Chronologie de la lutte d’Atenco contre l’aéroport


Le 3 mai 2006, la police tente d’expulser huit vendeurs de fleurs ambulants du marché de San Salvador Atenco (Etat de Mexico), provoquant le réaction de la population, qui séquestrera plusieurs anti-émeutes au cours de longs affrontements. Le lendemain, la répression se déchaînera (tabassages, viols, arrestations de masses), provoquant l’indignation militante.

Nous avons souhaité revenir sur la lutte victorieuse d’Atenco contre la construction d’un aéroport international en 2001-2002. Elle explique à la fois la capacité de réaction des habitants et l’enjeu policier dans le fait de les mater.

mai 2001 : le président Vicente Fox annonce la construction d’un nouvel aéroport international, le choix se situant entre un emplacement dans l’Etat de Mexico et celui d’Hidalgo.

8 octobre 2001 : première manifestation à Mexico des paysans d’Atenco pour refuser l’expropriation de leurs terres.

22 octobre 2001 : le Secrétaire d’Etat aux transports et communications annonce le choix d’un site à 20 kilomètres au nord-est de la capitale Mexico. La plupart des 4 550 hectares de terres communautaires expropriées (à 6 pesos, soit 0,60 euros le m2) par décret présidentiel, sur 5800 hectares en tout, se trouvent à San Salvador Atenco, région de Texcoco.

2 novembre 2001 : les paysans de la zone refusent de vendre leurs terres et commencent la bataille —ceux d’Atenco perdraient 80 % de leurs terres cultivables. Création du “Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra” (Front des peuples en défense de la terre, FPDT), qui finira par regrouper 13 communautés.

14 novembre 2001 : grande manifestation d’Atenco à Mexico. De nombreuses forces policières tentent d’empêcher les paysans armés de machettes de pénétrer dans la capitale. Ils sont enfoncés après une rude bataille, et la manif se finit comme prévu sur la grande place de Mexico.

30 novembre 2001 : “victoire” juridique avec la suspension provisoire judiciaire du décret d’expropriation.

8 décembre 2001 : les participants au Conseil National Indigène provenant de quatre villages de Morelos se joignent à la résistance menée par les paysans de San Salvador Atenco et Texcoco contre la construction du nouvel aéroport.

13 décembre 2001 : le Président du Mexique, Vicente Fox, ratifie la construction de l’aéroport à Texcoco.

18 décembre 2001 : le secrétaire général du gouvernement de l’Etat de Mexico, Manuel Cadena Morales, annonce le déplacement d’ici un mois et demi de 171 familles installées irrégulièrement sur la zone de construction de l’aéroport. Chaque famille recevra 60 000 pesos.

22 décembre 2001 : les paysans d’Atenco, Chimalhuacan et Texcoco ont vent d’une possible occupation par l’armée nationale des terres expropriées. Les habitants déclarent ne pas être disposés à ce que les forces armées occupent leurs terres.

27 décembre 2001 : des paysans d’Atenco, soutenus par les comités du FZLN et des étudiants de l’UNAM, commencent à monter des barricades avec des sacs pleins de sables et de terre aux principaux accès d’au moins 10 communautés pour empêcher la venue des flics ou des machines.

28 décembre 2001 : le gouverneur de l’état, Arturo Montiel, affirme qu’il ne permettra pas qu’ «Atenco devienne un village sans loi».

29 décembre 2001 : des paysans d’Acuexcomac, commune de San Salvador d’Atenco, empêchent le passage d’une pelleteuse de la commission des eaux de l’Etat de Mexico.

30 décembre : les paysans en résistance déclarent dans un manifeste «San Salvador d’Atenco commune en rébellion», ne reconnaissant ni les autorités municipales, ni les régionales, ni les fédérales car «elles ne représentent pas les intérêts du peuple». Ils se déclarent aussi «en alerte rouge» face aux menaces du gouvernement fédéral de débuter les travaux en janvier 2002.

3 janvier 2002 : première manifestation de l’année. Les paysans marchent de leurs villages jusque devant la sous-commission de justice de l’Etat de Texcoco pour protester contre ses arguties juridiques.

