés répréhensibles (...)”.

Lorsqu’elles n’appellent pas à des auto-dénonciations collectives comme c’est arrivé plusieurs fois sur des fauchages OGM, ces relais du pouvoir n’hésitent ni à balancer, ni à isoler tout opposant conséquent. Rien de surprenant, tellement leur fonction est claire depuis des années.

Il nous reste, à l’aune de cette histoire et de toutes les autres, à leur faire comprendre qu’on ne crache pas impunément sur des camarades. Et à développer tout le potentiel subversif des luttes, sans médiation ni autorités.

* signé par les collectifs Bure-Stop (CDR 55, CEDRA 52, CACENDR 54, BZL), Meuse nature environnement, l’AEMHM (association des élus meusiens et haut-marnais opposés à l’enfouissement), la Coordination nationale des collectifs contre l’enfouissement.


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, p.15]