5 janvier 2002 : le sous-procureur de justice de l’Etat de Texcoco venu sur place s’enfuit sur son cheval. Il n’a pas tenu sa parole de retirer définitivement les agents qui intimident les opposants.

6 janvier 2002 : le maire de Texcoco écarte l’hypothèse d’une «explosion sociale» à Atenco et le procureur de Mexico invite les habitants à abandonner «leurs attitudes agressives».

17 janvier 2002 : des habitants de San Salvador d’Atenco demandent la disparition des pouvoirs municipaux, étant donné qu’ils ne fonctionnent déjà plus depuis trois mois.

20 janvier 2002 : dans une assemblée d’environ 300 personnes, les paysans décident de faire des gardes nocturnes pour éviter tout acte rendant l’expropriation effective.

25 janvier 2002 : tandis que le maire de Tezoyuca dénonce la prise illégale de terrains proches de San Salvador d’Atenco par des agences immobilières, les habitants de Nexquipayac montent des barricades pour protéger leurs terres.

28 janvier 2002 : des proches du président municipal et des villageois favorables à l’aéroport agressent des paysans contre ; des hommes armés sont aussi signalés.

30 janvier 2002 : le directeur du service d’autoroutes et connexions de l’Etat de Mexico annonce pour juin/juillet le début de travaux pour quatre autoroutes destinées à desservir le nouvel aéroport international.

6 février 2002 : marche commune étudiants/paysans en commémoration du second anniversaire de l’intervention de la Police Fédérale Préventive (PFP, unité d’élite) à l’université.

10 février 2002 : divers débats sont organisés et le carnaval d’Atenco a pour thème la défense des terres.

11 juillet 2002 : pendant qu’ils se rendent à Teotihuacán pour occuper les terrains du gouverneur de l’Etat de Mexico, Arturo Montiel Rojas, les paysans sont attaqués à Santa Catarina par les forces de police et se défendent (30 blessés, 19 arrêtés).

12 juillet 2002 : pour demander la libération des arrêtés, les paysans se rendent au palais de justice de Texcoco dans les bureaux du sous-procureur d’où ils le ramènent de force dans leurs villages avec 6 fonctionnaires (ses assesseurs et un policier), comme monnaie d’échange. Pendant ce temps, l’autoroute fédérale Texcoco-Lechería est bloquée en quatre points, les terres d’Atenco occupées, barricadées jour et nuit. Ils menacent aussi de faire exploser des camions-citernes de pétrole.

15 juillet 2002 : après deux jours de vaine traque militaire pour retrouver les otages, les 7 crapules sont libérées en échange de celle des incarcérés et de l’ouverture de négociation sur les expropriations.

24 juillet 2002 : les négociations entamées avec l’Etat fédéral sont rompues suite à la mort de José Enrique Espinoza Juárez (un délégué du mouvement), décédé des coups reçus le 11 juillet. L’Etat était monté jusqu’à 54 pesos au m2 (sept fois plus que prévu initialement), essuyant toujours un refus clair et net : “L`argent est éphémère la terre reste”.

1er août 2002 : le président Vicente Fox annonce que le projet d’aéroport n’est peut-être pas nécessaire. Clairement à cause de l’opposition des paysans, et aussi pour accélérer le tempo en changeant de site, face à l’urgence économique de désaturer l’aéroport actuel avant 2007.

8 août 2002 : le gouverneur de l’Etat de Mexico annonce officiellement la suspension du décret d’expropriation.

Depuis, sous l’égide du FPDT, Atenco s’est organisée en commune autonome avec deux représentants par village, bien entendu non reconnue par les autorités. Elles n’ont pas non plus suspendu leurs mandats d’arrestation pour “séquestration” contre 14 paysans. Les élections municipales de mars 2003 seront boycottées, des urnes détruites et des bureaux de vote démolis, notamment pour demander l’annulation des mandats d’arrestation.

Les nouvelles élections du 12 octobre 2003 provoqueront les 29/30 novembre une baston générale lors de l’investiture du maire PRI (20 blessés).


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, pp.30-33]